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Maladie de Lyme : petits repères pour tenter de comprendre la guerre qui fait rage au sein de la médecine française

Le 20 juin 2018, la Haute autorité de santé a présenté des recommandations sur la prise en charge de la maladie de Lyme. Mais elles sont loin de faire l'unanimité chez l'Académie de médecine.

Débat

Publié le

On le voit, les borrelia sont des bactéries complexes, très particulières, au pouvoir pathogène important et difficiles à étudier (invisibles à la coloration de Gram et en microscopie optique standard). Leur pouvoir pathogène est puissant et protéiforme. La réaction immunitaire de l'organisme agressé est par voie de conséquence également complexe et ne se résume pas bien évidemment à la seule production d'anticorps, qui n'est que l'un des nombreux aspects de la réponse immunologique.

Les difficultés d'agnostiques de la borréliose de Lyme

Compte tenu de ce que nous venons de voir, il apparaît clairement que la maladie de Lyme ou borréliose de Lyme est une maladie complexe, difficile à cerner et à diagnostiquer.

De fait, son cortège de signes cliniques possibles est très riche et varié. C'est une maladie de connaissance relativement récente et encore trop mal connue. Un développement peut être lu ici : http://www.atlantico.fr/node/2956157. Or, cette maladie est fréquente et elle est devenue un problème de santé publique : il y a au grand minimum de l'ordre de 30 000 nouveaux cas chaque année en France et probablement beaucoup plus.

Alors, quelles sont les raisons du débat actuel ?

L'identification de Borreliella burgdorferi SS a été effectuée pour la première fois aux États-Unis (1982, état du Connecticut). Or, cette espèce est la seule en cause dans ce pays. La maladie de Lyme y a été décrite comme une arthrite, d'où le nom initial d'arthrite de Lyme : c'est lié au fait que Borreliella burgdorferi SS donne essentiellement des atteintes articulaires. Mais, en Europe, beaucoup d'autres espèces du complexe Borreliella burgdorferi SL sont présentes et donnent des infections autres qu'articulaires. Il se trouve que les autres espèces que burgdorferi donnent plus souvent des atteintes neurologiques, en particulier l'espèce Borreliella garinii. Si l'on précise que nos tests sérologiques sont essentiellement conçus et fabriqués aux États-Unis, on comprend que le diagnostic biologique des formes neurologiques de la maladie de Lyme en France soit en souffrance, comme les malades qui ne sont pas reconnus comme tels.

En somme, deux groupes de médecins s'opposent. D'un côté, ceux qui affirment que le diagnostic de maladie de Lyme est un diagnostic relativement facile et qu'un sérodiagnostic (dosage des anticorps circulants) négatif – en dehors de la phase primaire d'érythème pendant laquelle il est habituellement négatif – permet d'écarter la maladie. Ils affirment également que la maladie de Lyme se soigne assez bien avec un traitement antibiotique de deux à trois semaines selon la phase et qu'il n'existe pas de formes chroniques. De l'autre côté, ceux qui affirment que le diagnostic de maladie de Lyme est souvent difficile parce que le dosage des anticorps (sérodiagnostic) est très souvent pris en défaut (pour les raisons que nous avons vues), que l'ensemble des signes et symptômes peut ressembler à des pathologies diverses et n'ayant pas grand-chose à voir avec l'arthrite de Lyme et qu'il existe des formes chroniques que l'on appelle plutôt formes persistantes ou prolongées pour éviter le terme qui fâche, mais qui semble pourtant bien rendre compte de la réalité. Car cette notion de maladie infectieuse chronique est dérangeante en infectiologie : elle déroge au schéma classique de la maladie infectieuse (incubation, invasion, phase d'état, complications éventuelles, amélioration et guérison). Pourtant, des formes chroniques sont décrites dans plusieurs maladies bactériennes. Mais avec la maladie de Lyme, leur diagnostic et donc leur affirmation sont très difficiles. L'idéal serait d'isoler les bactéries par un ou plusieurs prélèvements, mais s'agissant du système nerveux c'est hors de question (on ne peut pas en particulier faire de biopsie cérébrale). Il y a un autre aspect : la reconnaissance de formes chroniques de maladie de Lyme impliquerait la prescription de traitements antibiotiques très prolongés avec les conséquences que l'on connaît en termes de coût, de toxicité et surtout de résistance bactérienne.

 
Commentaires

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  • Par venise - 12/07/2018 - 10:40 - Signaler un abus prendre au sérieux toute plainte

    quand on est soignant on sait que c'est la règle, est elle toujours de règle? j'ai le souvenir d'enfance, la chien était infesté de tiques aprés le passage des moutons, plus tard en service hospitalier je me souviens de cette fièvre méditerranéenne, on cherchait l'escarre signe du tique mordeur on prescrivait la Vibramycine....aujourd'hui la guerre du tique a lieu, bel article Monsieur, prendre les malades au sérieux même les fous, les névrosés les psychotiques.....surtout

  • Par cloette - 12/07/2018 - 10:53 - Signaler un abus Il est vrai que

    les progrès de la médecine en général sont davantage dûs à la chirurgie qu'à la chimie mais naturellement aussi la chimie ,d'autant que pour certaine maladies il n'y a que cela de possible .La médecine pas une science ? quand même un peu, on est dans le domaine de la science, l'IA pourra bientôt faire des diagnostics , peut d'ailleurs déjà mieux que l'homme .Mais l'être humain étant tellement mystérieux dans son fonctionnement ,que les guérisons sont parfois irrationnelles ....

