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Manifestations contre la loi El Khomri : pourquoi les jeunes se laissent aller à être des cons (manipulés comme les autres)

Ce mercredi 15 mars, les organisations étudiantes et jeunesse, menées en premier chef par l'Unef et le MJS (Mouvement des Jeunes socialistes), ont appelé à une nouvelle journée de mobilisation contre le projet de loi El-Khomri. Alors que les syndicats sont, eux, rentrés dans une logique de négociation comme à leur habitude, "les jeunes" campent sur leur position de rejet intégral, révélant leur incapacité à comprendre réellement ce qui est en jeu.

Le bal des débutants

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Manifestations contre la loi El Khomri : pourquoi les jeunes se laissent aller à être des cons (manipulés comme les autres)

Atlantico : Les syndicaux étudiants (Unef en tête) et le Mouvement des Jeunes socialistes (MJS) ont appelé à manifester ce mercredi contre le projet de loi El-khomri. Pourquoi des jeunes manifestent-ils (encore) alors qu'ils ne sont spécifiquement concernés par cette réforme ? Dans quelle mesure cela révèle-t-il leur incompréhension des enjeux du projet, alors que celui-ci est conçu, sur le papier du moins, de manière à rendre le marché du travail plus stable (généralisation du CDI, coup d'arrêt au recours systématique aux CDD renouvelés, etc.) ? 

Olivier Galland : Il faut distinguer les "jeunes" et les syndicats ou organisations censés les représenter.

Mais en ce qui concerne les jeunes qui manifestent, certains le font sans doute par conviction politique (le rejet de la politique supposée "libérale" du gouvernement), d'autres ont peut-être le sentiment d'avoir été trompés par les promesses du candidat Hollande à la Présidentielle de 2012; d'autres encore peuvent être inquiets de leur avenir. Sur ce dernier point, on ne peut pas leur donner entièrement tort car la situation des jeunes en France n'est pas particulièrement brillante et ne s'est pas améliorée ces dernières années.

Eric Verhaeghe : Il me semble que les raisons du mouvement sont doubles. D'une part, la jeunesse française vit encore une forme de romantisme bolchevique. Lutter contre la réforme du marché du travail participe d'une forme d'appartenance ou d'adhésion à un mythe quasi-éternel : celui de l'émancipation des classes laborieuses laminées par un capitalisme sans scrupule. Descendre dans la rue contre le projet El-Khomri, c'est lutter pour l'émancipation des classes populaires et préparer la grande internationale. Au-delà du mythe marxiste, la jeunesse fait probablement l'objet d'une opération de manipulation complexe à cerner mais assez évidente. Dans toutes les universités, l'UNEF a pu s'exprimer sans limite et appeler à la grève sur des motifs qui sont loin d'être éclaircis. La personnalité de William Martinet fait ici débat. Pourquoi fait-il preuve d'un tel acharnement à combattre un projet de loi qui concerne aussi peu les jeunes ? Cet engouement unilatéral est de plus en plus suspect. 

Les syndicats étudiants représentent quasi exclusivement des jeunes engagés dans des filières générales, et leur représentativité est par ailleurs très faible. Quelle légitimité ont-ils pour revendiquer le retrait du projet de loi El-Khomri au nom de la jeunesse dans son ensemble ? Qu'en est-il des autres jeunes que ces mouvements ne représentent pas ? 

Olivier Galland : Effectivement, ces syndicats sont très peu représentatifs. Le taux de participation aux élections universitaires tourne autour de 8/9% et les étudiants ne doivent représenter qu'environ 40% des jeunes. Il y a donc toute une partie de la jeunesse, la moins diplômée et la plus défavorisée, qui n'est pas partie prenante de ce mouvement. 

Eric Verhaeghe : Rappelons ici que la représentativité de l'UNEF est extrêmement contestable, pour une première raison très simple: les élections dans les universités mobilisent moins de 10% du corps électoral, et même régulièrement moins de 5%. L'emprise de l'UNEF sur les étudiants a donc du mal à se traduire dans les chiffres. Il est vrai que le monde politique peine à revenir à ces réalités et marque surtout sa frayeur vis-à-vis des mouvements de foule qui pourraient paralyser la rue. C'est l'angoisse de François Hollande: pas de "mouvement social", c'est-à-dire de convergence entre les salariés qui protestent contre la loi El-Khomri, et les jeunes qui, à des degrés divers pourraient se sentir prêts à intervenir dans le conflit. Il faut circonvenir les étudiants. Quelle est l'ampleur du mouvement jeunes ? Personne ne la connaît clairement. On peut se féliciter du nombre grandissant de jeunes qui refusent le diktat d'un seul syndicat et appellent à la construction d'un rapport de force qui leur soit propre, indépendamment des partis politiques. Or on sait les liens de connivence entre le PS et l'UNEF, largement dirigée, vous avez raison, par des jeunes "aristocrates" nés avec une petite cuillère d'argent dans la bouche, et qui aspirent pour la plupart à faire une carrière politique au PS. 

