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Manifestations en Tunisie : l’Etat islamique et Al Qaïda en embuscade

Sept années après la "révolution de Jasmin" la Tunisie connaît de nouveaux mouvements sociaux en ce début d'année 2018.

Double danger

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Manifestations en Tunisie : l’Etat islamique et Al Qaïda en embuscade

Sept années après la "révolution de Jasmin" la Tunisie connaît de nouveaux mouvements sociaux en ce début d'année 2018. Dans quelle mesure des groupes comme Aqmi et l'EI, présents en Tunisie, pourraient ils tenter de tirer profil de la situation ? Quels sont les risques de déstabilisation ?

Les mouvements sociaux n’ont jamais vraiment cessé depuis la « révolution de Jasmin » aussi dite « révolution de la dignité » qui a débuté avec l’immolation par le feu à Sidi Bouzid de Mohamed Bouazizi, un vendeur ambulant de fruits et légumes le 17 décembre 2010 (mort à l’hôpital le 4 janvier 2011). Cette dernière a provoqué beaucoup d’espoirs au sein de la société civile, mais les difficultés économiques dues à la crise qui a suivi, en particulier dans le domaine du tourisme, ont laissé les neuf gouvernements successifs dans l’incapacité financière de répondre à ces attentes.

La spécificité des manifestations de la fin 2017 - début 2018 par rapport aux précédentes est qu’elles se sont étendues à l’ensemble du pays : Tunis, Gabès, Sfax, Ettadhamen-Mnihla, Béja, Siliana, Mahdia, Nabeul, Thala (ou un PC de sécurité a été incendié après que la police ait été forcée à quitter la ville), Jelma, Kasserine, Sidi Bouzid, Gafsa, Djerba, etc. .

Les manifestations sont majoritairement pacifiques le jour mais elles tournent parfois à l’émeute et aux pillages la nuit. C’est cette généralisation de la contestation contre la vie chère et la corruption qui risque de mettre à mal le régime pourtant démocratiquement mis en place. Par contre, elle ne semble avoir ni leaders ni structures derrière elle. Ce qui a mis le feu aux poudre, c’est le vote à la fin 2017 de la loi de finances pour  2018 qui prévoit une hausse des impôts et taxes diverses pour répondre aux demandes d’austérité du FMI qui a accordé, à cette condition, une ligne de crédits de 2,6 milliards de dollars pour les quatre années à venir. La corruption des fonctionnaires est aussi un reproche qui revient souvent dans les propos des manifestants.

Le Premier ministre Youssef Chabed réagit en accusant le Front populaire, un mouvement d’opposition de gauche regroupant des marxistes et des nationalistes arabes, de soutenir les émeutiers, ce qui est loin d’être la réalité. Même la puissante centrale syndicale UGTT reste très prudente vis-à-vis du mouvement actuel. Par ailleurs, Chabed a lancé une vaste répression policière faisant arrêter plus de 720 personnes depuis le dimanche 7 janvier. Profitant de l’état d’urgence déclenché après les attentats de 2015, il a aussi engagé l’armée pour assurer la sécurité de sites sensibles déployant 2.000 hommes à Thala, Sousse, Bizerte et Kedili.

Pour le moment, les deux mouvements salafistes-djihadistes présents dans le pays, Al-Qaida au Maghreb Islamique (représenté par Ansar al Charia et la Phalange Okba Ibn Nafaâ) et Daech ne semblent pas avoir participé aux actions protestataires. Mais la masse de manifestants va constituer un vivier dans lequel ces deux organisations seront à même de recruter de nouveaux adeptes. En effet, la situation économique est si grave que la jeunesse  - dont officiellement 30% est au chômage, mais ce chiffre est vraisemblablement très sous-évalué - ne se voit proposer que trois choix : protester, migrer ou rejoindre les djihadistes !

 
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  • Par vangog - 14/01/2018 - 14:14 - Signaler un abus Sans homme fort, le Maghreb se disloque

    et se soumet aux rétrogrades gauchistes ou islamistes, qui sont à l’affut De tous les pouvoirs en déshérence. Voilà ce que la clique des Fabius-le-vampire, Lang-de-pute, Macron-Rothschild, Clinton et Obama n’ont jamais rien compris du proche ni du Moyen-Orient. Comptons sur Donald pour prendre la mesure de cette nouvelle menace héritée des guerres de de-stabilisation ONUSiennes, qui n’en finissent pas de produire leurs effets désastreux!

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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