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Menace nucléaire : mais que se passerait-il vraiment si cela tournait mal en Corée du Nord ?

La révélation a été faite mardi 8 août par le Washington Post. Selon les conclusions d'experts du renseignement américain, la Corée du Nord est capable d'embarquer une bombe nucléaire sur ses missiles intercontinentaux. Donald Trump a brusquement haussé le ton, mardi 8 août, promettant une réaction d’une ampleur « que le monde n’a jamais vue jusqu’ici ».

Conflit en vue

Publié le

Alain Rodier : Une ou plusieurs explosions nucléaires survenant dans l’un des deux pays cités entraînerait une riposte immédiate des États-Unis d’autant qu’ils ont des boys (souvent accompagnés de leurs familles) qui y servent en permanence et qui feraient partie des victimes. Les plans de frappes nucléaires US sont certainement déjà dans les jeux de guerre concoctés par le Pentagone. Il est même vraisemblable que les coordonnées des objectifs à traiter sont déjà entrées dans les mémoires des missiles des sous-marins et autres B-52 aptes à intervenir sur zone dans des plus brefs délais.

Par contre, je ne crois absolument pas en une intervention terrestre classique qui aurait un coût humain beaucoup trop important, la guerre de Corée (1950-53) ayant servi de leçon. Cela n’a donc strictement rien à voir, ni avec la guerre de Corée des années 1950 et encore moins avec celle du Vietnam.

Toujours en cas de tir d'un missile intercontinental, comment les rapports de force dans la région évolueraient ? Quelles seraient les réactions les plus probables des pays voisins ?

Jean-Vincent Brisset : Si Pyongyang venait à procéder à une attaque directe, missile intercontinental ou à plus courte portée, nucléaire ou pas, sur un de ses « ennemis », c’est-à-dire la Corée du Sud, le Japon ou les Etats-Unis (sur leur sol ou sur des troupes stationnées en Asie), la réaction immédiate des pays visés serait probablement bien plus militaire que diplomatique. La Russie, et encore plus la Chine, « appelleraient à la retenue », mais se réjouiraient très probablement, comme tous les pays de la zone, d’une réaction de frappes ciblées telle que celle évoquée plus haut. Surtout si elle devait entraîner une transition vers une Corée du Nord neutraliste et -au moins un peu- ouvert sur le monde.
L’un des effets d’une telle attaque serait de justifier, pas seulement dans la région, mais dans de nombreuses régions du monde, le déploiement de « boucliers » anti missiles, pour le plus grand profit de l’industrie de défense américaine.

Alain Rodier : Dans le scénario décrit plus avant, il n’y aurait plus de Corée du Nord même si ce sont principalement des objectifs militaires qui seraient visés (on ne parle plus de frappes "anti-cités" mais les états-majors sont souvent implantés dans les grandes villes). En dehors des dizaines de milliers de victimes elles-mêmes, un conflit nucléaire laisserait les dirigeants (et les populations) de la planète dans la sidération la plus totale. Et surtout, si c’est la Corée du Nord qui a été l’agresseur et que son anéantissement soit venu en riposte, aucune puissance nucléaire - chinoise ou russe en premier lieu -, ne réagirait militairement (politiquement, ce serait une autre affaire).

Par contre, un grave problème se pose pour l’avenir : les Nord-coréens vont-il parvenir à développer un système de missiles intercontinentaux avec des armes performantes (à plusieurs têtes éjectées en haute altitude) capables d'atteindre n'importe quel point du globe en général et les États-Unis en particulier ? C’est la grande crainte de Washington qui a deux options :

. développer un système de protection anti-missiles extrêmement coûteux et qui, en fin de comptes, n’offrirait pas de garantie absolue de protection des mégapoles américaines ;

 

. effectuer une première frappe mixte classique/nucléaire sur les sites de développement et de déploiement de ces armes nord-coréennes avec à la clef des pertes collatérales extrêmement importantes. C'est certainement cette option que le président Trump évoque quand il parle de "feu et de furie" si le régime nord-coréen persiste à menacer les États-Unis. A noter que la doctrine militaire américaine ne s’interdit pas l’option de « première frappe préventive » pour parer à une menace ultérieure. Seul le président des États-Unis en a la décision…

Pourquoi,  en termes d'impératifs économiques, de diplomatie et de poids sur la scène internationale, le scénario d'une intervention armée des Etats-Unis sur place reste hautement improbable selon vous ?

Jean-Vincent Brisset : On a beaucoup disserté sur le fait que les guerres sont essentiellement provoquées par des pays prédateurs (surtout les Etats-Unis) et essentiellement pour des raisons économiques. Il paraît difficile d’avancer cet argument dans le cas de la Corée du Nord. Les Etats-Unis pourraient certes tirer bénéfice d’une intervention armée ponctuelle et dirigée contre des installations, du type de celle évoquée plus haut, mais auraient tout à perdre d’un conflit plus classique et de grande envergure. Par ailleurs, on note depuis quelques mois une exaspération grandissante du reste de la communauté internationale, et très notablement de celle de Pékin qui, depuis le début de cette année, a pris ou soutenu des mesures coercitives beaucoup plus fortes que toutes celles qu’il avait toujours rechigné à appliquer depuis les premières sanctions onusiennes. Si Washington a peu à gagner dans une intervention contre Pyongyang, Pékin aurait beaucoup à y perdre. Etant le seul vrai levier d’action contre Kim, il est probable que la Chine prendra de plus en plus ses responsabilités dans le dossier.

