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Marc Roche : "Emmanuel Macron a tort sur la raison pour laquelle le Brexit l’a emporté"

Pour l'auteur du livre "Le Brexit va réussir", Emmanuel Macron est l'un des derniers dirigeants à soutenir une Union européenne en "déni de réalité" face aux raisons ayant poussé les électeurs britanniques à vouloir quitter l'UE.

Raisons profondes

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Marc Roche : "Emmanuel Macron a tort sur la raison pour laquelle le Brexit l’a emporté"

 Crédit Tolga AKMEN / AFP

Atlantico :  Jeudi 20 septembre, l'Union européenne s'est très largement opposée à la proposition de sortie du Royaume-Uni présentée par Theresa May.  Alors que certains envisagent toujours et encore un nouveau référendum, ce nouveau revers provoque beaucoup de pessimisme chez les Anglais.  Votre nouveau livre, Le Brexit va réussir (éditions Albin Michel) envisage ce genre de difficultés comme une simple étape avant une véritable reconstruction du pays – laquelle selon vous sera une réussite. Ne faut-il pas malgré tout craindre le "no deal" (pas d'accord) qui pourrait être très préjudiciable à l'économie britannique?

Marc Roche : Il n'y aura pas à mon avis de "no deal". Il y aura un accord certes minimal mais qui va permettre aux deux partis de passer l'étape du 29 mars 2019 qui est la date de la sortie officielle du Royaume-Uni de l'UE avant de passer à la période transition où tous les dossiers lourds seront discutés. Cette période peut être rallongée.  Pourquoi suis-je optimiste sur la suite des événements ? Au-delà des péripéties du conseil européen de Salzbourg ou tous les soubresauts de l'actualité européenne depuis le référendum du 23 juin 2016, un divorce brutal n'est dans l'intérêt ni de l'un ni de l'autre. Pour l'économie britannique, pareille issue serait catastrophique en raison des problèmes que cela poserait dans tous les domaines. Et notamment les risques que cela fait courir aux investissements industriels étrangers comme financiers au Royaume-Uni. Pour l'UE ce serait également un désastre parce qu'à ses portes régnerait le chaos. Les inquiétudes exprimées par les ports français, néerlandais et belges ou les pressions des constructeurs automobiles allemands sur la chancelière Angela Merkel pour souligner l'importance du marché britannique attestent cette peur du « saut de la falaise ».  Malgré le « non » de Salzbourg, les 27 ne sont pas unis et le Royaume-Uni pourra compter en fin de compte sur ses alliés habituels : les pays nordiques et le Benelux et plus récemment Autriche et Allemagne pour pousser la Commission européenne à se montrer moins intransigeante. Ceci dit, la négociation s'annonce très difficile pour les Britanniques parce que les Européens ont toutes les cartes en main.

Vous présentez le Royaume-Uni comme une nation capable de beaucoup de cynisme pour arriver à ses fins. Est-ce ici le cas selon vous ?

Actuellement les Britanniques sont surtout désarçonnés. Londres ne s’attendait pas à être confronté à l'unité des 27 qui a prévalu à Salzbourg. Reste à voir si le front de la résistance  va perdurer en raison des problèmes actuels de l'UE (migration, difficultés de réformes, gouvernements autoritaires en Europe de l’Est ou corruption). Bruxelles a toutes les cartes en main puisque c'est le Royaume-Uni qui est demandeur.  Londres n'avait rien préparé. David Cameron, le Premier ministre à l’origine du funeste référendum avait interdit à la fonction publique de prévoir ce qui se passerait si le camp du départ l'emportait. Il ne fallait pas donner d'arguments au camp adverse. De plus, le Royaume-Uni ne dispose pas d'experts sectoriels, notamment en commerce international, question qui a été réglée depuis 45 ans par Bruxelles. Le Royaume-Uni n'a qu’un seul atout mais il est de poids : il est dans l'intérêt de l'Union européenne de trouver un accord à l’amiable.

Vous dites de Macron qu'il est un des derniers à soutenir une Union européenne en "déni de réalité". Il a déclaré jeudi que le vote du Brexit avait été obtenu à cause d'arguments fallacieux proposés à des "menteurs".  Comment jugez-vous cette déclaration ? L'Angleterre doit-elle craindre l'animosité de certains européistes qui semblent vouloir faire payer l'Angleterre, et ce à quelques mois seulement des élections européennes ?

Emmanuel Macron à tort. À savoir que le vote du Brexit n'a pas été guidé par les mensonges proférés par certains défenseurs du retrait. Le vote en faveur du Brexit a été une réaction d'une partie de la population britannique contre la libre-circulation des Européens, surtout de l’Est.  Le président français a tort sur la raison pour laquelle le Brexit l’a emporté. Il est dans l'intérêt de la France d'arriver à un accord avec le Royaume-Uni. Car la France et le Royaume Uni sont liés par les mêmes intérêts diplomatiques en tant que membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, militaires (armées puissantes dotées de l’arme nucléaire), stratégique (lutte contre le terrorisme et contre l'immigration clandestine...).  En outre, le Royaume-Uni a toujours soutenu la vision macronnienne d'une Europe à plusieurs vitesses, estimant que c'était la seule solution pour l'UE de sortir de l'ornière dans laquelle était tombée.

