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Mais qui de la robotisation ou de la mondialisation a provoqué la désindustrialisation occidentale ?

De plus en plus de robots et de logiciels, de moins en moins d'ouvriers... Au cours de ces dernières années, la tendance de désindustrialisation a frappé les Etats-Unis, mais également les autres pays les plus avancés.

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Nous vivons une révolution de la complexité et de l’efficacité. Elle atteint tous les métiers et en crée d’autres, à la fois plus et moins qualifiés, dans la durée, et en fonction de l’évolution des besoins. Et aujourd’hui, les besoins qui montent sont liés au vieillissement de la population. Il y aura donc de nouvelles activités, différentes. Et il faut s’y préparer.

Il est régulièrement avancé que si la mondialisation a pu jouer un rôle important dans cette tendance à la désindustrialisation, le processus serait aujourd’hui en voie de finalisation, ce qui tendrait à penser que tout retour en arrière serait contre-productif.

Quelles sont les faits qui pourraient venir étayer une telle thèse ?

La révolution de l’Internet des objets en est à ses débuts ! Il ne s’agit pas ici d’automobiles sans chauffeur, mais de villes nouvelles (ou revues), d’optimisation des flux de transport et des énergies, de nouvelles formations… La spécificité de la révolution de la communication est qu’elle implique des coûts fixes massifs au début, pour se lancer, puis des coûts marginaux très faibles. La courbe des coûts de la révolution en cours est à rendements croissants, l’opposé de l’industrie traditionnelle ! Elle crée des monopoles (GAFA) pour ceux qui gagnent et une perte totale pour ceux qui n’auront pas rentabilisé leurs coûts fixes de lancement. No chance for losers ! The winner takes it all !

Cette révolution conduit rapidement à celle des usages et des comportements, dans une dynamique en boucle : on retient sa place de cinéma, son horaire chez le médecin, on gère son compte, on télétravaillera plus… Ces nouvelles habitudes sont efficaces et créent un gigantesque effet cliquet. Tout retour en arrière serait une crise majeure – suscitant beaucoup de réactions, notamment des jeunes.

Ce qui se passe avec Donald Trump, c’est qu’il essaie d’infléchir le lien désindustrialisation-mondialisation, au bénéfice d’emplois américains contre chinois. C’est ce qu’il dit, mais nul ne mesure les effets de sa politique, violente, sur les chaînes mondiales de production. Comme nul ne mesure les effets du Brexit !

Le plus probable est que de nouvelles organisations plus intégrées vont naître en Chine (ou dans quelques pays émergents proches), donc plus efficaces encore, contre d’autres aux États-Unis. Et comme la concurrence aura lieu sur les coûts (plus qualité, sécurité, écologie… bien sûr), on peut penser que les usines américaines seront plus vides encore que celles de Tesla et pilotées depuis l’Inde !

Quels sont les moyens dont disposent les gouvernements pour rétablir une forme d'industrialisation dans la configuration actuelle ?

Les gouvernements doivent intégrer cette révolution et sa logique, pour permettre son succès. Elle implique, dans le contexte européen, une uniformisation des normes et aussi des protections, des contrôles de qualité, de fiscalité et, bien sûr, pour avancer, des formations dès le plus jeune âge. On ne voit pas assez les avantages de la révolution en cours, pour ne s’inquiéter que de ses risques et de ses coûts, notamment en matière d’emplois privés et surtout publics, où les syndicats sont vent debout. Mais la seule façon de réduire ces risques et ces oppositions est de comprendre cette gigantesque révolution, avec ses avantages, surtout pour des populations vieillissantes.

 
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Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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