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Mais de quoi parle-t-on vraiment quand on pense avoir une allergie au soleil ?

Au cours de l'été, certaines personnes disent souffrir "d'allergies au soleil". Cette terminologie est-elle adéquate ? Quelles sont les réalités qui se cachent derrière cette notion "d'allergie au soleil" ? Quels en sont les symptômes ?

Canicule

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Mais de quoi parle-t-on vraiment quand on pense avoir une allergie au soleil ?

 Crédit ALAIN JOCARD / AFP

Atlantico : Au cours de l'été, certaines personnes disent souffrir "d'allergies au soleil", les conduisant à fuir toute exposition solaire durant les beaux jours. Cette terminologie est-elle adéquate ? Quelles sont les réalités qui se cachent derrière cette notion "d'allergie au soleil" ? Quels en sont les symptômes ?

Les fantaisies lexicales à propos de la santé

Stéphane Gayet : Il existe toute une série d'expressions courantes faisant allusion à une pathologie, mais sémantiquement impropres et parfois même aberrantes. On peut citer par exemple le rhume de cerveau, la crise de foie, le coup de sang, le tour de reins, la grippe intestinale, le muscle froissé, le nerf coincé, le chat dans la gorge, la fluxion de poitrine, l'empoisonnement du sang, la rupture d'anévrysme, l'allergie à l'iode, etc. Ces expressions sont souvent équivoques et de surcroît la plupart du temps inexactes, car elles suggèrent un mécanisme morbide (pathologique) qui ne correspond pas à la réalité et de ce fait elles induisent leurs utilisateurs en erreur.
C'est ainsi que le mot allergie est volontiers employé à tort et à travers, alors qu'il a un sens médical précis. On ne peut pas être allergique à une substance dont notre corps a un besoin vital. Notre corps a un besoin vital d'iode (hormones thyroïdiennes) et d'eau : parler d'allergie à l'iode ou d'allergie à l'eau est sémantiquement faux, car ni l'atome d'iode ni la molécule d'eau ne peuvent être des allergènes.
 

Le concept d'allergie : un sens précis

Le mot allergie est un terme médical dont l'acception tend à être de plus en plus précise, sans grand rapport avec son emploi courant. Lorsque la notion d'allergie a été introduite en 1906 par Von Pirquet, elle signifiait simplement "Une façon inhabituelle de réagir à une substance donnée", plus précisément une substance antigénique (antigène), c'est-à-dire capable de déclencher une réaction immunitaire. L'allergie apparaît comme un processus qui détourne le système immunitaire de sa mission première (physiologique : nous protéger et nous défendre) et dont le résultat est de nous rendre malades. Les antigènes allergéniques ou allergènes – qui déclenchent des phénomènes allergiques – sont en général des substances pas particulièrement agressives par nature. Mais notre système immunitaire les interprète comme dangereuses en se fourvoyant : c'est le mystère de l'allergie. Non seulement la sensibilisation – étape préparant l'allergie – à une substance antigénique non nocive est inappropriée, mais de plus la réaction allergique qui survient lors d'un nouveau contact est excessive. Les allergiques sont donc trahis par leur système immunitaire dont les cellules se sont fait berner.
 

Que signifie l'expression populaire "allergie au soleil" ?

Le soleil n'émet pas de molécules, mais des quanta d'énergie électromagnétique appelés photons. Un photon est une sorte de particule ou de paquet énergétique sans masse. Il n'est pas nécessaire d'insister sur le fait que l'on ne peut pas être allergique aux photons qui font obligatoirement partie de notre milieu. Le terme médical qui correspond le mieux à l'expression populaire "allergie au soleil" est celui de photodermatose, ce qui signifie "pathologie de la peau déclenchée par des rayons solaires". Le mécanisme des photodermatoses commence à être bien compris : les rayons solaires, à condition qu'ils aient une énergie appropriée, transforment telle ou telle substance chimique se trouvant dans ou sur la peau, soit en un produit directement toxique, soit en un allergène qui pourra ensuite déclencher une réaction allergique secondaire. Les substances chimiques capables d'absorber l'énergie lumineuse et de donner naissance à un produit toxique ou allergénique sont assez nombreuses. Mais ce qu'il importe d'affirmer, c'est que - s'il s'agit d'une allergie - le véritable allergène est un produit dérivé d'une substance étrangère se trouvant dans ou sur la peau. Car le rayonnement solaire seul frappant une peau saine et sans aucune substance étrangère ne peut pas donner d'allergie.

 

Les propriétés du rayonnement solaire

L’énergie du rayonnement solaire est inversement proportionnelle à sa longueur d’onde (exprimée en nanomètres ou nm) selon la relation de Max Planck. La lumière visible (400-800 nm) n’est en réalité qu’une petite partie du spectre du rayonnement solaire. Au-delà du visible (longueurs d'onde supérieures : énergie moindre) se situe l’infrarouge (IR : 800-10 000 nm). En deçà du visible (longueurs d'onde inférieures : énergie plus élevée) se situe le rayonnement ultraviolet (UV) divisé en trois types : les UVA (320-400 nm), les UVB (290-320 nm) qui sont arrêtés par le verre des vitres et les UVC (190-290 nm), les plus énergétiques (en deçà se situent les rayons X, encore plus énergétiques). La couche d’ozone stratosphérique (17-50 km d'altitude) arrête les UVC : c'est une barrière photo-protectrice essentielle. Les poussières, fumées et nuages absorbent une partie des infrarouges.
 
L’énergie lumineuse atteignant le sol correspond aux deux tiers de l’énergie solaire et se répartit pour 50 % dans l’IR, 40 % dans le visible et seulement 10 % dans l’UV. Mais cette dernière partie du spectre est la plus active biologiquement (la plus énergétique) et seuls les UVB et UVA arrivent au contact de notre peau (les UVC ayant été arrêtés par la couche d'ozone). Les propriétés optiques de la peau - elles varient selon le phototype : Fitzpatrick a décrit six phototypes, de la peau blanche à la peau noire - influencent la pénétration cutanée du rayonnement qui peut être réfléchi, diffracté (dévié), transmis ou absorbé. L'absorption est cruciale, car à l’origine des réactions photochimiques se produisant dans les cellules. Mais quand il arrive sur la peau, le rayonnement lumineux est modifié par des molécules photo-protectrices de l'épiderme, essentiellement la mélanine et la kératine. La majorité des UVB est ainsi arrêtée par la couche cornée (kératine) de l'épiderme et seuls 10 % atteignent le derme superficiel. Les UVA (moins énergétiques) pénètrent plus profondément dans la peau et 20 à 30 % atteignent le derme dans son épaisseur. Quant aux rayons visibles et IR (moins énergétiques), ils traversent l’épiderme, le derme et atteignent le tissu hypodermique.
 
 
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Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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