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Mais quel est son secret dans les sondages ? Quand Angela Merkel résiste nettement mieux à la pression terroriste que François Hollande

Quand François Hollande s'effrite sévèrement, y compris en matière de lutte contre le terrorisme, sur le plan politique, la chancelière ne souffre pas de la même usure, après plus de dix ans à diriger l'Allemagne.

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Publié le - Mis à jour le 12 Août 2016
Mais quel est son secret dans les sondages ? Quand Angela Merkel résiste nettement mieux à la pression terroriste que François Hollande

Atlantico : Alors que l'Allemagne a été frappée par une série de violentes attaques, dont trois commises par des demandeurs d'asile, Angela Merkel a récemment annoncé qu'elle poursuivrait sa politique migratoire très favorable à l'accueil de réfugiés. Comment l'opinion allemande a-t-elle réagi à cette décision ? Par ailleurs, quelles mesures ont été prises par la chancelière allemande en matière de lutte contre le terrorisme et comment-ont-elles été accueillies ?

Alexandre del Valle :  Il me parait important, en premier lieu, de rappeler l'existence d'une conscience civique bien plus poussée en Allemagne qu'en France. En Allemagne, quand un voisin en vient à se comporter de façon étrange, il n'est pas rare qu'il y ait rapidement un compte-rendu délivré à la police. La collaboration des Allemands avec leurs services et avec les forces de l'ordre de proximité est plus grande qu’en France et on ne constate pas la force d’inertie que représente l’individualisme français. De ce fait, la société allemande est bien plus préparée à une "veille", ou à une "surveillance populaire" constante que la société française.

Rappelons également que les Allemands n'ont pas subi d'actes terroristes très meurtriers comme ce fut le cas chez nous : il y a eu essentiellement des blessés. En outre, tous les actes n'étaient pas le fait d'islamistes encartés : ce fut le cas pour une attaque sur deux, seulement. Le reste était davantage le fait d'individus dérangés psychologiquement ou d’individus certes le plus souvent musulmans et étrangers (réfugiés ou demandeurs d’asile syriens déçus) mais pas forcément liés à une organisation comme Da'ech.

Naturellement, ceci impacte moins la politique migratoire allemande. En revanche, si des Syriens avaient commis des attentats conduisant à plusieurs centaines de morts, il me semble que la situation aurait pris une tout autre tournure et la réaction du peuple allemand et des milieux radicaux auraient peut être été, comme aux Etats-Unis, plus brutale qu’en France. Angela Merkel peut s'en tirer dans l'immédiat, puisque son bilan sécuritaire n'est pas si catastrophique, en tout cas bien moins terrible que la France. Au fond, ces attaques correspondent à des faits divers dont on ne parlerait probablement pas en France tellement ils sont presque banals par rapport à des crimes terroristes de masse que nous avons connus en France, car ll y a régulièrement des actes d’agressions de type petite délinquance chez nous qui ne font pas l'objet de médiatisation aussi forte qu'en Allemagne : nous faisons face à des risques terroristes beaucoup plus graves que nos voisins allemands qui sont biens moins impliqués dans des actions en pays musulmans, donc moins exposés. On compare ici d'un côté des agressions qui n'ont pas de véritable lien avec le terrorisme international, et de l'autre une véritable guerre jihadiste contre la France, qui a été théorisée et mis en œuvre par l'État Islamique dans un contexte de représailles face à une politique internationale française très offensive en terre islamique face aux jihadistes syriens, irakiens, maliens, etc. ces deux cas ne sont donc pas équivalents ni comparables et Merkel n’a aucun mérite dans le fait que son bilan sécuritaire soit meilleur. Elle n’a pas eu à mobiliser énormément de moyens pour lutter contre le terrorisme sur son sol. Il n'y a pas tant de changements, pas de loi d'exception, essentiellement une vigilance permanente ainsi qu'une tentative de déléguer aux forces de police délocalisées et de proximité un pouvoir de contrôle diffus – ce qui manque également en France. Il s'agit de lutter contre le phénomène de radicalisation à sa source et de prévenir les attentats. Seule une police et un système de renseignement de proximité permettent de mener à bien une telle politique.

Rappelons aussi qu’en matière de politique migratoire  les choses sont très différentes en Allemagne et en France: nvotre pays attire beaucoup d'allocataires : elle une destination connue et prisée pour son assistanat comme la Belgique, mais elle n'est pas du tout la destination préférée des immigrés désireux de gagner de l’argent et de s’insérer économiquement, contrairement à l’Allemagne qui a besoin de main d’oeuvre tandis que la France connait un chômage endémique. De facto, l'immigration est donc plus mal vécue en France, où persiste le sentiment que les immigrés viennent en premier lieu pour profiter du système social du pays. Outre-Rhin, l'immigration est bien plus «  utile » et gérée de façon pragmatique d'un point de vue économique, en raison du fort besoin de main d'œuvre. L'Allemagne est un pays mercantile qui exporte énormément de marchandises, dont le besoin d’ouvriers et employés qualifiés est plus important. Son problème démographique (énorme) et son taux de chômage lui permettent d'absorber plus aisément cette immigration sans déclencher les foudres de sa population. D'autant plus qu'elle n'accueille pas n'importe qui, mais essentiellement des populations qualifiées. Cette vision de l'immigration est bien plus positive en Allemagne que dans l'Hexagone.

