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Marie Curie : "En France, je partais avec de sacrés handicaps : femme, étrangère et juive. Qu’à cela ne tienne, ce que j ai fait m’a quand même valu deux Prix Nobel"

Série de l’été : entretiens avec ceux qui ont change le monde, les grands inventeurs de l’histoire. Aujourd'hui : Marie Curie.

Atlantico Business

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Marie Curie : "En France, je partais avec de sacrés handicaps : femme, étrangère et juive. Qu’à cela ne tienne, ce que j ai fait m’a quand même valu deux Prix Nobel"
Dans cette série de l’été consacrée à l’histoire des plus grandes personnalités scientifiques, nous avons choisi de vous les présenter sous la forme d’interview. Interviews imaginaires évidemment mais pour le moins plausibles. Le plaisir du journaliste qui se fait plaisir en écrivant lui-même les réponses a consisté aussi à ne pas trahir l’historien qui lui, fait parler les écrits, les témoignages et les documents. Donc que l’historien nous pardonne quelques imprécisions. Notre intention est aussi noble que la sienne, faire connaître ceux qui ont changé le monde en profondeur par leur réflexion, leur découverte ou leur imagination.
Apres avoir rencontré Christophe Colomb, Alexander Fleming, le père de la médecine moderne, après une visite chez le baron Haussmann , voilà aujourd'hui Marie Curie..
 
Maria Salomea Sklodowska naît à Varsovie le 7 novembre 1867. Après les décès de sa mère et de sa soeur, elle se réfugie dans les études où elle se révèle particulièrement brillante. En 1891, elle part pour Paris où elle débute des études de physique au sein de la Faculté des Sciences. Elle fait partie des (seulement) 23 femmes inscrites à la fac dans ces années-là. Elle finit première de sa promotion et obtient un an plus tard une licence en mathématiques en étant classée deuxième. 
 
En 1894, elle rencontre le professeur Pierre Curie, spécialisé dans l’étude du magnétisme ; ils se marient en juillet 1895. Marie Curie débute l’écriture d’une thèse sur l’étude des rayonnements produits par l’uranium. Son mari l’aide à l’approfondissement des travaux d’Henri Becquerel. En 1898, ils découvrent le polonium et le radium, respectivement 400 et 900 fois plus puissants que l’uranium. Ces recherches leur valent un Prix Nobel et Marie Curie est la première femme à obtenir cette distinction.
Pierre Curie meurt en 1906. Elle reprend les activités de son mari et le remplace en tant que professeur à la Sorbonne, ce qui fait d’elle la première femme à enseigner dans cette université. Elle devient directrice d’un laboratoire universitaire dans lequel elle favorise la candidature de femmes chercheuses ou étudiantes. 
 
Au cours de l’année 1911 éclate l’ « Affaire Langevin » où elle se voit accusée de mener une liaison avec Paul Langevin, physicien et homme marié. L’opinion publique s’enflamme, la presse nationaliste misogyne la brocarde. En dépit du scandale, elle reçoit la même année le prix Nobel de chimie pour ses recherches et ses travaux et devient la première personne à obtenir deux prix Nobel : la presse française ne commente pas l’évènement.
 
Marie Curie fonde un institut où elle découvre en 1920 les vertus thérapeutiques du radium dans la lutte contre le cancer. Sa fille Irène, ainsi que son gendre, Frédéric Joliot, l’accompagnent dans ses travaux et les poursuivront. Mais la savante apprend au début des années 1930 qu’elle est atteinte d’une leucémie et meurt en 1934.
En 1995, ses cendres, ainsi que celle de Pierre Curie, sont transférées au Panthéon à la demande de François Mitterrand.
 

Mais comment  s’adresser à Marie Curie, cette femme est une telle légende française avec une histoire tellement riche et controversée ? Elle a toujours fait honneur à la France. La France ne lui a parfois fait payer très cher.

Marie Curie, bonjour,  peut-être devrais-je dire Maria Sklodowska, votre nom de jeune fille polonaise, juive, racontez-nous votre enfance. Etiez-vous une petite fille avide de savoir ?

 
Marie Curie : Mes parents, mes frères et sœurs et moi habitions Varsovie. Ce qu’il faut savoir, c’est que la Pologne était une terre occupée pendant ma naissance et bien avant, partagée entre plusieurs royaumes. A Varsovie, elle ne s’appelait d’ailleurs plus la Pologne, mais pays de la Vistule. Nous, nous avons eu le droit à l’occupation russe, je dirai même la colonisation russe. A l’école, on nous apprenait en cachette l’histoire et la langue polonaises, qui avaient totalement disparu des programmes. Alors oui, j’aimais connaître et comprendre tout ce dont on me parlait. A la maison, j’avais papa qui était professeur de mathématiques et de physique et maman, institutrice qui en remettait une couche. J’étais à bonne école pour la science.
 

Mais alors, pourquoi êtes-vous venue en France ? Etait-elle à ce moment-là plus attractive dans l’univers de la science ?