 
Commentaires

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  • Par Anguerrand - 18/03/2016 - 08:25 - Signaler un abus Les branleurs d'extrême gauche adorent

    avoir l'impression d'être puissants alors qu'ils ne sont qu'une petite minorité comme les syndicats ouvriers. Ils savent tellement bien qu'ils ne seraient pas suivis par les autres jeunes, ils sont obligés de faire des piquets de grèves ( illégal) et à fermer l'entrée des établissements scolaires avec tout ce qu'ils trouvent en particulier les poubelles. Pour avoir vécu une telle période, je peux dire qu'en fait les journalistes sont ravis de ranimer le bordel gauchiste. Un prof m'a raconté comment se déclare une grève, les syndicalistes étudiants se réunissent entre eux ( moins de 10% de étudiants) décrètent la grève et l'établissement le lendemain est bloqué par 7 ou 8% des étudiants. Ceux qui voudraient rentrer sont insultés voire agressé. En fait ce sont la plupart de temps les feignants qui n'ont qu'une envie c'est de devenir syndicalistes, puis ministres, president d'une association, se sont donc les plus nuls ( Dray, Harlem désir, l'adjoint à Hidalgo, Cambadelis, etc ) ces gens sans culture ni capacités auront un meilleurs avenir financier sans jamais n'avoir rien fait. Ils se moquent bien des autres qui veulent travailler.

  • Par Gordion - 18/03/2016 - 09:50 - Signaler un abus @Anguerrand

    Vous avez raison. Une petite minorité, spécialiste de l'agit-prop fonctionnant selon les principes bien rodés du bolchevisme, agit, et est soutenue par des puissants relais médiatiques et politiques. La bataille des idées se gagnera dans l'opinion, pas sur le terrain tout de suite.

  • Par 2bout - 18/03/2016 - 10:44 - Signaler un abus Des jeunes naïfs ?

    Pour le cas de mon fils lycéen, il y a un de ses professeurs qui lui a expliqué que la quantité de travail est finie, que ce volume doit se partager, justifiant ainsi tous les discours vaseux sur la réduction du temps de travail ou sur l'âge de départ en retraite, justifiant aussi cette mobilisation lycéenne et étudiante, comme si activité professionnelle ne pouvait se conjuguer avec épanouissement. Comme si ces adultes qui encadrent nos enfants au sein de l'Education Nationale les utilisaient pour soulager leurs souffrances, éloigner leurs craintes, et abusaient de cette situation à leur dépends. Parce qu'en réalité si les syndicats ouvriers, des salariés et des fonctionnaires sont si présents, avant même les syndicats lycéens et étudiants, c'est qu'il s'agit de conserver un système qui protège d'abord les insiders, et comme de la même manière que ce système protège plus le zadiste que le rom, il protégera plus le salarié que le chômeur, question de visibilité médiatique de leurs représentations respectives, question de moyens économiques pour construire cette représentativité.

  • Par 2bout - 18/03/2016 - 10:45 - Signaler un abus Alors manipulés ?

    Peut-être ou peut-être pas autant que le suppose. En bloquant l'entrée de leur lycée, nos enfants nous montrent qu'ils ne sont pas complètement morts et pas tout-à-fait résignés, qu'ils ne sont pas que des consommateurs d'électronique connectée ou de moquette Saint Maclou. https://www.youtube.com/watch?v=3fJYSQDiFY4

  • Par Neurohr Alain - 18/03/2016 - 11:14 - Signaler un abus L'explication du philosophe

    Alain Finkielkraut explique très bien que la jeunesse est le temps de la radicalité, du tout ou rien, du manichéisme simplet entre le bien et le mal (émission avec Elisabeth Lévy "L'esprit de l'escalier", qui peut se trouver sur le site de "Causeur"). La radicalité est une posture qui donne aussitôt à celui qui la prend une très haute idée de lui-même. Rassurons-nous, il y a une radicalité encore plus bête que de manifester contre une loi qui peut aider les jeunes à trouver du travail, c'est partir en Syrie faire le djihad. En tout cas, cet épisode lamentable prouve par A+B l'incapacité "essentielle" de la gauche à gouverner.