Henri de Bresson : Même s’ils n’ont pas eu l’ampleur de ceux commis en France, la série d’attentats qu’a connue l’Allemagne au début de l’été a outre-Rhin aussi durci le débat politique sur le renforcement de la lutte contre le terrorisme. La question n’est pas tant de savoir combien de réfugiés le pays peut accepter. Malgré une poussée de l’extrême droite, qui plafonne cependant autour de 10% des intentions de vote, la politique généreuse de la chancelière Angela Merkel n’est pas vraiment remise en cause à ce stade par une majorité des Allemands dans une société qui a su se mobiliser pour prendre en charge les réfugiés et leur témoigner sa solidarité.  Le débat actuel se concentre surtout sur les moyens à se donner pour mieux prévenir le risque terroriste en améliorant le contrôle des demandeurs d’asile mais aussi des milieux immigrés présents en Allemagne. Le parti de la chancelière, la CDU, a emboîté le pas à ceux, notamment en Bavière, qui demandent plus de moyens et d’effectifs pour la police et un renforcement des contrôles. Les ministres de l’intérieur des Länder allemands dirigés par la droite viennent de franchir un nouveau pas en élargissant le débat à la question générale du statut de l’immigration dans un pays très ébranlé par le soutien d’une partie de la communauté turcophone allemande à la dérive autoritaire du président Erdogan en Turquie. Ils suggèrent de mettre fin à la possibilité de double nationalité, qu’ils jugent néfaste pour l’intégration des immigrés, et demandent aussi d’interdire le voile intégral. Ces propositions ont suscité des réactions hostiles du parti social-démocrate, membre du gouvernement de coalition de Mme Merkel, laissant entrevoir un débat musclé en prévision des élections de 2017.

En France, François Hollande et l'action gouvernementale contre la menace terroriste souffrent d'un fort discrédit. Outre des différences d'intensité dans les attaques subies de part et d'autre du Rhin,  comment expliquer qu'Angela Merkel résiste mieux aux circonstances que François Hollande alors même que sa politique migratoire est beaucoup plus ouverte ? Dans quelle mesure la différence de réaction des deux chefs d'État suite aux attaques terroristes peut-elle en partie l'expliquer ?  

Alexandre del Valle : C'est quelque chose d'assez logique : certes, sa politique migratoire est assez ouverte, mais son bilan en matière de sécurité et de terrorisme est loin d'être terrible. On ne dénombre que des blessés, il n'y a pas eu d'assassinat de prêtres dans leurs églises et les promeneurs ne se sont pas fait écraser par un camion à l'occasion de la fête nationale... Le contexte est très différent et Angela Merkel peut se vanter face à François Hollande : avec un million de réfugiés Syriens, son bilan terroriste ne compte pratiquement aucun mort (en dehors des terroristes eux-mêmes). En France, on donne l'impression d'un tout sécuritaire et nos politiques roulent des mécaniques, mais le premier résultat visible correspond à un nouvel attentat chaque mois... Forcément, le bilan de Merkel est bien plus simple à défendre. Les Allemands estiment qu'elle s'occupe plus efficacement de leur sécurité que François Hollande ne le fait avec la nôtre, en participant à des guerres qui n'aboutissent pas à des résultats, même combinée à la politique sécuritaire intérieure. Plus nous participeront à de tels conflits, plus cela fera de nous un ennemi de poids de l'État Islamique et plus nous devrons l'assumer. Il n'est pas question de céder à l'EI, mais notre politique extérieure est beaucoup moins « neutre » que celle de l'Allemagne. Notre interventionnisme (Libye, Syrie, etc) fait que nous des cibles bien plus importantes, voir privilégiées, avec les Etats-Unis. Nous prenons plus de risques et nous payons les conséquences. Ce qui n'est pas le cas de l'Allemagne.

Il est vrai, également, qu'à montrer les muscles sans afficher de résultats tangibles, François Hollande ne pouvait que se décrédibiliser. Particulièrement sans avoir été un va-t-en-guerre à l'origine. Il s'est installé dans le rôle du chef de guerre, sans parvenir à stopper le terrorisme, bien au contraire. Il était inévitable que cela le discrédite. C'est un vrai problème, la sur-réaction de François Hollande de type cow-boy est dangereuse, et contre-productive. Angela Merkel évite ce genre de défauts, et l'attaque de Munich en est un très bon exemple : François Hollande a immédiatement manifesté sa solidarité et évoqué la guerre contre le terrorisme. Angela Merkel a d'abord gardé le silence, et elle a eu raison : il ne s'agissait pas d'un terroriste salafiste. Merkel a bien plus de sang-froid que François Hollande dont les gesticulations ne présentent aucun résultat, même s'il est sincère.

