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Mali : les Etats-Unis sont-ils encore nos alliés ?

Le soutien très timide de Washington dans l'intervention au Mali pose la question des relations entre la France et les Etats-Unis au lendemain de "l'erreur" stratégique commise en Libye. Décryptage d'une alliance pour le moins paradoxale...

Tough love

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Atlantico : Les États-Unis viennent d'annoncer ce matin qu'ils appuieraient gratuitement l'intervention des forces françaises et africaines au Mali en fournissant notamment du matériel de transport. Comment expliquer qu'une décision aussi peu engageante ait mis tant de temps à se décréter ?

Jean Vincent Brisset : En fait, les États-Unis ont appuyé l'opération Serval dès les premiers jours. Ils ont en effet fourni des moyens de reconnaissance technique, satellites et drones, puis des avions de transport C-17. Il a toutefois été question dans un premier temps, de facturer les vols des C-17.

L'appui qui vient d'être annoncé concerne à la fois la gratuité et l'ajout de moyens de ravitaillement en vol. S'y ajoute une participation plus active d'Africom, le Commandement des États-Unis pour l'Afrique, en particulier pour transporter et équiper les forces africaines participantes.

De nombreux facteurs expliquent les réticences américaines. Il est difficile de déterminer la part réelle de chacun d'entre eux, mais on peut au moins en citer certains. Les Américains sont perplexes devant le manière dont les opérations ont été déclenchées. Ils le sont aussi sur les « buts de guerre » qui ne semblent pas encore les avoir fixés de manière claire par les responsables français. Le fait de n'avoir été prévenu qu'à la dernière minute du déclenchement en catastrophe d'une opération non préparée a certainement aussi agacé Washington. Notre retrait accéléré d'Afghanistan, finalisé à grand renfort médiatique fin décembre et suivi d'une demande d'aide moins de deux semaines plus tard est aussi mal perçu. La France avait fait une forte pression à l'ONU pour l'adoption de la résolution 2085, en avançant qu'elle allait assumer la montée en puissance d'une force africaine qui serait chargée des opérations. Dans les faits, en l'absence d'une action diplomatique forte, cette montée en puissance n'avait toujours pas commencé au jour du lancement de l'opération Serval.

Mais c'est surtout à l'Europe que les États-Unis ont des reproches à faire. Incapable de se donner les moyens de ses ambitions, incapable de mettre en commun les trop rares moyens qu'elle possède, incapable de prendre des décisions .Le « burden sharing » est une demande répétée, qui ne trouve toujours pas d'écho, seulement des appels au secours.

La relation entre Paris et Washington semble être assez médiocre malgré la poursuite d'un objectif commun au Nord-Mali. Pourquoi ?

Il ne faut pas se leurrer. Paris a des relations difficiles non seulement avec Washington, mais aussi avec beaucoup de grandes capitales, en particulier les plus proches que sont Londres et Berlin. Pour parler plus précisément des relations avec les États-Unis, outre les points cités plus haut, certaines remarques faites par des dirigeants français font resurgir les accusations d'arrogance qui ont souvent entaché l'image de nos relations internationales. Elles passent d'autant plus difficilement que Paris est cette fois en position de demandeur et que le succès des opérations décidées sans concertation par la France  passe obligatoirement par des aides extérieures.

 
Commentaires

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  • Par Duffy - 29/01/2013 - 21:54 - Signaler un abus Le Mali est une chasse gardée des français.

    Les USA n'y ont aucune place, ni les anglais.

  • Par Glop Glop - 29/01/2013 - 23:42 - Signaler un abus Episode Lybien politiquement catastrophique

    Les Etasuniens n'ont pas la capacité d'intervenir au Mali (matériellement et technologiquqment oui et très largement sans aucune contestation mais ils ne connaissent rien de l'Afrique en réalité, Cf. l'épisode de Restore Hope et Gothic Serpent). Les seuls capables d'intervenir dans les conditions spécifiques de cette région du globe sont les Anglais, les Sud-Africains et les Australiens, en dehors bien entendu des Africains eux-mêmes. Les Etasuniens ne sont à l'aise que sur de grands espaces avec un fort déploiement possible de logistique (un combattant pour trois opérateurs logistiques, mode militaire opérationnel étasunien). Une carrière militaire passée toujours pas loin d'eux voire avec eux sur les théâtres opérationnels ou simplement en exercice l'enseigne très tôt, que l'on soit sur le terrain ou dans un central ops. Par contre les Anglais, les Australiens et consorts, c'est une toute autre histoire, le combattant est aussi le logisticien pour au moins ce qui le concerne et une grande part du besoin collectif. Les Etasuniens sur le terrain font penser à très long saurien vert et sable, puissant mais coincé dans un couloir à peine plus large que lui.

  • Par BOUM - 30/01/2013 - 00:06 - Signaler un abus Précisions

    Oui les USA sont frileux en raison des arguments que l'auteur cite et en particulier à cause de la Libye. Mais je voudrais revenir sur certains points : - le point dur de cette absence de soutien occidental, quoiqu'on en dise, reste le retrait trop anticipé de la France en Afghanistan. Toutes les nations de l'OTAN le garde en travers de la gorge et désormais c'est retour à l'envoyeur. - n'oublions pas non plus le contexte général en occident : fin annoncée de l'ISAF, coupes budgétaires (voire le modèle britannique), réforme de l'OTAN... Cela refroidit les ardeurs. - alors que les Français ont planifié une opération au Mali selon plusieurs scenari possibles (en dépit de la décision précipitée du gouvernement, les militaires sont au travail depuis des mois), ce n'est pas le cas des autres nations européennes qui en étaient restées à un engagement prévu vers septembre 2013. - surtt les USA (et d'autres nations européennes) s'inquiètent de cette résurgence de l'indépendance stratégique française et de cette démonstration des armées françaises qui fait contrepoint aux résultats médiocres des USA en Irak et Afghanistan. Or l'Afrique est le nouveau terrain du grand jeu des puissances.

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Jean-Vincent Brisset

Le Général de brigade aérienne Jean-Vincent Brisset est directeur de recherche à l’IRIS. Diplômé de l'Ecole supérieure de Guerre aérienne, il a écrit plusieurs ouvrages sur la Chine, et participe à la rubrique défense dans L’Année stratégique.

Il est l'auteur de Manuel de l'outil militaire, aux éditions Armand Colin (avril 2012)

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