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Maladie de Lyme : petits repères pour tenter de comprendre la guerre qui fait rage au sein de la médecine française

Le 20 juin 2018, la Haute autorité de santé a présenté des recommandations sur la prise en charge de la maladie de Lyme. Mais elles sont loin de faire l'unanimité chez l'Académie de médecine.

Débat

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Quels sont les acteurs et les intérêts en jeu ?

Il y a déjà le crédit des sociétés d'experts et des académies qui appartiennent au premier groupe. Il leur est délicat de dire qu'elles ont commis quelque erreur d'appréciation. Le fait de s'arc-bouter sur la description classique d'une maladie et sur un schéma consensuel de traitement est sécurisant du point de vue de la profession. Donc, il y a déjà ce qu'il est convenu d'appeler l'autorité scientifique reconnue par les pairs. Il y a également les laboratoires qui conçoivent, fabriquent et commercialisent les tests sérologiques (pour faire les dosages d'anticorps : les sérodiagnostics).

Il y a aussi tous ceux qui luttent contre les traitements antibiotiques prolongés eu égard aux résistances bactériennes qu'ils induisent dans la population. Il y a enfin les administrations qui gèrent les dépenses de santé et on ne peut cacher le coût des traitements antibiotiques de longue durée (coûts directs et indirects).

Au cœur du débat donc, la fameuse SPPT « symptomatologie/syndrome persistant(e) polymorphe après une possible piqûre de tique » de la HAS que l'Académie de médecine et nombre d'infectiologues jugent mal défini : « Cet ensemble de symptômes n’existe pas dans la littérature médicale internationale et pourrait conduire à des excès de diagnostics susceptibles d’orienter les patients vers des prises en charge inadéquates ». Qu’est-ce que cette "guerre "-là dit du monde médical français selon vous ?

Une "guerre" qui divise les médecins révèle des fragilités de la profession

Cette guerre est le reflet de la complexité de l'homme et des maladies et de la difficulté de la médecine. Par commodité, on établit des définitions, des classifications…, mais ce ne sont que des approches schématiques qui sont une simplification de la réalité qui elle est tout autre. La Haute autorité de santé (HAS) a judicieusement évité l'adjectif "chronique" qui est contesté, c'est pourquoi elle a choisi l'adjectif "persistante". Mais cette expression de "Symptomatologie ou syndrome persistant polymorphe après possible piqûre (morsure) de tique" est tout à fait conforme à la réalité : elle est claire et suffisamment précise. Cependant, elle s'oppose à la définition et à la description présentes dans les traités de médecine. La vérité est qu'en cas de SPPT, beaucoup de personnes sont améliorées par un traitement antibiotique ciblant les borrelia. La Haute autorité de santé n'est pas une simple instance parmi tant d'autres, c'est une agence nationale qui certifie les établissements de santé et élabore des recommandations professionnelles valides et officielles. C'est une institution dont la qualité n'est pas discutable et en général pas discutée.

Cette guerre oppose deux courants de pensée : schématiquement, les pro-Lyme chronique et les anti-Lyme chronique. On a connu cela dans le passé à propos de nombreux phénomènes ou théories, que ce soit en physique, en chimie, en médecine ou dans bien d'autres domaines. Cette guerre vient nous rappeler que la médecine est encore loin d'être une science et que dans toute discipline, quelle que soit sa nature profonde, il existe fatalement des mouvements opposés qui s'affrontent. On connaît cela dans toute activité : il y a des leaders d'opinion, des meneurs, des suiveurs, etc. C'est une question de suprématie, d'hégémonie. Il y a partout des personnes sincères, authentiques, de bonne foi, mais aussi des personnes qui le sont moins et qui ont des intérêts personnels ou corporatistes. Le monde médical ne fait pas exception à cette règle générale qui existe dans les sociétés humaines. Il ne faut pas idéaliser le monde médical qui est un milieu professionnel intellectuel, certes de haut niveau de formation, avec beaucoup de qualités, mais aussi bien des défauts. Il faudrait pour bien faire être un individu exceptionnel pour être un excellent médecin, mais les individus exceptionnels ne sont pas assez nombreux d'une part, et ne sont pas forcément attirés par la médecine d'autre part.

 
Commentaires

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  • Par venise - 12/07/2018 - 10:40 - Signaler un abus prendre au sérieux toute plainte

    quand on est soignant on sait que c'est la règle, est elle toujours de règle? j'ai le souvenir d'enfance, la chien était infesté de tiques aprés le passage des moutons, plus tard en service hospitalier je me souviens de cette fièvre méditerranéenne, on cherchait l'escarre signe du tique mordeur on prescrivait la Vibramycine....aujourd'hui la guerre du tique a lieu, bel article Monsieur, prendre les malades au sérieux même les fous, les névrosés les psychotiques.....surtout

  • Par cloette - 12/07/2018 - 10:53 - Signaler un abus Il est vrai que

    les progrès de la médecine en général sont davantage dûs à la chirurgie qu'à la chimie mais naturellement aussi la chimie ,d'autant que pour certaine maladies il n'y a que cela de possible .La médecine pas une science ? quand même un peu, on est dans le domaine de la science, l'IA pourra bientôt faire des diagnostics , peut d'ailleurs déjà mieux que l'homme .Mais l'être humain étant tellement mystérieux dans son fonctionnement ,que les guérisons sont parfois irrationnelles ....

