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Maladie de Lyme : petits repères pour tenter de comprendre la guerre qui fait rage au sein de la médecine française

Le 20 juin 2018, la Haute autorité de santé a présenté des recommandations sur la prise en charge de la maladie de Lyme. Mais elles sont loin de faire l'unanimité chez l'Académie de médecine.

Débat

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Maladie de Lyme : petits repères pour tenter de comprendre la guerre qui fait rage au sein de la médecine française

 Crédit FLORENT VERGNES / AFP

Atlantico : Le 20 juin 2018, la Haute autorité de santé a présenté des recommandations sur la prise en charge de la maladie de Lyme. Ces recommandations ne font pas consensus et l'Académie de médecine a fait savoir dans un communiqué qu'elle les jugeait inutiles et susceptibles de créer la confusion. Comment comprendre une telle opposition au sein du monde médical ? Alors que les non-spécialistes perçoivent la médecine comme une science exacte, non véritablement sujette à débat, comment expliquer un tel débat ?

Quels sont les différents acteurs et les intérêts pouvant être défendus ?

Stéphane Gayet : Ce n'est pas la première fois qu'une opposition entre deux tendances différentes se constitue au sein du monde médical. On peut même dire que cela a toujours existé et existera probablement encore bien longtemps. Pourquoi ? C'est la nature même de la médecine qui est en cause. Car elle n'est pas, hélas, une science. Elle est un ensemble de concepts, de techniques et de pratiques qui a pour objet la conservation et le rétablissement de la santé. Si tant est que la médecine soit élevée un jour au rang de science, cela voudrait dire que l'on ait entièrement compris et intégré le corps humain et toutes ses défaillances pathologiques. Or, nous en sommes loin, très loin même. Si l'on considère que le corps humain est constitué de plus de 10 000 milliards de cellules et que chacune d'elle est une usine biochimique en activité intense et permanente, de surcroît plus ou moins en lien avec toutes les autres, on est effaré. La médecine est classiquement, prosaïquement un art, ce qui n'a rien de péjoratif : c'est l'art de prévenir et de soigner les maladies de l'homme. Mais cet art s'appuie évidemment et heureusement sur de nombreuses sciences : anatomie, histologie, biochimie, physiologie, microbiologie, immunologie, pharmacologie, etc. Il n'est dès lors pas étonnant que des courants de pensée divergents se dessinent dans le monde médical : ils correspondent à des perceptions, des compréhensions, des interprétations et des conceptions différentes.

Les aspects scientifiques de la maladie de Lyme : microbiologie et immunologie

La maladie de Lyme ou borréliose de Lyme est une infection bactérienne due à un "complexe" de spirochètes appelé Borrelia burgdorferi sensu lato (SL : au sens large, ce qui englobe les espèces voisines de l'espèce burgdorferi). La bactérie est transmise par des tiques dures du genre Ixodes. Les spirochètes sont des bactéries très particulières : elles ont une forme hélicoïdale (elles sont très longues et très fines), elles sont flexibles et mobiles, ce qui leur permet d'envahir presque tous les tissus ; elles ne sont pas colorables par la méthode de Gram et pas visibles en microscopie optique standard. Parmi les spirochètes, se trouvent également les bactéries de la syphilis et de la leptospirose, deux maladies dont on connaît la gravité. La maladie de Lyme sévit principalement dans l’hémisphère nord, mais son aire de répartition semble s’étendre vers le Sud : une nouvelle description récente d’espèce a été faite au Chili. Le premier point à retenir est que cette maladie n'est pas due à une unique espèce bactérienne, mais à un complexe, c'est-à-dire un ensemble cohérent d'espèces très proches. Depuis début 2016, les borrelia sont divisées en deux groupes : les agents de fièvres dites récurrentes (genre Borrelia à proprement parler) et les agents responsables de la borréliose de Lyme (genre Borreliella, maintenant distinct du genre Borrelia). Actuellement, environ 20 espèces de Borreliella responsables de borréliose de Lyme sont décrites (il est probable que l'on soit amené à en décrire d'autres). Aux États-Unis, la seule espèce pathogène pour l’Homme est Borreliella burgdorferi sensu stricto (SS : au sens strict). Mais en Europe et en Asie, le nombre d'espèces de Borreliella transmises est en revanche très large : parmi les espèces plus pathogènes, on trouve B. afzelii, B. garinii, B. burgdorferi SS, B. spielmanii et B. bavariensis. Il faut encore citer les espèces B. lusitaniae et B. mayonii. Il convient de préciser que l'espèce B. garinii est majoritaire en Asie.

 
Commentaires

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  • Par venise - 12/07/2018 - 10:40 - Signaler un abus prendre au sérieux toute plainte

    quand on est soignant on sait que c'est la règle, est elle toujours de règle? j'ai le souvenir d'enfance, la chien était infesté de tiques aprés le passage des moutons, plus tard en service hospitalier je me souviens de cette fièvre méditerranéenne, on cherchait l'escarre signe du tique mordeur on prescrivait la Vibramycine....aujourd'hui la guerre du tique a lieu, bel article Monsieur, prendre les malades au sérieux même les fous, les névrosés les psychotiques.....surtout

  • Par cloette - 12/07/2018 - 10:53 - Signaler un abus Il est vrai que

    les progrès de la médecine en général sont davantage dûs à la chirurgie qu'à la chimie mais naturellement aussi la chimie ,d'autant que pour certaine maladies il n'y a que cela de possible .La médecine pas une science ? quand même un peu, on est dans le domaine de la science, l'IA pourra bientôt faire des diagnostics , peut d'ailleurs déjà mieux que l'homme .Mais l'être humain étant tellement mystérieux dans son fonctionnement ,que les guérisons sont parfois irrationnelles ....