 
Marie Curie : Je ne sais pas si les femmes françaises s’en rendent compte, mais la France  était surtout le pays où le droit des femmes n’était pas bafoué ! Le droit aux études supérieures, j’entends. Je savais que je pourrais étudier sans être clandestine et être diplômée, ce qui n’était pas le cas à l’Université de Varsovie. Après la mort de ma mère, ma sœur nous avait déjà quittés pour rejoindre Paris et des études de médecine. Je l’ai rejointe dès que j’ai pu. La Sorbonne évidemment, était une université qui rayonnait mondialement pour la qualité de sa recherche dans le domaine des sciences. J’ai été licenciée en mathématiques et en physique. On m’a alors chargée d’une étude sur les propriétés magnétiques et l’un des professeurs les plus en vue sur le sujet enseignait à l’Ecole de Physique Chimie Industrielles. Je l’ai consulté et nous avons passé énormément de temps sur le sujet.
 

Il s’agit bien sûr de Pierre Curie. Il vous a aidé oui, mais ne vous a pas lâché. A la fin de votre année, alors que vous étiez rentrée en Pologne, il vous a écrit plusieurs lettres. Si vous me permettez d’être indiscret, je vais en lire un extrait : « Nous nous sommes promis (n'est-il pas vrai ?) d'avoir l'un pour l'autre au moins une grande amitié. Pourvu que vous ne changiez pas d'avis ! Ce serait cependant une belle chose à laquelle je n'ose croire, que de passer la vie l'un près de l'autre, hypnotisés dans nos rêves : votre rêve patriotique, notre rêve humanitaire et notre rêve scientifique. » Un peu timide, le garçon, en tout cas, on ne peut pas dire que ce soit un grand séducteur. Alors, qu’est-ce qui vous a plu en lui ? L’idée de pouvoir mener l’utile à l’agréable et de parler science à longueur de journée ?

 
Marie Curie : Et sur ça, il a tenu sa promesse. Nous travaillions pendant toutes nos journées et nos soirées. C’était notre manière de voyager à nous. Nous allions sur des sentiers encore inconnus et on faisait la lumière dessus, à deux. Quand le Comité du Prix Nobel avait oublié – volontairement il y a fort à parier – mon nom lors de l’attribution, à Pierre, moi et Henri Becquerel, il a su faire réparer cette erreur.
Alors, Pierre n’était peut-être pas un grand séducteur, et tant mieux mais c’était un rêveur. Tous les deux, nous étions des rêveurs, pour qui les prolongements désintéressés d’une entreprise, celle de la recherche, étaient si captivants qu’il nous devenait impossible de consacrer des soins à nos bénéfices matériels.
Nous vivions, c’est vrai, de manière spartiate. Nous travaillions sur des minerais contenant de l’uranium, sur des kilos et des kilos de matière, afin de dénicher d’autres substances, le polonium et surtout le radium. Il fallait un minerai immense, plusieurs dizaines de kilos pour trouver une quantité infinitésimale de radium. C’était un travail exténuant que de transporter les récipients, transvaser les liquides et les remuer pendant des heures, au moyen d’une tige de fer, la matière en ébullition dans une bassine en fonte. Il fallait voir notre laboratoire, une baraque de planches, au sol bitumé et au toit vitré, protégeant incomplètement contre la pluie, dépourvue de tout aménagement. Quand un des nos collègues allemands est venu nous visiter, il a cru à un coup monté, la comparant à une étable ou un hangar à patates. Mais voilà ce dans quoi nous travaillions.
 

Le 19 avril 1906, un drame vous touche. Pierre est renversé par un attelage de chevaux et vous laisse seule, vous, vos deux enfants et vos tubes de radium. Et vous faites preuve d’une force de caractère incroyable puisque vous n’abdiquez pas. Vous reprenez les cours de Pierre à la Sorbonne, faisant de vous la première femme à enseigner dans le supérieur en France.

 
Marie Curie : Et ça n’a pas été une affaire facile. Je peux vous dire qu’il y avait une tripotée de successeurs qui ont voulu me mettre des bâtons dans les roues. Et toutes les excuses ont valu. Je partais avec de sacrés handicaps. Moi femme, moi juive, moi polonaise. Qu’à cela ne tienne, cela m’aura valu deux Prix Nobel. En France, je n’ai pourtant pas réussi à rentrer à l’Académie des Sciences, battu par un homme évidemment, Edouard Branly. Car la question n’étant pas tant ce que j’avais fait que qui j’étais. A l’étranger, ce n’était pas la même histoire. J’ai reçu en 1911 un deuxième prix Nobel, en chimie cette fois. Einstein lui-même m’avait envoyé tout son soutien dans une lettre qui m’a beaucoup touchée. Albert Einstein s’est engagé pour me soutenir. Il a tiré la langue, comme il savait le faire à tous les réactionnaires de toutes les soi-disant démocraties avancées. 
 
 
Commentaires

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  • Par A M A - 09/08/2018 - 18:50 - Signaler un abus Cette période de la recherche

    Cette période de la recherche scientifique fait débat.

  • Par Anouman - 09/08/2018 - 20:28 - Signaler un abus Super

    Sylvestre s'est donc lancé dans le spiritisme pour interroger les fantômes? Ca c'est du journalisme d'investigation ou rien ne l'est!

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Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Aude Kersulec

Diplômée de l'Essec, Aude Kersulec est specialiste de la banque et des questions monétaires. Elle est chroniqueuse économique et blogueuse. 

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