  • Par Anguerrand - 18/03/2016 - 11:14 - Signaler un abus A 2 bout

    Les étudiants " résignés " en quoi ce projet de loi, maintenant vide, est il dangereux pour eux ? Soyez sûr que l'objectif des ces branleurs est de devenir fonctionnaires et attendent tout de l'état. Ils auront un bac type 1968, s'il continue leur grève, ou les plus nuls obtiendrons ce bac , avec un revers c'est qu'il a été totalement dévalué et se sont les meilleurs qui en ont pâti. Je pense surtout qu'ils n'ont envi de rien foutre de leur vie et d'être à notre charge CMU, RSA et tout le reste. Entendez vous des lycéens à l'étranger faire des grèves ( qui ne leur coûte rien) politiques le tout influencé par leurs enseignants?

  • Par vangog - 18/03/2016 - 11:43 - Signaler un abus Ils ont peur d'être "licenciés plus facilement!"...

    ils ne savent pas encore ( car l'UNEF et la MJS ne leur ont pas expliqué...) qu'il leur fallait être embauchés, avant d'être licenciés..."jeune et con à la fois!"

  • Par Borgowrio - 18/03/2016 - 11:54 - Signaler un abus Des jeunes , déjà si vieux (V.A.)

    En 68,les braillards étaient maoistes , trostkistes . Ils sont maintenant socialistes , écologistes , voire communistes , bolchevistes .Enfin une toute petite partie de la jeunesse et pas les plus défavorisés . C'est normal , l'utopie , chez les jeunes . Le plus scandaleux est l'encouragement des médias décalés avec les réalités économiques ,c'est leur heure de gloire ( aux "jeunes") de futurs anciens combattants , en deux mots .

  • Par Lafayette 68 - 18/03/2016 - 15:41 - Signaler un abus Lycéens: quelques rigolos

    Bof ! 200 lycées (grandes villes) touchés sur 4000...bloqués par des minorités manipulées, plus le réflexe ado ou branleur : jouer au grand ,sécher les cours , épater les copines ou les copains .C'est aussi simple.

  • Par langue de pivert - 18/03/2016 - 16:55 - Signaler un abus Jeunes fossiles vivants ?

    De joyeux chahuts plutôt que des études exigeantes, le printemps qui arrive : on est quand même mieux dehors ! J'avais leur age en 68 et j'avais mis quelques baffes à des fils de bourg' qui traitaient de SS des fils d'ouvriers ! Rien n'a changé ! Un peu d'idéalisme, beaucoup de naïveté, passer à la télé, de bonnes rigolades entre copains, l'impression de changer le monde ! L'UNEF n'a pas besoin de forcer pour les mettre dans la rue ! Il faut que jeunesse se passe ! Que ceux qui veulent étudier ne se laissent pas emmerder ni pendant les cours ni par des piquets de grèves. Que ceux qui veulent s'amuser et refaire le monde ne se gênent pas ! Fin juin au plus tard tout sera fini ! Le mouvement pourrira sur pied, il suffit de donner quartier libre aux forces de l'ordre qui n'ont pas besoin de ce surplus de boulot. Quand la racaille les fera courir dans les rues pour les dépouiller on verra vraiment ce qu'ils ont dans le ventre les révolutionnaires en herbe !

  • Par julepa - 18/03/2016 - 17:42 - Signaler un abus cerveaux lavés

    Comment voulez-vous que ces jeunes discernent quoi que ce soit parmi les enjeux de cette loi, quand ils sortent à peine de plusieurs années de lavage de cerveau massif organisé par une Education nationale infiltrée par la Gauche depuis des décennies?

  • Par sapiensse - 19/03/2016 - 08:38 - Signaler un abus pas que bolcherviques

    Pour mémoire, les jeunesses hitlériennes dans les années 30 utilisaient les mêmes méthodes pour bloquer les universités : l'extrême gauche française n'a rien inventé. Mais les recettes pour y remédier sont aussi les mêmes : ces flambées étudiantes ne font peur qu'aux énarques de notre pays. Je me souviens bien (il y a fort longtemps) d'une intervention de deux glandus de l'unef qui voulaient bloquer l' amphi. Le prof leur a cédé gentiment la parole et s'apprêtait à se tirer. J'ai juste piqué une gueulante dans l'amphi contre ces guignols en leur demandant de partir. Ils étaient deux sur l'estrade. Je gueulais seul. Le reste de l'amphi parfaitement silencieux. Les deux militants de l'unef ont fini par quitter la scène la queue entre les pattes. Les guerres se perdent ou se gagnent parfois avec très peu. Le plus malheureux dans l'affaire ce fut le prof qui a été contraint de reprendre son cours. Tout ceci pour dire que la manipulation des amphis est facile et ne représente rien de significatif. Sauf aux yeux d'un gouvernement de c... molles.

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Olivier Galland

Olivier Galland est sociologue et directeur de recherche au CNRS. Il est spécialiste des questions sur la jeunesse.

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'ENA (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un DEA d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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