  • Par Dorine - 12/07/2018 - 14:36 - Signaler un abus HAS

    Elle change d'avis tous les 6 mois. attendons encore 6 mois avant d'a

  • Par Dorine - 12/07/2018 - 14:38 - Signaler un abus Suite

    attendons encore 6 mois avant d'appliquer ses recommandations. De toute façon, les experts internationaux n'ont jamais le même avis que la HAS.....

  • Par Stéphane Gayet - 12/07/2018 - 14:56 - Signaler un abus Les recommandations de la Haute autorité de santé

    Ces recommandations https://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_2857558/fr/borreliose-de-lyme-et-autres-maladies-vectorielles-a-tiques sont le fruit d'un groupe de travail nombreux, représentatif et éclectique. Des médecins américains ont même été consultés. Ces recommandations sont justifiées et adaptées.

  • Par vauban - 12/07/2018 - 15:28 - Signaler un abus Tout cela me rends perplexe

    Je suis étonné de rencontrer de nombreux patients dépressifs fibromyalgiques et maintenant étiquetés maladie de Lyme tombés dans les filets de médecins dont les références en matière d ´infectiologie me semblent pour le moins très minces voire nulles au point que l’on est plus très loin.du charlatanisme Les antibiothérapies a large spectre sequentielles et quasi continues nous amènerons droit dans le mur des polyresistances aux ATB s’il n’y a pas d’enadrem des prescripteurs et des prescriptions l

  • Par Dorine - 12/07/2018 - 15:37 - Signaler un abus Merci Mr Gayet

    de me rassurer à propos des idées de la HAS en matière de maladies infectieuses. Mais je puis vous assurer que dans ma partie, ce n'est pas triste.....

  • Par Stéphane Gayet - 12/07/2018 - 16:10 - Signaler un abus Risques de dérapages lors de l'application des recommandations

    Bien sûr, les risques de dérapage lors de l'application des recommandations de la Haute autorité de santé existent bel et bien. Les experts du groupe de travail de la HAS en étaient parfaitement conscients. C'est pourquoi des précautions verbales ont été prises dans leur formulation. Surtout, il est évident que nous devons améliorer rapidement nos méthodes de diagnostic paraclinique des borrélioses de type Lyme : c'est le côté le plus critique de la prise en charge d'une maladie évoquant une borréliose de Lyme. Notre arsenal diagnostique bactériologique est très insuffisant eu égard à la fréquence, la gravité et la complexité de la maladie. Dans la forme neurologique (neuroborréliose), la recherche d'anticorps dans le liquide céphalorachidien (ponction lombaire) est semble-t-il très utile.

  • Par Dorine - 12/07/2018 - 16:57 - Signaler un abus Merci

    Mr Gayet. Est-il utile de mettre sous antibiotiques devant une plaque érythémateuse qui évolue après une piqûre de tique?

  • Par Stéphane Gayet - 12/07/2018 - 19:56 - Signaler un abus Plaque érythémateuse après piqûre de tique

    Après une morsure (piqûre) de tique, autant la prescription d'un antibiotique est très discutable en l'absence de signes ou symptômes, autant elle s'impose en cas de plaque érythémateuse qui évolue.

  • Par Dorine - 12/07/2018 - 20:10 - Signaler un abus Merci

    Je ne m'occupe pas directement de maladie de Lyme mais je la côtoie au milieu d'autres pathologies. Je pourrais donc rassurer mes malades.

  • Par gerint - 13/07/2018 - 00:55 - Signaler un abus Merci une nouvelle fois Dr Gayet

    Article après article je suis épaté par l’étendue de vos connaissances. Cet article est aussi très informatif et devrait être publié dans la presse médicale en plus d’Atlantico. Je suis cependant moins enthousiasmé que vous sur les avis de la HAS même si dans le cas présent c’est un avis motivant

  • Par Stéphane Gayet - 13/07/2018 - 14:26 - Signaler un abus Recommandations et avis de la Haute autorité de santé (HAS)

    Merci à vous. Il n'est pas question de faire preuve d'un enthousiasme débordant vis-à-vis des recommandations et avis de la HAS en général. Les recommandations récentes concernant les tableaux cliniques évoquant une possible borréliose de Lyme sont plutôt de bonne facture et surtout elles répondent à un besoin. Il serait anormal qu'elles ne soient pas contestées. Elles constituent une avancée décisive et un document officiel sur lequel on peut s'appuyer. Mais elles ne sont ni une circulaire et encore moins un décret. Il faut les considérer comme un guide qui est une aide. Concernant les documents produits par la HAS d'une façon générale, je dois reconnaître qu'il y a eu une évolution depuis sa création en 2004. Au début de son existence, elle produisait des documents simples, clairs, nets et utiles, et très peu contestables. Alors que depuis quelques années, ce n'est plus tout à fait le cas et je le regrette.

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Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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