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MBS, le nouveau Saddam Hussein ?

Après la disparition de Jamal Khashoggi le 2 octobre au consulat saoudien d’Istanbul, le monde entier commençait à interroger sérieusement la responsabilité du Prince héritier Mohammed Ben Salmane dans le meurtre du journaliste. Mais aucune attaque ou soupçon n’a été porté frontalement contre lui.

Pétrole, pétrole

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MBS, le nouveau Saddam Hussein ?

 Crédit YOAN VALAT / POOL / AFP

Après la disparition de Jamal Khashoggi le 2 octobre au consulat saoudien d’Istanbul, on se souvient de l’embarras croissant de l’Arabie Saoudite et des déclarations contradictoires des officiels saoudiens qui s’en sont suivies. Alors que le monde entier commençait à interroger sérieusement la responsabilité du Prince héritier Mohammed Ben Salmane dans le meurtre du journaliste, Donald Trump tenta bien maladroitement de le disculper, évoquant de possibles « tueurs isolés ». A mesure que la Turquie distilla, au compte-gouttes et avec méthode, des détails aussi scabreux que compromettants pour les autorités saoudiennes, les Etats-Unis ont bien été forcés d’admettre, a minima, que leur vieil allié pouvait bien avoir commis « une bavure » de trop...

Mais aucune attaque ou soupçon n’a été porté frontalement contre Mohammed Ben Salmane. 

Pourquoi une telle complaisance des Etats-Unis envers le royaume wahhabite ? Plusieurs raisons s’imposent de façon évidente. 

Depuis 1945 et le « pacte de Quincy », l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis sont liés par un accord échangeant « pétrole » contre « protection ». Rien n’a encore réussi à entamer cette alliance. Même après les attaques du 11 Septembre, où 15 des 19 terroristes étaient de nationalité saoudienne, même après la déclassification du rapport de 28 pages tentant d’établir l’implication du royaume dans l’organisation de ces attentats, les Etats-Unis ont maintenu leur accord avec les Saoudiens. Les réserves d’or noir, majoritairement exploitées par des entreprises américaines depuis les années 1930, sont évidemment un critère poussant à la « tolérance », voire à la cécité. Plus important encore est le rôle stratégique de pilier que l’Arabie Saoudite représente pour la diplomatie américaine au Moyen-Orient, à la fois porte d’entrée dans la région pour des troupes militaires, mais aussi force à opposer à l’Iran, obsession américaine depuis 1979. 

Pour mener à bien sa stratégie de diabolisation et d’isolement de l’Iran, Donald Trump a besoin de l’Arabie Saoudite, et de disculper le plus haut niveau de l’Etat saoudien. Le problème qui s’impose à lui est double : cet objectif sera difficile voire intenable, tant les preuves s’accumulent contre le Prince héritier, au point que les grands princes saoudiens eux-mêmes songent à le déposer.

En outre, cet effort de protection aveugle d’un dirigeant arabe dans le seul but d’affaiblir ou de détruire l’Iran rappelle aisément un fâcheux précédent de la diplomatie américaine au Moyen-Orient : Saddam Hussein. 

Étrangement, entre les deux dirigeants se trouvent quelques traits communs. Comme Saddam Hussein, le Prince héritier a mis rapidement en place, dès son accession au pouvoir en 2015, une confiscation systématique de tous les pouvoirs à son seul profit, cumulant toutes les fonctions exécutives d’importance, au point d’être surnommé « Mister Everything ». 

 
Commentaires

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  • Par Marie-E - 08/11/2018 - 11:54 - Signaler un abus pour Saddam

    il y a tout de meme le gazage des villages kurdes et des villages chiites ... et puis en 1991 l'envoi de scuds sur Tel Aviv epoque ou les Israeliens n'ont pas repondu car cela aurait mis en peril la coalition ou il y avait des Arabo Musulmans. Pas grave, mais se balader avec des masques a gaz n'est pas terrible mais indispensable quand un dirigant cingle possede des armes chimiques et bacteriologiques.

  • Par jurgio - 09/11/2018 - 16:18 - Signaler un abus En effet, Ben Salmane se différenciera de Hussein

    par l'attitude envers Israël. Rien n'est encore gagné. Les Kurdes sont à la recherche d'une contrée qui n'existe pas. À mes yeux, ils sont un genre de romanichels. Certains ne leur ont pas pardonné le coup de main en faveur des Turcs pour le massacre des Arméniens.

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Ardavan Amir-Aslani

Ardavan Amir-Aslani est avocat et essayiste, spécialiste du Moyen-Orient. Il tient par ailleurs un blog www.amir-aslani.com, et alimente régulièrement son compte Twitter: @a_amir_aslani.

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