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Massacre au Texas : pourquoi on ne comprend pas Donald Trump quand il affirme que "les armes ne sont pas le problème"

La déclaration de Donald Trump est intervenue après la tuerie de masse qui a fait 26 victimes le 5 novembre lors d'un office baptiste près de San Antonio au Texas.

Gun Nation

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Massacre au Texas : pourquoi on ne comprend pas Donald Trump quand il affirme que "les armes ne sont pas le problème"

Atlantico : Suite à la tuerie de masse ayant eu lieu ce dimanche 5 novembre dans une église du Texas, à Sutherland Springs, Donald Trump a déclaré que "les armes ne sont pas le problème". Comment expliquer cette déclaration ? 

Alain Bauer  : Il s'agit de la même ligne de défense que l'industrie du tabac, ou de l'industrie automobile, qui consiste à dire que le problème, ce n'est pas le tabac, ou l'automobile, mais le fumeur ou le conducteur. C'est un classique de la défense des grands groupes d'intérêts américains pour éviter les amendes au civil et les procès au pénal. Il n'y a ici rien de nouveau ; ils ont toujours utilisé ce processus qui est cohérent avec des processus moraux de la droite chrétienne basée sur la responsabilité personnelle ; "la question n'est pas les armes mais ceux qui tirent".

Seuls des non américains peuvent ne pas comprendre ce qu'exprime Donald Trump. Par contre, pour son électorat et pour ce qui est le cœur de l'Amérique, c'est un langage archi-connu. Le mode d'expression de Donald Trump est donc cohérent avec l'électorat américain.

Ensuite, dans les pays ou les armes sont très réglementées, il y a quand même des assassinats, et notamment en France. Cela n'empêche pas les assassins d'assassiner, des terroristes de terroriser, et que les gens puissent se procurer des armes. Il faut penser que la réglementation ne répond pas à l'intégralité du problème que pose les armes car il est toujours possible de s'en procurer. Cela est plus ou moins facile et plus ou moins cher, mais cela reste possible. Cependant lorsqu'on se pose la question de savoir s'il y a plus de crimes là où il y a plus d'armes, la réponse est oui. Mais dans les endroits où il y a moins d'armes, il y a juste "moins de crimes" et non 0 crime. Cela est valable en Grande Bretagne ou en France. Le débat qui existe est celui de l'équilibre de la terreur, c’est-à-dire de savoir s'il faut qu'il y ait des armes pour faire peur à ceux qui ont des armes. Il s'agit du principe de la dissuasion qu'il est extrêmement compliqué de théoriser. Mais les études que j'avais pu faire sur l'Amérique, la violence et le crime démontraient que plus il y avait d'armes, plus il y avait de morts, d'homicides, de suicides et de peines de mort, et inversement. Il y a donc bien un effet sur la réglementation des armes.

2 tiers des tués par armes à feu aux États Unis le sont par suicide. De son côté, la France connaît un taux de suicide supérieur à celui des États Unis, la pendaison étant la "méthode" la plus répandue. N'y a-t-il pas un leurre avec les chiffres concernant les armes aux États Unis ?

C'est exactement la nature du problème et de la réalité de la difficulté d'interpréter de manière cohérente et scientifique la question de l'armement par rapport à la mortalité.  

Les politiques de restriction mises en place en Australie et Grande Bretagne sont régulièrement citées en exemple pour la lutte contre les armes. Que peut-on apprendre de ces exemples et quelles en sont les limites ?

D'abord que le contrôle social est beaucoup plus important et que la logique "conquête de l'ouest" est moins présente dans ces pays. En contrepartie, il y a de la violence en Australie et en Grande Bretagne mais le contrôle social est beaucoup plus structuré et plus efficace, mais qui n'ont pas empêché d'avoir les événements "hooligans" qui ont marqué les esprits en Grande Bretagne, les violences structurelles et des attentats. Mais en quantités globales et en proportions, la situation de la Grande Bretagne, de l'Australie ou de la France est bien meilleure.

 
Commentaires

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  • Par J'accuse - 07/11/2017 - 11:22 - Signaler un abus Dans son ADN

    Les États-Unis sont un pays violent par nature: ils se sont construits dans le génocide, l'esclavage, et la justification théologique de tout ce qu'ils faisaient. Une fois les guerres intérieures finies, guerre civile incluse, ils ont embrayé sur des guerres avec l'extérieur, sans cesse en recherche de conflits, n'importe quel prétexte étant bon. La législation sur les armes est la conséquence de ce qu'ils sont génétiquement; inutile de vouloir la changer: des lois plus restrictives ne seraient pas respectées.

