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Médiatisation des chefs et multiplication des émissions de cuisine : en quoi la cuisine spectacle a tué l’art culinaire

Les émissions culinaires connaissent de plus en plus de succès et les grands chefs sont devenus aussi célèbres que n'importe quel pop star. Ce vendredi se tiendra une réunion de 200 grands chefs à Monaco suite à l'invitation d'Alain Ducasse.

A table

Publié le 16 novembre 2012
 
Alain Ducasse a invité 200 grands chefs cuisiniers ce vendredi à Monaco.

Alain Ducasse a invité 200 grands chefs cuisiniers ce vendredi à Monaco. Crédit Reuters

Atlantico : Les grands chefs cuisiniers sont aujourd'hui autant adulés que n'importe quelle star de la chanson ou du cinéma. Les chefs sont-ils devenus des stars comme les autres ?

Périco Légasse : Il y a certains grands chefs qui sont devenus des stars. Certains parce qu'ils étaient de grand cuisiniers, d'autres parce qu'ils ont recherché spécifiquement la « starification ». C'est la conséquence de l'effet « Gault et Millau » qui a dit aux cuisiniers, il y a une trentaine d'année : «  Sortez de vos fourneaux, les artistes c'est vous ! ». Puis Paul Bocuse a été le premier cuisinier médiatique. D'autres ont pris le relais avec les dérives que l'on connaît. Ils sont entrés dans une logique de communication et se sont mis à cuisiner en fonction de ce que la presse ou les guides attendaient d'eux. Certains ont explosé en vol car lorsqu'on est totalement dans le superficiel et l'artificiel, cela ne marche pas toujours. Heureusement, certains sont restés des professionnels, des artisans reconnus pour la qualité de leurs produits, sans se soucier de savoir si ce qu'ils faisaient dans leur assiette était médiatique ou pas.

Qu'est-ce que cette starification des chefs a changé dans le milieu de la cuisine ?

La starification est venu du fait qu'il fallait en mettre plein la vue à la clientèle. On investissait dans des restaurants qui sont devenus des palais. On facturait cette mise en scène au client . Les tarifs exorbitants n'avaient plus rien à voir avec le contenu de l'assiette . La clientèle des pays émergents est restée disposée à payer des fortunes, mais la clientèle française, plus gastronome, a pris du recul. C'est un peu ce qui s'est passé avec Bernard Loiseau. Les médias ont fait de certains cuisiniers des emblèmes et leur ont appliqué la formule des trois « L » : « lécher, lâché, lynché ! ». Alors que Paul Bocuse a su rester un artisan, il connaît la médiatisation. Mais c'est d'abord à son talent qu'il le doit. Les autres se sont mis des chapeaux, sont aller dans la montagne cuire des herbes, ont fait de la cuisine dans des éprouvettes. On les a vu à cheval, en moto, en avion, partout à travers le monde. 

Les émissions télé, c'est du spectacle, mais ce n'est absolument pas la réintroduction de la cuisine dans la maison. Les plats des grands cuisiniers sont tout simplement impraticables. Télévisuellement, c'est formidable, mais cela ne suffira pas à ré-éduquer les Français qui aujourd'hui, ne savent plus manger. Pour 90% d'entre aux, ils achètent leurs produits dans la grande distribution. Les émissions de télévision ne suffiront pas à rapprocher les Français du repas familial où on cuisine un produit frais à la maison. C'est de la cuisine gadget pour des gens qui vont faire du gadget. 

Les émissions culinaires ont-elles démocratiser la cuisine ?

Les restaurateurs indépendants, qui veulent faire de la qualité, sont aux abois, écrasés par la cuisine industrielle et la cuisine de chaîne. Les restaurateurs ne trouvent plus de personnel et préfèrent partir en retraite à 65 ans dès que l'occasion se présente. Les jeunes, eux, ne veulent plus faire ce métier.

Faire la cuisine, ce n'est pas comme faire du vélo. Il y a un intérêt visuel et un intérêt médiatique. La cuisine est entrée dans l'ère du spectacle, mais est sortie des foyers.

 


Commentaires

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  • Par kettle - 17/11/2012 - 08:13 - Signaler un abus Jamie Oliver

    @le Gône "nous avons en France + de 20 chefs équivalent voir superieur a J.Oliver."
    ---
    Non impossible ! Et les shows de Jamie sont hyper bien produit.

  • Par laurentso - 16/11/2012 - 23:57 - Signaler un abus L'auteur a raison,

    y'a pas à tortiller du cul pour chier droit, non à la cuisine spectacle!

  • Par labolisbiotifool - 16/11/2012 - 21:59 - Signaler un abus Merde à l' autaugraffffe ?