  • Par Dorine - 12/07/2018 - 14:36 - Signaler un abus HAS

    Elle change d'avis tous les 6 mois. attendons encore 6 mois avant d'a

  • Par Dorine - 12/07/2018 - 14:38 - Signaler un abus Suite

    attendons encore 6 mois avant d'appliquer ses recommandations. De toute façon, les experts internationaux n'ont jamais le même avis que la HAS.....

  • Par Stéphane Gayet - 12/07/2018 - 14:56 - Signaler un abus Les recommandations de la Haute autorité de santé

    Ces recommandations https://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_2857558/fr/borreliose-de-lyme-et-autres-maladies-vectorielles-a-tiques sont le fruit d'un groupe de travail nombreux, représentatif et éclectique. Des médecins américains ont même été consultés. Ces recommandations sont justifiées et adaptées.

  • Par vauban - 12/07/2018 - 15:28 - Signaler un abus Tout cela me rends perplexe

    Je suis étonné de rencontrer de nombreux patients dépressifs fibromyalgiques et maintenant étiquetés maladie de Lyme tombés dans les filets de médecins dont les références en matière d ´infectiologie me semblent pour le moins très minces voire nulles au point que l’on est plus très loin.du charlatanisme Les antibiothérapies a large spectre sequentielles et quasi continues nous amènerons droit dans le mur des polyresistances aux ATB s’il n’y a pas d’enadrem des prescripteurs et des prescriptions l

  • Par Dorine - 12/07/2018 - 15:37 - Signaler un abus Merci Mr Gayet

    de me rassurer à propos des idées de la HAS en matière de maladies infectieuses. Mais je puis vous assurer que dans ma partie, ce n'est pas triste.....

  • Par Stéphane Gayet - 12/07/2018 - 16:10 - Signaler un abus Risques de dérapages lors de l'application des recommandations

    Bien sûr, les risques de dérapage lors de l'application des recommandations de la Haute autorité de santé existent bel et bien. Les experts du groupe de travail de la HAS en étaient parfaitement conscients. C'est pourquoi des précautions verbales ont été prises dans leur formulation. Surtout, il est évident que nous devons améliorer rapidement nos méthodes de diagnostic paraclinique des borrélioses de type Lyme : c'est le côté le plus critique de la prise en charge d'une maladie évoquant une borréliose de Lyme. Notre arsenal diagnostique bactériologique est très insuffisant eu égard à la fréquence, la gravité et la complexité de la maladie. Dans la forme neurologique (neuroborréliose), la recherche d'anticorps dans le liquide céphalorachidien (ponction lombaire) est semble-t-il très utile.

  • Par Dorine - 12/07/2018 - 16:57 - Signaler un abus Merci

    Mr Gayet. Est-il utile de mettre sous antibiotiques devant une plaque érythémateuse qui évolue après une piqûre de tique?

  • Par Stéphane Gayet - 12/07/2018 - 19:56 - Signaler un abus Plaque érythémateuse après piqûre de tique

    Après une morsure (piqûre) de tique, autant la prescription d'un antibiotique est très discutable en l'absence de signes ou symptômes, autant elle s'impose en cas de plaque érythémateuse qui évolue.

  • Par Dorine - 12/07/2018 - 20:10 - Signaler un abus Merci

    Je ne m'occupe pas directement de maladie de Lyme mais je la côtoie au milieu d'autres pathologies. Je pourrais donc rassurer mes malades.

  • Par gerint - 13/07/2018 - 00:55 - Signaler un abus Merci une nouvelle fois Dr Gayet

    Article après article je suis épaté par l’étendue de vos connaissances. Cet article est aussi très informatif et devrait être publié dans la presse médicale en plus d’Atlantico. Je suis cependant moins enthousiasmé que vous sur les avis de la HAS même si dans le cas présent c’est un avis motivant

  • Par Stéphane Gayet - 13/07/2018 - 14:26 - Signaler un abus Recommandations et avis de la Haute autorité de santé (HAS)

    Merci à vous. Il n'est pas question de faire preuve d'un enthousiasme débordant vis-à-vis des recommandations et avis de la HAS en général. Les recommandations récentes concernant les tableaux cliniques évoquant une possible borréliose de Lyme sont plutôt de bonne facture et surtout elles répondent à un besoin. Il serait anormal qu'elles ne soient pas contestées. Elles constituent une avancée décisive et un document officiel sur lequel on peut s'appuyer. Mais elles ne sont ni une circulaire et encore moins un décret. Il faut les considérer comme un guide qui est une aide. Concernant les documents produits par la HAS d'une façon générale, je dois reconnaître qu'il y a eu une évolution depuis sa création en 2004. Au début de son existence, elle produisait des documents simples, clairs, nets et utiles, et très peu contestables. Alors que depuis quelques années, ce n'est plus tout à fait le cas et je le regrette.

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Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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