  • Par Akilès - 07/11/2017 - 11:47 - Signaler un abus Akilès

    1º/ Est-ce qu'on va interdire les camions, pour ralentir les attaques islamistes à la voiture bélier ? 2º/ Le "bon samaritain" qui a poursuivit l' assassin … a pris d' abord son fusil, en a fait usage, et a obtenu un bon résultat (sortie de route du tueur, et son suicide), en le surveillant, l' arme au point (sans tirer) : l' aurait-il fait sans fusil ? Et si l' autre s'était échappé, peut-être aurait-il continué ?

  • Par moneo - 07/11/2017 - 12:40 - Signaler un abus Trump a raison

    ce n'est pas le platane le long des routes départementales qui tuent les jeunes couillons alcoolisés et drogués . chez nous les méchants se moquent de nos lois et il y a une culture de l excuse et une condamnation officielle des les gentils pas encore totalement moutons qui se défendent chez nous, le cow boy qui a poursuivi le cinglé a permis son accident et sa neutralisation serait en détention préventive.... on peut tuer avec n'importe quoi c'est juste dans la tête que ça déconne

  • Par winnie - 07/11/2017 - 17:36 - Signaler un abus Un million quatre cent mille chasseur en France,

    plus les tireurs et toutes les armes des grands parents dans les placards, y a t il des tueries comme aux USA? non! Donc le probleme n'est pas les armes mais ceux qui les possedent.

  • Par Le gorille - 07/11/2017 - 19:25 - Signaler un abus Trump a raison...

    ...C'est le crime inexpiable ! Bon ! D'accord. Il a raison. Le problème malgré tout, c'est que le cerveau n'est pas toujours très stable. Et qu'il vaut mieux parfois qu'il n'ait pas à sa disposition les moyens de ses envies... mais si l'envie devient obsession, rien n'y fera : il prendra le smoynes qu'il faut pour se procure des armes... et vider son envie. Oui aussi. Mais au moins aura-t-on mis une b

  • Par Le gorille - 07/11/2017 - 19:30 - Signaler un abus Ah ! Ce clavier !

    il prendra les moyens qu'il faut pour se procurer des armes... et satisfaire son envie. Oui aussi. Mais au moins aura-t-on mis une barrière qui, elle, aura réussi à en dissuader un certain nombre de velléitaires, et heureusement ! Donc la France aussi a raison.

  • Par Le gorille - 07/11/2017 - 19:42 - Signaler un abus Le couteau

    Dans certaines régions du monde, suivez mon regard, il est de bon ton pour "mec" d'avoir un couteau à sa ceinture. Et pas n'importe quoi. Hum ? La ceinture bien sûr ! avec perles, broderies, bref un petit joyau. Le couteau ? oh ! Rien que de l'ordinaire ! Bien recourbé, large, belle lame, ciselée, graissée, affûtée et le fil vérifié régulièrement... Et on se balade avec : cela pose son homme... Hum ? Ben oui, il n'y a pas de lois sur le port d'armes, ni d'entrefilet dans les journaux pour des tueries... Cherchez l'erreur !

  • Par vangog - 07/11/2017 - 22:21 - Signaler un abus De bonnes armes dans de mauvaises mains?...

    Les armes facilitent le passage à l’acte, on ne peut le nier! et, reconnaissons-le, nous avons eu souvent envie de tuer notre voisin, notre copine, un flic qui nous dresse un PV, un conducteur de scooter qui pétarade...qu’aurions nous fait, une arme entre les mains?...(j’exagère à dessin). Le nombre d’armes à feu en circulation est, indéniablement, corrélé au nombre de fusillades mortelles. L’objectif d’une société en progrès est de diminuer le nombre de personnes en possession d’armes à feu, et de réglementer sévèrement leur usage.

  • Par A M A - 08/11/2017 - 11:17 - Signaler un abus Une arme doit être actionnée

    Une arme doit être actionnée pour tuer. Interdire les armes n'est pas une solution pour neutraliser les assassins. C'est une évidence que certains contestent. Voudraient'ils interdire les couteaux de cuisine après l'attentat de la Gare Saint-Charles? La presse française commence vraiment à nous les "briser menues" avec leur critique systématiques de Trump.

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Alain Bauer

Alain Bauer est professeur de criminologie au Conservatoire National des Arts et Métiers, New York et Shanghai.

Il est notamment l'auteur de Les polices en France (Puf, 2010), Les politiques publiques de sécurité (Puf, 2011), Dernières nouvelles du crime (Cnrs, 2013) et Le terrorisme pour les Nuls" coécrit avec Christophe Soullez (First, 2014).

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