  • Par Dorine - 12/07/2018 - 14:36 - Signaler un abus HAS

    Elle change d'avis tous les 6 mois. attendons encore 6 mois avant d'a

  • Par Dorine - 12/07/2018 - 14:38 - Signaler un abus Suite

    attendons encore 6 mois avant d'appliquer ses recommandations. De toute façon, les experts internationaux n'ont jamais le même avis que la HAS.....

  • Par Stéphane Gayet - 12/07/2018 - 14:56 - Signaler un abus Les recommandations de la Haute autorité de santé

    Ces recommandations https://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_2857558/fr/borreliose-de-lyme-et-autres-maladies-vectorielles-a-tiques sont le fruit d'un groupe de travail nombreux, représentatif et éclectique. Des médecins américains ont même été consultés. Ces recommandations sont justifiées et adaptées.

  • Par vauban - 12/07/2018 - 15:28 - Signaler un abus Tout cela me rends perplexe

    Je suis étonné de rencontrer de nombreux patients dépressifs fibromyalgiques et maintenant étiquetés maladie de Lyme tombés dans les filets de médecins dont les références en matière d ´infectiologie me semblent pour le moins très minces voire nulles au point que l’on est plus très loin.du charlatanisme Les antibiothérapies a large spectre sequentielles et quasi continues nous amènerons droit dans le mur des polyresistances aux ATB s’il n’y a pas d’enadrem des prescripteurs et des prescriptions l

  • Par Dorine - 12/07/2018 - 15:37 - Signaler un abus Merci Mr Gayet

    de me rassurer à propos des idées de la HAS en matière de maladies infectieuses. Mais je puis vous assurer que dans ma partie, ce n'est pas triste.....

  • Par Stéphane Gayet - 12/07/2018 - 16:10 - Signaler un abus Risques de dérapages lors de l'application des recommandations

    Bien sûr, les risques de dérapage lors de l'application des recommandations de la Haute autorité de santé existent bel et bien. Les experts du groupe de travail de la HAS en étaient parfaitement conscients. C'est pourquoi des précautions verbales ont été prises dans leur formulation. Surtout, il est évident que nous devons améliorer rapidement nos méthodes de diagnostic paraclinique des borrélioses de type Lyme : c'est le côté le plus critique de la prise en charge d'une maladie évoquant une borréliose de Lyme. Notre arsenal diagnostique bactériologique est très insuffisant eu égard à la fréquence, la gravité et la complexité de la maladie. Dans la forme neurologique (neuroborréliose), la recherche d'anticorps dans le liquide céphalorachidien (ponction lombaire) est semble-t-il très utile.

  • Par Dorine - 12/07/2018 - 16:57 - Signaler un abus Merci

    Mr Gayet. Est-il utile de mettre sous antibiotiques devant une plaque érythémateuse qui évolue après une piqûre de tique?

  • Par Stéphane Gayet - 12/07/2018 - 19:56 - Signaler un abus Plaque érythémateuse après piqûre de tique

    Après une morsure (piqûre) de tique, autant la prescription d'un antibiotique est très discutable en l'absence de signes ou symptômes, autant elle s'impose en cas de plaque érythémateuse qui évolue.

  • Par Dorine - 12/07/2018 - 20:10 - Signaler un abus Merci

    Je ne m'occupe pas directement de maladie de Lyme mais je la côtoie au milieu d'autres pathologies. Je pourrais donc rassurer mes malades.

  • Par gerint - 13/07/2018 - 00:55 - Signaler un abus Merci une nouvelle fois Dr Gayet

    Article après article je suis épaté par l’étendue de vos connaissances. Cet article est aussi très informatif et devrait être publié dans la presse médicale en plus d’Atlantico. Je suis cependant moins enthousiasmé que vous sur les avis de la HAS même si dans le cas présent c’est un avis motivant

  • Par Stéphane Gayet - 13/07/2018 - 14:26 - Signaler un abus Recommandations et avis de la Haute autorité de santé (HAS)

    Merci à vous. Il n'est pas question de faire preuve d'un enthousiasme débordant vis-à-vis des recommandations et avis de la HAS en général. Les recommandations récentes concernant les tableaux cliniques évoquant une possible borréliose de Lyme sont plutôt de bonne facture et surtout elles répondent à un besoin. Il serait anormal qu'elles ne soient pas contestées. Elles constituent une avancée décisive et un document officiel sur lequel on peut s'appuyer. Mais elles ne sont ni une circulaire et encore moins un décret. Il faut les considérer comme un guide qui est une aide. Concernant les documents produits par la HAS d'une façon générale, je dois reconnaître qu'il y a eu une évolution depuis sa création en 2004. Au début de son existence, elle produisait des documents simples, clairs, nets et utiles, et très peu contestables. Alors que depuis quelques années, ce n'est plus tout à fait le cas et je le regrette.

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Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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