Enfin, Emmanuel Macron semble oublier que si le Royaume-Uni quitte l'UE, il ne dit pas au revoir à l’Europe pour autant. L'Europe au sens large restera le pilier central de sa diplomatie et de ses intérêts économiques aux côtés des pays émergents et des Etats-Unis.

Votre livre explique comment vous êtes passé du sentiment de déception d'un partisan convaincu du Remain au lendemain du vote qui enclenchait le Brexit à celui d'un vrai soutien du Brexit. Quelle fut vraiment l'épiphanie de cette "conversion" radicale ?

Je reste un "Remainer" de cœur. Je suis Belge, je suis né à Bruxelles au milieu des institutions européennes. Mes parents, du fait de leur expérience de la guerre, m'ont inculqué le sens de l'Union européenne pour empêcher la guerre une fois pour toute sur le territoire européen.  Je reste attaché à l'Union européenne.

En revanche, je suis impressionné par le souci outre-Manche de respecter la volonté populaire exprimée lors du référendum. Nous avons été, nous les Remainers, battus. A 52% contre 48%, et même plus si on prend en compte uniquement l'Angleterre où l’écart est de 12%. Je me suis demandé pourquoi mon camp avait perdu.

J'ai découvert que, alors que pour moi la libre-circulation des Européens de l'Est était une évidence et était profitable surtout pour les parties riches du pays, en revanche, elle était très mal vécue par les classes populaires et par la petite classe moyenne qui se sentait menacée et dans son emploi et surtout dans son recours aux services publics ramenés aux acquêts dans le cadre de la politique d’austérité draconienne lancée après la crise financière de 2008.  Et le dernier point qui m'a intrigué c'est qu'une partie des minorités ethniques ont voté en faveur du Brexit malgré le langage agressif d'une partie du camp du départ, tel Nigel Farage, le patron de la formation xénophobe UKIP. Bon nombre de Britanniques d’origine antillaise, africaine ou du sous-continent indien espéraient en finir avec la libre-circulation jugée discriminatoire. A leurs yeux, ce processus profitait aux migrants européens blancs et chrétiens (et pour certains d'entre eux racistes parce que venant de société qui ne connaissent pas la diversité).

 
Commentaires

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  • Par Gégé Foufou - 23/09/2018 - 11:28 - Signaler un abus Comment faisait on ?

    Avant l'UE et l'Euro, c'était la guerre en Europe, le commerce entre pays était bloqué, les frontières infranchissables, etc Comment font les suisses et les norvégiens, etc ?

  • Par Anouman - 23/09/2018 - 13:54 - Signaler un abus Brexit

    Le Brexit est surtout un problème pour l'UE qui craint que si c'était trop facile cela inciterait d'autres pays à en sortir. Elle ferait mieux de se demander pourquoi certains veulent en sortir.

  • Par MIMINE 95 - 23/09/2018 - 16:14 - Signaler un abus DOMMAGE QUE CE PAPIER

    soit parasité par le revanchisme . Pour le moment c'est plutôt le pei peuple qui profite des effets du brexit : "http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2018/08/16/20002-20180816ARTFIG00251-brexit-les-entreprises-forcees-d-augmenter-les-salaires-face-a-la-penurie-de-main-d-oeuvre.php" - Extrait : "«Dans ce paysage où les candidats sont peu nombreux, les employeurs doivent non seulement offrir un salaire attractif, mais aussi des avantages supplémentaires», explique Alex Fleming, recruteur au sein de groupe Adecco".....

  • Par MIMINE 95 - 23/09/2018 - 16:15 - Signaler un abus CORRECTION

    "le Petit peuple" et non le "pei peuple"

  • Par philippe de commynes - 23/09/2018 - 17:13 - Signaler un abus Est ce si sur ?

    Que le Brexit aie été tant que cela contre l'immigration européenne ? Parce que quand même si on parle d'immigration qui pose des problêmes, de délinquance, de risque terroriste, de concurrence pour toucher les prestations sociales (les allocs sont beaucoup moins étendues, mais elles existent quand même, par exemple une famille nombreuse d'origine africaine ou pakistanaise va toucher beaucoup d'allocations logement), alors on parle quasi-exclusivement d'immigration de la "diversité" . Est ce qu'il n'y aura pas eu de malentendus du genre des gens ont voté pour le brexit , contre l'immigration, contre les pakistanais etc, malgré que le discours des brexiters aie été contre l'immigration européenne, en pensant "oui mais çà c'est le discours, de toutes façons on peut rien dire contre les pakis ou les africains : c'est tout de suite du racisme, alors que contre les polonais et cie çà passe tout seul, après comme de toute manières nous serons maîtres de notre politique d'immigration nous pourrons nous occuper d'eux ( la diversité) sans que Bruxelles n'aie rien à y redire" Et que c'est par peur d'un retour de bâton de brexiters déçus (style afd...) que tommy Robinson a été mis en prison.

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Marc Roche

Marc Roche a été journaliste au Soir, au Quotidien de Paris et au Point, avant de rejoindre l'équipe du Monde. Il publie également dans des journaux britanniques (The Independant, The Guardian) et participe à l'émission Dateline London de la BBC News. Ses écrits concernent principalement les institutions financières (Goldman Sachs) et la monarchie britannique.

Il est notamment l'auteur de Elizabeth II : Une vie, un règne et Elizabeth II : La dernière reine aux éditions La table ronde.

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