    Apprendre à écrire
    Est ce qu' Atlantico pourrait se payer des rédacteurs capables de rédiger sans faute d’orthographe ou d'accord ? Ou à défaut une formation au correcteur orthographique ?
    Exemple : "Les émissions culinaires ont-elles démocratiser la cuisine ?" ou encore "Les autres se sont mis des chapeaux, sont aller dans la montagne cuire ..."
    C'est la même faute dans les deux cas
    Quand même Atlantico ! un effort, même petit, ça ne peut plus durer ...
    Il y a des textes qui me dégoutent littéralement !

  • Par walküre - 16/11/2012 - 21:52 - Signaler un abus Non

    Les nouvelles stars que sont devenus les chefs appellent quand même à cuisiner de bons et vrais produits. Certes ils sont plus devant les caméras que devant leurs fourneaux, mais leur influence est positive. Car n'oublions pas que 80% de la restauration française n'est gastronomique que de nom ; la cuisine Métro est reine et la plupart des restaurateurs ne savent pas faire cuire un oeuf au plat.

  • Par ricouti - 16/11/2012 - 20:45 - Signaler un abus Apprendre à écrire

    Est ce qu' Atlantico pourrait se payer des rédacteurs capables de rédiger sans faute d’orthographe ou d'accord ? Ou à défaut une formation au correcteur orthographique ?
    Exemple : "Les émissions culinaires ont-elles démocratiser la cuisine ?" ou encore "Les autres se sont mis des chapeaux, sont aller dans la montagne cuire ..."
    C'est la même faute dans les deux cas.

  • Par fifif - 16/11/2012 - 18:12 - Signaler un abus le produit

    j ai suivi les differentes emissions de master chef tf1 et le gagnant n est pas capable de reconnaitre plus de 2 ou 3 produits sur 12 ou 15.que ce soit des poissons,des fromages,des animaux,des produits locaux...
    le produit ,c est comme une belle femme dans un jean:c est la base.la cuisine technique ,c est comme le maquillage ou la chirurgie esthetique,ça peut embellir ou ameliorer.

  • Par le Gône - 16/11/2012 - 16:12 - Signaler un abus @kettle

    nous avons en France + de 20 chefs équivalent voir superieur a J.Oliver...leus seuls problemes est de ne pas parler Anglais et d'être modeste...ce qui n'est pas le cas de l'autre là !!

  • Par kalixte - 16/11/2012 - 13:28 - Signaler un abus Réalite

    Oui effectivement bonne analyse.
    Les amateurs de gastronomie qui prennent plaisir à partager une cote de veau normande, une saucisse lentilles ou des asperges gribiches, qui prennent plaisir à trouver LE produit, ne sont pas concernés par ces show.
    Et dont les leviers sont invariables : trafic d'émotion et cupidité.
    Signé : oeufmayo'
    Ps. c'est midi, je file !

  • Par kettle - 16/11/2012 - 11:24 - Signaler un abus Jamie Oliver

    C'est le meilleur !
    http://www.channel4.com/4food/chefs/jamie-oliver

  • Par kettle - 16/11/2012 - 11:21 - Signaler un abus starification

    Dans Master Chef Australia les "chefs" sont acceuilli comme de rock stars. Les contestantes ont des poussés d'hormones comme quand leur grand meres aller voir les Beatles.

  • Par Septimus - 16/11/2012 - 10:57 - Signaler un abus Bonne analyse. Par contre

    Bonne analyse.
    Par contre rien n'est perdu si on change de cap. Les émissions type masterchef sont les ennemis de la cuisine. Ils en font une compétition, ou le stress et les critiques acides sont la règle. Qui aurait envie de cuisiner après ça ? Le public est celui des emissions de tv réalité et pas les vrais passionnés de cuisine.
    Cependant d'autres émissions existent comme Les escapades de Petitrenaud sur France5 ou A vos Recettes de Grégory Galiffi sur D8. Là, pas de starification ou de stress mais une cuisine d'amis et de convivialité. La cuisine du dimanche, de bistrot, celle qu'on aime faire avec les enfants et qui régale les amis. Il suffit donc de bien choisir ses programmes comme on choisit ses produits.
    Quant aux chefs, il y a heureusement eu une sélection naturelle et certains ont fort heureusement disparus. Je pense notamment à Marc Veyrat, véritable braqueur médiatique (il y a 3-4 ans, plus maintenant) à la cuisine sans talent mais à l’ego sur-dimensionné et la bouche toujours ouverte. Ceux là ne passent plus à la TV, tant mieux, mais ils pourraient revenir, les grandes gueules sont appréciés par les médias.

Périco Légasse

Périco Légasse est journaliste et critique gastronomique. Il est aujourd'hui rédacteur en chef de la rubrique « art de vivre » à l'hebdomadaire Marianne.

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