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Maladie de Lyme : petits repères pour tenter de comprendre la guerre qui fait rage au sein de la médecine française

Le 20 juin 2018, la Haute autorité de santé a présenté des recommandations sur la prise en charge de la maladie de Lyme. Mais elles sont loin de faire l'unanimité chez l'Académie de médecine.

Débat

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Quels sont les risques que peut entraîner ce type de débat ? Plus globalement, comment un individu peut-il se positionner face à deux avis médicaux différents ?

Ce type de débat ouvert met dans l'embarras médecins et patients. Mais le SPPT est une réalité et il est fréquent. Attention : tous les SPPT ne correspondent sûrement pas à une borréliose. Il est nécessaire de préciser qu'une tique peut transmettre d'autres bactéries que des borrelia, mais aussi des microparasites (protozoaires) ainsi que des virus. C'est la question des co-infections de la maladie de Lyme qui est une bouteille à l'encre : c'est quelque chose de plus que probable et qui ouvre la porte à de multiples pathologies de diagnostic plus ou moins facile.

Toujours est-il qu'un SPPT implique une démarche diagnostique minutieuse et ouverte. Il n'est pas un synonyme d'infection à borrelia. Mais dans bien des cas de SPPT, il est logique d'essayer un traitement antibiotique prolongé, car l'expérience montre que certaines personnes (adultes comme enfants) ont été améliorées, voire guéries et parfois de façon spectaculaire (plusieurs ouvrages ont été publiés sur le sujet) de cette façon. Les livres et les vidéos provenant de victimes d'infection à borrelia se multiplient aujourd'hui ; en voici un exemple http://www.atlantico.fr/node/2301108. On trouve sur internet des reportages sur des patients qui parlent de leur maladie. Des associations, courants de pensée, collectifs ou fédérations se sont constitués depuis plusieurs années : France Lyme, Lyme sans frontières, Lyme team, Lyme santé vérité, Le droit de guérir, Fédération française contre les maladies vectorielles à tiques, Relais de Lyme, Réseau borréliose de Lyme en France, etc., en plus d'associations régionales ou départementales.

Et puis surtout, ce n'est pas parce qu'un SPPT n'est pas lié à une borréliose que l'on est légitimé à l'adresser à un psychiatre : c'est une honte ; du reste, ledit psychiatre se fait fort de répondre "Votre patient n'a rien de psychiatrique" et il a bien sûr parfaitement raison. Cette situation est loin d'être rare : c'est offensant pour le malade qui souffre, pour la profession de psychiatre et la médecine de façon plus générale. De surcroît, cela ne rend jamais service au malade, au contraire : ledit malade est culpabilisé et aggravé. La phrase assassine : "Vous n'avez rien, c'est dans la tête !" est plus qu'odieuse, elle est l'expression d'une condescendance méprisante et de plus totalement infondée. C'est tout à fait scandaleux. La nosographie psychiatrique est précise : la schizophrénie, le trouble bipolaire, les psychoses délirantes aiguës, la dépression, la démence, etc. Mais une personne qui vient consulter un médecin parce qu'elle souffre et qui décrit des symptômes précis est une personne qui est malade et qui demande à être écoutée, prise en considération et soignée autant que faire se peut. Ce n'est pas une personne souffrant d'un trouble psychiatrique, la psychiatrie n'est pas un fourre-tout qui sert à cacher les maladies que l'on ne sait pas (encore) diagnostiquer !

 

 

 
Commentaires

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  • Par venise - 12/07/2018 - 10:40 - Signaler un abus prendre au sérieux toute plainte

    quand on est soignant on sait que c'est la règle, est elle toujours de règle? j'ai le souvenir d'enfance, la chien était infesté de tiques aprés le passage des moutons, plus tard en service hospitalier je me souviens de cette fièvre méditerranéenne, on cherchait l'escarre signe du tique mordeur on prescrivait la Vibramycine....aujourd'hui la guerre du tique a lieu, bel article Monsieur, prendre les malades au sérieux même les fous, les névrosés les psychotiques.....surtout

  • Par cloette - 12/07/2018 - 10:53 - Signaler un abus Il est vrai que

    les progrès de la médecine en général sont davantage dûs à la chirurgie qu'à la chimie mais naturellement aussi la chimie ,d'autant que pour certaine maladies il n'y a que cela de possible .La médecine pas une science ? quand même un peu, on est dans le domaine de la science, l'IA pourra bientôt faire des diagnostics , peut d'ailleurs déjà mieux que l'homme .Mais l'être humain étant tellement mystérieux dans son fonctionnement ,que les guérisons sont parfois irrationnelles ....

