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Medef : quelle ligne idéologique future après l’éviction du candidat favori d’Emmanuel Macron ?

L'abandon hier de Dominique Sénard dans la course à la présidence du MEDEF marque un tournant dans l'avenir possible du mouvement. On attend maintenant la réaction élyséenne à cette défaite électorale...

Douche froide

Publié le
Medef : quelle ligne idéologique future après l’éviction du candidat favori d’Emmanuel Macron ?

Depuis plusieurs mois, il se murmurait que Jean-Dominique Sénard avait les faveurs de l'Élysée et d'Henri de Castries pour prendre la succession de Pierre Gattaz à la présidence du MEDEF. Il ne s'agissait pas seulement d'une logique de personne, mais d'un projet politique, économique et social global. L'intention de l'Jean-Dominique Sénard était, paraît-il, d'ouvrir, de conserve avec le MEDEF, un volet "social" dans la réforme, en faisant la part belle à l'intéressement et à la participation.

Une affaire mal préparée?

Après un discours charismatique aux universités d'été du mouvement, Sénard a très vite connu l'épreuve du feu.

Manifestement, personne n'avait pris le temps, avant la quasi-annonce de sa quasi-candidature, d'examiner sa compatibilité avec les statuts. L'amateurisme du MEDEF n'a décidément pas de limite!

Or les statuts du MEDEF sont suffisamment clairs: le président ne doit pas avoir 65 ans le jour de son élection. À quatre mois près, Sénard ne franchit pas la barre. À moins de tordre les textes sous une forme ou sous une autre, cette candidature était morte dans l'oeuf. 

Les statuts ont bon dos

La question des statuts a rapidement servi de prétexte pour écarter une candidature gênante. Sans que personne n'ose insulter clairement l'avenir, beaucoup ont instrumentalisé cette affaire juridique pour faire barrage à ce qui apparaissait comme un putsch déguisé de l'Élysée (et de la finance) sur le mouvement. 

On aurait toutefois tort d'imaginer que cette coalition secrète du refus soit unie et monolithique. Elle a rassemblé plusieurs sensibilités très différentes qui ont désormais libre cours pour s'affronter. 

Ceux qui ne voulaient pas d'un manager

Ce qui n'a probablement jamais été dit de façon transparente, mais qui est au fondement du refus, c'est la nature même de la candidature Sénard. L'homme est un employé, pas un patron. Il a été nommé chez Michelin, mais il n'a pas créé l'entreprise et il n'en est pas le propriétaire. 

Voilà qui fait beaucoup pour un seul homme dans l'esprit de tous ceux qui considèrent que, même si le MEDEF a abandonné le mot "patron" dans son acronyme, il doit néanmoins rester un mouvement patronal. Pour tous ceux-là, un Bézieux ou un Saubot sont et seront toujours infiniment plus légitimes qu'un Sénard, simplement parce qu'ils ont les mains caleuses du patron qui a créé sa boîte ou qui la détient en propre.

Libéraux contre défenseurs de la doctrine sociale de l'Église

Au-delà de ces considérations (pas si) personnelles, la candidature Sénard a achoppé sur un autre écueil: la ligne idéologique qu'elle recouvre. 

Dès l'été, beaucoup se sont inquiétés du profil social chrétien de Sénard. Présenté comme un chantre de la modernité, le personnage n'a pas fait oublier le caractère très confessionnel du recrutement des cadres chez Michelin. Le soutien d'Henri de Castries a confirmé l'orientation "doctrine sociale de l'Église" du candidat.

 
Commentaires

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  • Par J'accuse - 12/12/2017 - 15:09 - Signaler un abus Idéologie ?

    Une association patronale ne doit pas avoir d'idéologie, mais le sens des affaires. Les syndicats ne devraient pas en avoir non plus, leur rôle devant être uniquement de défendre les salariés dans les entreprises. Mais le "dialogue social" implique ces organismes non représentatifs dans la politique économique et sociale du pays, une sorte de cogestion menée par des apparatchiks et des idéologues communistes. Il faut mettre fin à ce "dialogue": la politique du pays doit uniquement être faite par le gouvernement et le Parlement.

  • Par kelenborn - 12/12/2017 - 16:54 - Signaler un abus Bon

    Presque deux articles par jour!!! A ce rythme la , on finit comme Barbier ou Duhamel...même quand on n'a rien à dire, c'est pas une raison de...

  • Par Citoyen-libre - 12/12/2017 - 22:39 - Signaler un abus Un clivage de plus

    de Bézieux a fait fortune avec les plateformes téléphoniques. C'est sur que l'humain, il en connaît un rayon, mais surement pas de façon "chrétienne". Ces plateformes sont une réalité de l'esclavage moderne, avec des conditions de travail inimaginables, impensables, pour des salaires dérisoires. Le père Gattaz est certainement un enfant de coeur, face à ce type de personnage. Le dernier patron qui a partagé une partie des bénéfices avec son personnel, peut d'ores et déjà prendre son billet pour le goulag.

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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