Alain Rodier : Le scénario apocalyptique décrit ci-avant a peu de chances d’avoir lieu car là, les réactions des autres puissances nucléaires mondiales sont imprévisibles. Si les Américains ont décidé d’employer en premier l’arme nucléaire contre un pays jugé par eux comme dangereux pour leurs intérêts vitaux, qu’est ce qui interdirait au Pakistan de faire de même avec l’Inde (ou inversement) ou Israël de taper l’Iran qui se trouve dans un cas un peu comparable à la celui de la Corée du Nord ? Il est vrai que nous sommes là en plein dans du Tom Clancy ou docteur Folamour.

Par contre, cela démontre que l'avenir est incertain et qu'il conviendra également à la France de penser à temps à la modernisation de ses forces stratégiques.

 

 
Commentaires

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  • Par Beredan - 09/08/2017 - 09:47 - Signaler un abus Ne pas dramatiser....

    Kim est profondément rationnel .... il exhibe ses vieilles fusées dont seule la portée peut inquiètes , alors que le guidage demeure aléatoire ...il s'agit en fait d'un chantage économique désespèré pour l'obtention d'une aide massive.... tout le reste n'est que gesticulations.

  • Par Olivier62 - 09/08/2017 - 11:06 - Signaler un abus Gesticulations d'un empire finissant.

    Je ne crois pas que les USA se risquent à attaquer la Corée du Nord. Ils n'attaquent que s'ils sont sûrs de gagner et ne pas avoir de répercussions sur leur propre territoire. Aucune de ces conditions n'est remplie dans ce cas. Dans l'incertitude des moyens réels de la Corée du Nord, quel président prendra le risque de subir une attaque nucléaire (les performances du bouclier anti-missile étant sujettes à caution) ? La vérité est que les USA ne peuvent en réalité pas grand'chose contre la Corée du Nord. Les centres de production et de recherches atomiques sont certainement très camouflés et enterrés, et sans doute invulnérables à une attaque préventive. Les gesticulations d'un empire à bout de souffle n'impressionnent plus grand monde. Même la Corée du Nord est devenu un trop gros morceau pour lui !

  • Par ajm - 09/08/2017 - 14:55 - Signaler un abus Risque bien réel de conflagration.

    Olivier: si les Etats-Unies sont un empire finissant face à un petit pays sous-développé dont une grande partie de la population ne mange pas à sa faim, quid de l' l'Europe, de la Franxe, de la Russie (PIB russe= 7% du PIB US)? Une attaque Nord-Coréenne nucléaire serait suivie dans la demi-heure par une riposte nucléaire US qu la rayerait de la carte totalement (avec sans doute des dégâts collatéraux de radioactivité considérables sur la Corée du Sud) . S'agissant de frappes préventives; les US disposent de bombes spéciales dédiées à la pénétration et à la destruction d'objectifs enterrés et bunkerises en profondeur. Contrairement à ce que voys pensez, la Chine prend cette hypothèse très au serieux et c'est pour cette raison qu'elle a, pour la première fois, voté la dernière resolution de l'ONU proposée par les USA qui est extrêmement contraignante pour la Corée du Nord et qui met cette dernière dans une situation de quasi-embargo économique et financier. Le risque d'embrasement général lié au programme nucleaire et aux menaces lancées par le dernier rejeton dégénéré de la clique familiale criminelle qui règne sur la Corée communiste depuis la guerre est bien réel.

  • Par ikaris - 09/08/2017 - 15:35 - Signaler un abus Quelle rationnalité ?

    Je me demande si dans cette affaire tout le monde ne surjoue pas un peu son rôle. La Corée du Nord est elle dans une logique d'agression ou dans une logique de sanctuarisation comme l'est l'Iran ? L'escalade des mots n'est elle pas justement que verbale ? Les USA ont besoin d'ennemis pour asseoir leur politique internationale et pour faire tourner leur industrie de défense. Au delà des scénarios inquiétants brossés par les 2 interviewés je me pose ces questions

  • Par Papy Geon - 10/08/2017 - 11:27 - Signaler un abus Il faut oser regarder la réalité.

    La Corée du Nord est en guerre avec les USA depuis les années 1950. Son régime, du type stalinien, comme la Russie de 1940, n’hésitera pas à faire tuer des millions de personnes pour chasser les américains de la Corée du Sud. D’autre part, les USA sont manipulés par des gangs qui sont tout à fait capables de faire tuer tout le monde, Sud-coréens compris, si cela est bénéfique pour leur commerce. