Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 19 Avril 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Marchés financiers : le jeu trumpien est très dangereux mais il a sa logique

Il est dangereux parce que la croissance mondiale, même si elle va mieux, n’est jamais écrite.

Sur un fil

Publié le
Marchés financiers : le jeu trumpien est très dangereux mais il a sa logique

Les bourses résistent aux Etats-Unis et se reprennent en zone euro, notamment en Allemagne, même après les inquiétudes nées des décisions et licenciements des Ministres de Donald Trump. Les taux longs sont redevenus stables, après les agitations qui ont suivi des inquiétudes inflationnistes et le creusement annoncé du déficit budgétaire américain.

Ceci prouverait-il que les marchés financiers comprennent la stratégie de Donald Trump, ou bien qu’ils pensent qu’elle peut réussir ou, plus profondément encore, que les coups de boutoir successifs qu’il assène, un peu partout, vont finir par réduire les déséquilibres commerciaux mondiaux, d’où viendraient les déséquilibres financiers !

L’histoire que défend Donald Trump semble être la suivante : le déficit extérieur américain vient d’abord du dumping et du non-respect des droits de propriété par la Chine. Les Etats-Unis en ont une croissance plus faible que leur vrai potentiel, 3,5%, ce qui les pousse à un déficit budgétaire accru, financé par la Chine, une Chine qui recycle ainsi son excédent commercial avec eux ! Pour arrêter cette machine infernale, il faut se lancer dans une guerre contre elle !

Mais, on le voit, l’histoire récente qu’écrit Donald Trump n’est pas aussi directe, ni aussi lisible. Donald Trump commence en effet par taxer l’acier européen canadien et mexicain, puis se rétracte par rapport au Mexique et au Canada qui, lui, attaque la Chine, tandis que l’Europe, seule attaquée au fond, menace de répliquer et que le Royaume-Uni cherche un traitement de faveur américain... On aura reconnu les folles péripéties que nous vivons depuis quinze jours. Où tout ceci va-t-il s’arrêter ? D’autant que le Président Trump a surtout en tête la propriété intellectuelle. C’est bien autre chose que le dumping sur l’acier, et accompagne la moindre ouverture qu’il prévoit des Facultés américaines aux étudiants chinois ! Ce qu’il nomme les vols des savoirs américains recueille d’ailleurs, chez lui, un large appui politique, notamment des Démocrates, et plus largement, populaire. Donald Trump bloque ainsi l’achat de Qualcomm par Broadcom, qui est pourtant installé à Singapour. Le risque étant, pour les autorités américaines, que Qualcomm une fois racheté, cesse ses investissements dans la 5G. La voie serait alors libre pour le chinois Huawei, soupçonné par ailleurs d’espionnage au bénéfice du gouvernement chinois ! Ainsi donc, après Gary Cohn son Conseiller économique favorable aux échanges mondiaux, mais qui a accompli sa mission de baisse d’impôts, voici le Secrétaire d’Etat Tillerson, sans doute trop ouvert aux échanges lui aussi, qui prend la porte.

Ce jeu trumpien est très dangereux, mais il a sa logique. Il est dangereux parce que la croissance mondiale, même si elle va mieux, n’est jamais écrite. Elle repose beaucoup sur des règles, des relations, et surtout sur la confiance. Ainsi, la croissance de la Chine explique le tiers de la croissance mondiale, largement grâce à l’exportation, notamment vers les Etats-Unis. L’Allemagne suit et se développe aussi par l’export, avec la mécanique et l’automobile, vers les Etats-Unis aussi, et explique (seule) l’excédent courant de la zone euro. Freiner les exportations chinoises et allemandes, c’est ralentir d’abord ces deux économies, puis l’économie mondiale et surtout déstabiliser deux de ses principaux moteurs. C’est aussi déstabiliser la fragile zone euro et le bouclage financier du monde.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Liberte5 - 19/03/2018 - 19:08 - Signaler un abus Le logiciel des économistes ne peut comprendre D. Trump

    D. Trump casse les codes et ne veut plus que les USA soient les dindons de la farce de la mondialisation aux règles biaisées en faveur de la Chine. L'Europe naïve continue a se faire "entuber" avec bonne conscience par la Chine. C'est révoltant de voir l'Europe aussi passive face à ceux qui nous dépouillent. D. Trump défend son pays , le président Chinois, aussi. Nos dirigeants et notamment les Français sont coupables d'avoir depuis 30 ans laissé filer sans bouger les emplois en Chine. Cela suffit.

  • Par vangog - 19/03/2018 - 23:36 - Signaler un abus Pas mal vu, Betbeze!

    Enfin un analyste français qui commence à comprendre le jeu de billard à trois bandes de Donald! Lorsque les mauvais analystes voient Trump tirer dans une direction, ils se disent « quel con, non mais quel con! » et ne comprennent pas que la boule visée est derrière eux...l’exemple de l’acier Canadien est parlant: Donald a commencé à faire peur à Trudeau, alors que ses conseillers expliquaient en coulisse comment Trudeau pouvait influer sur la Chine pour qu’elle baisse sa production. Le résultat ne s’est pas fait attendre, et Trudeau est monté à l’attaque, à la place de Donald, alors que la Chine reculait. Seule la vieille UE ne comprenait rien, et sa commissaire du commerce extérieur se hérissait, alors que l’UE va bien se prendre 25% de taxes dans la tronche...moralité, avec Donald, il vaut mieux négocier, plutôt que s’enfermer dans une indignation très bête!

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€