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Manuel Valls, BHL... : les "derniers dreyfusards" ?

De 1898 à 2018, les leçons de l’histoire n’ont pas été tirées. Alors que le camp des ennemis de Dreyfus est paresseusement réduit à celui des nostalgiques de l’ordre ancien et d’une France révolue, beaucoup passent à côté de l’essentiel : l’inquiétante modernité des idées dont les antidreyfusards, Édouard Drumont et Charles Maurras en tête, se sont réclamés. Extrait de "J’accuse . . . ! 1898-2018. Permanences de l’antisémitisme" par Alexis Lacroix, publié aux Editions de l'Observatoire. (2/2)

Bonnes feuilles

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Manuel Valls, BHL... : les "derniers dreyfusards" ?

Oui mais, qui, à gauche, à l’intérieur ou à côté de la « vieille maison » socialiste, a le courage de dire nettement et sans circonvolutions prudentielles que la jonction possible d’un anticapitalisme jamais éteint depuis Drumont et de la judéophobie structurale aux Frères musulmans pourrait bientôt mettre au point dans les quartiers mais aussi à portée immédiate de tous les autres territoires français une bombe atomique morale d’une incalculable efficience ? Qui, à part Manuel Valls, a le courage d’affirmer aussi que, si l’autre gauche, celle de Mendès France et du radical Clemenceau, laisse s’opérer cette diabolique fusion, c’en sera fini de la France que nous aimons, cette France qui a su se diviser sur le sort d’un petit capitaine juif ?

Qui, à part un Bernard-Henri Lévy, se bat encore, dans la famille spirituelle qu’Emmanuel Macron nomme les « progressistes », pour ne pas laisser à la droite le monopole (historiquement illégitime) de la vigilance anti-antisémite ?

Il faudra, un jour, célébrer la grandeur de ces derniers dreyfusards, et l’auteur de ces lignes ne se dérobera pas. Mais, pour l’heure, ce qui compte, c’est de tenir bon, d’affirmer une position non négociable, de résister sur la ligne de front intellectuelle et politique au « néoantisémitisme » – dans le sillage de l’action menée par Manuel Valls, quand il fut ministre de l’Intérieur puis Premier ministre, contre les agitateurs antisémites et les entrepreneurs de haine – ; ce qui compte, oui, c’est, sous les quolibets des pleutres et les railleries des indifférents, de désigner l’ennemi comme nous y invite courageusement Malek Boutih, et l'ennemi, c’est la drumontisation islamo-gauchiste d’une partie des « progressistes » ; ce qui compte, c’est de revitaliser l’amour de la République et de redire, comme le fit Zola en 1896, que nous sommes « pour les juifs ». Républicain, clemenciste, et pro-Israël : voilà la triple fidélité insécable qu’il importe, aujourd’hui, de réveiller, face à l’islamisme et face au lepénisme.

Face aux Indigènes de la République et face au nationalisme français.

Face aux sectateurs de Mediapart et face aux zélateurs de Laurent Wauquiez.

Un mot encore.

En septembre 2017, ma consœur Agnès Laurent s’est rendue au Raincy, petite commune boisée et vallonnée de la banlieue est de Paris, et est allée à la rencontre de ses habitants – environ 14 000 personnes dont, environ, un tiers de juifs. Sur cette autre ligne de front, géographique, elle a été frappée par l’omniprésence de l’anxiété. Le Raincy, certes, est un havre au cœur des territoires abandonnés de la République. Mais voilà : les habitants récents de la commune comme ses habitants plus anciens ont peur. Les vitres des restaurants casher ont été opacifiées et anonymisées, les sorties nocturnes sont évitées, le port de la kippa dans les rues est prohibé. L’interrogation sur l’avenir, raconte Agnès Laurent, est sur toutes les lèvres. Sentiment, oui, d’une quiétude précaire, cernée par les périls. Comme d’un sursis. Sont-ce là, vraiment, les conditions d’un séjour viable des juifs français dans leur pays, le pays de Rachi ? En attendant, deux narratifs se font face. Et ils prétendent détenir l’un comme l’autre le chiffre ultime de la nouvelle lèpre antijuive. Celui, développé dans de larges pans de la gauche, fait entièrement dériver la virulence du néo-antisémitisme de la question sociale ; celui, déployé dans des franges entières de la droite, et bien sûr à l’extrême droite, reconduit cette haine proliférante à la seule influence culturelle de l’islam.

Choc de deux ignorances.

Clash de deux imbécillités et de deux illusions de la clarté.

Extrait de "J’accuse . . . ! 1898-2018. Permanences de l’antisémitisme" par Alexis Lacroix, publié aux Editions de l'Observatoire.

 
Commentaires

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  • Par philippe de commynes - 14/01/2018 - 11:32 - Signaler un abus Be careful ...

    what you wish for you might just get it.(fait attention à ce que tu souhaites , il se pourrait bien que cela se réalise) BHL et compagnie ont été les figures de proue de la promotion de l'immigration multi-culturelle et multi-raciale comme antidote au soi-disant vieux fond français anti-sémite xénophobe et pétainiste, maintenant ils ont ce qu'ils ont voulu ... et ils ne l'aiment pas. Mais peuvent ils seulement reconnaître leurs erreurs ? Mais non mettre en cause encore et toujours le vieux fond rance chauviniste français ...

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Alexis Lacroix

Alexis Lacroix est directeur de rédaction délégué de L’Express, après avoir été directeur adjoint de Marianne. 

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