  • Par Dorine - 12/07/2018 - 14:36 - Signaler un abus HAS

    Elle change d'avis tous les 6 mois. attendons encore 6 mois avant d'a

  • Par Dorine - 12/07/2018 - 14:38 - Signaler un abus Suite

    attendons encore 6 mois avant d'appliquer ses recommandations. De toute façon, les experts internationaux n'ont jamais le même avis que la HAS.....

  • Par Stéphane Gayet - 12/07/2018 - 14:56 - Signaler un abus Les recommandations de la Haute autorité de santé

    Ces recommandations https://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_2857558/fr/borreliose-de-lyme-et-autres-maladies-vectorielles-a-tiques sont le fruit d'un groupe de travail nombreux, représentatif et éclectique. Des médecins américains ont même été consultés. Ces recommandations sont justifiées et adaptées.

  • Par vauban - 12/07/2018 - 15:28 - Signaler un abus Tout cela me rends perplexe

    Je suis étonné de rencontrer de nombreux patients dépressifs fibromyalgiques et maintenant étiquetés maladie de Lyme tombés dans les filets de médecins dont les références en matière d ´infectiologie me semblent pour le moins très minces voire nulles au point que l’on est plus très loin.du charlatanisme Les antibiothérapies a large spectre sequentielles et quasi continues nous amènerons droit dans le mur des polyresistances aux ATB s’il n’y a pas d’enadrem des prescripteurs et des prescriptions l

  • Par Dorine - 12/07/2018 - 15:37 - Signaler un abus Merci Mr Gayet

    de me rassurer à propos des idées de la HAS en matière de maladies infectieuses. Mais je puis vous assurer que dans ma partie, ce n'est pas triste.....

  • Par Stéphane Gayet - 12/07/2018 - 16:10 - Signaler un abus Risques de dérapages lors de l'application des recommandations

    Bien sûr, les risques de dérapage lors de l'application des recommandations de la Haute autorité de santé existent bel et bien. Les experts du groupe de travail de la HAS en étaient parfaitement conscients. C'est pourquoi des précautions verbales ont été prises dans leur formulation. Surtout, il est évident que nous devons améliorer rapidement nos méthodes de diagnostic paraclinique des borrélioses de type Lyme : c'est le côté le plus critique de la prise en charge d'une maladie évoquant une borréliose de Lyme. Notre arsenal diagnostique bactériologique est très insuffisant eu égard à la fréquence, la gravité et la complexité de la maladie. Dans la forme neurologique (neuroborréliose), la recherche d'anticorps dans le liquide céphalorachidien (ponction lombaire) est semble-t-il très utile.

  • Par Dorine - 12/07/2018 - 16:57 - Signaler un abus Merci

    Mr Gayet. Est-il utile de mettre sous antibiotiques devant une plaque érythémateuse qui évolue après une piqûre de tique?

  • Par Stéphane Gayet - 12/07/2018 - 19:56 - Signaler un abus Plaque érythémateuse après piqûre de tique

    Après une morsure (piqûre) de tique, autant la prescription d'un antibiotique est très discutable en l'absence de signes ou symptômes, autant elle s'impose en cas de plaque érythémateuse qui évolue.

  • Par Dorine - 12/07/2018 - 20:10 - Signaler un abus Merci

    Je ne m'occupe pas directement de maladie de Lyme mais je la côtoie au milieu d'autres pathologies. Je pourrais donc rassurer mes malades.

  • Par gerint - 13/07/2018 - 00:55 - Signaler un abus Merci une nouvelle fois Dr Gayet

    Article après article je suis épaté par l’étendue de vos connaissances. Cet article est aussi très informatif et devrait être publié dans la presse médicale en plus d’Atlantico. Je suis cependant moins enthousiasmé que vous sur les avis de la HAS même si dans le cas présent c’est un avis motivant

  • Par Stéphane Gayet - 13/07/2018 - 14:26 - Signaler un abus Recommandations et avis de la Haute autorité de santé (HAS)

    Merci à vous. Il n'est pas question de faire preuve d'un enthousiasme débordant vis-à-vis des recommandations et avis de la HAS en général. Les recommandations récentes concernant les tableaux cliniques évoquant une possible borréliose de Lyme sont plutôt de bonne facture et surtout elles répondent à un besoin. Il serait anormal qu'elles ne soient pas contestées. Elles constituent une avancée décisive et un document officiel sur lequel on peut s'appuyer. Mais elles ne sont ni une circulaire et encore moins un décret. Il faut les considérer comme un guide qui est une aide. Concernant les documents produits par la HAS d'une façon générale, je dois reconnaître qu'il y a eu une évolution depuis sa création en 2004. Au début de son existence, elle produisait des documents simples, clairs, nets et utiles, et très peu contestables. Alors que depuis quelques années, ce n'est plus tout à fait le cas et je le regrette.

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Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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