 
Commentaires

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  • Par adroitetoutemaintenant - 11/08/2016 - 11:59 - Signaler un abus Dhimmitude teutonne!

    Votre passage sur l’inaction de l’Allemagne a l’étranger est très bien analysé. La dhimmitude s’est bien installée chez nos voisins. Un membre de ma famille a fait l’Afghanistan et y a rencontré les forces qui y participaient. Il travaille maintenant dans le civil et rencontre beaucoup d’américains, anglais et allemands. Quand il évoque son Afghanistan avec les américains ou les anglais il est accueilli avec chaleur. Quand il l’évoque avec les allemands il ne rencontre qu’un silence gêné. L’Allemagne a bien profité de nos parapluies et pendant que nous y dépensions de l’argent ils construisaient leur industrie à nos dépens. Avec Trump la donne pourrait bien changer et la sortie de l’Angleterre est déjà un coup certain à leur arrogance mâtinée de dhimmitude.

  • Par zouk - 11/08/2016 - 12:08 - Signaler un abus Angela Merkel

    L'Allemagne se gardant bien de participer au combat contre les islamistes, elle est moins exposée au terrorisme sur son sol. Et ceci explique cela. Mais j'approuve notre participation au combat essentiel de notre temps, tout en déplorant les moyens insuffisants de nos Armées et l'imbécillité de faire patrouiller en ville 10000 hommes des troupes de combat .Ils ne sont pas formés pour cela, ne trouvent plus le temps ni de s'entraîner, ni de se reposer et surtout, ils manquent sur le terrain.

  • Par langue de pivert - 11/08/2016 - 12:20 - Signaler un abus CQFD ☺

    M. Poutine est intervenu énergiquement et efficacement en Syrie mais "avait "fait le ménage" chez lui avant d'intervenir. Mme Merkel s'est peu impliquée dans les guerres au M.O. et accueille les muzz à bras ouverts. Le salopard de l’Élysée joue "aux petits soldats" avec la peau de nos garçons au M.O. - pour des résultats insignifiants - et laisse prospérer la cinquième colonne mahométane en France. Résultats : pas d'attentat en Russie, peu avec peu de victimes en Allemagne, plus de 250 morts en France et autant de blessés ? Merci qui ? ☺

  • Par Lafayette 68 - 11/08/2016 - 13:35 - Signaler un abus Néocolonialisme stupide mais lucratif pour certains

    Nous n'avons rien à faire, ni militairement en vendeur d'armes ou belligérants ,ni culturellement en donneur de leçons au Proche et Moyen Orient. Merkel dehors en 2017 je l'espère.

  • Par D'AMATO - 11/08/2016 - 13:50 - Signaler un abus La réponse est simple....

    elle est moins bête...par exemple elle ne confond pas le possible avec le probable, elle dit ce qu'elle pense et non ce qu'elle espère, elle n'a que faire de l'approbation des autres...en d'autres termes ELLE EST VRAIE !!! Et ça ne l'empêche pas de faire de la vraie politique pour son peuple... Et ça, on le perçoit VACHEMENT monsieur Coué !!!!

  • Par assougoudrel - 11/08/2016 - 13:50 - Signaler un abus En tout cas les allemands

    préparent une réforme sérieuse (info de ce midi), contrairement à notre bande de débiles profonds qui nous gouvernent.. Ils parlent de tout revoir concernant l'immigration, c'est à dire la double nationalité et le renvoi systématique des délinquants après avoir purgé leur peine de prison, ainsi que d'autres mesures radicales. Bientôt les immigrés allemands se réfugieront chez nous.

  • Par tubixray - 11/08/2016 - 14:16 - Signaler un abus Pauvre France

    Malgré le délire de Mme Merkel consistant à accueillir les migrants à bras ouverts et a pactiser avec un dictateur islamiste, le tout au mépris des européens; on doit admettre qu'elle surclasse largement le crétin qui nous gouverne depuis 2012..... Le maintien de l'espace Schengen promet des lendemains terrifiants pour nous.

  • Par joke ka - 11/08/2016 - 19:47 - Signaler un abus Merkel

    Merkel continue son délire ...et persiste sa folie destructrice Contrairement à ses promesses de durcir les conditions de regroupement familial : lu sur Dreuze: "les « réfugiés » arriveraient maintenant par vols charters, à la faveur de la nuit. ils sont ensuite pris en charge par des employés du Bureau fédéral allemand des migrations, et emmenés par bus vers des centres d’accueil." des avions en provenance de Turquie et de Grèce atterrissent régulièrement jusqu’à six heures du matin." Il s’agirait de la mise en place en catimini de la politique de regroupement familial" “Tief in der Nacht: Bundesregierung schleust Flüchtlingsmassen über Flughäfen ein “ Markus Mähler Kopp Online (extraits)/PI.News

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan), Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan)

Son dernier ouvrage, La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur) est paru en mars 2018

 

 

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Henri de Bresson

Henri de Bresson a été chef-adjoint du service France-Europe du Monde. Il est aujourd'hui rédacteur en chef du magazine Paris-Berlin.

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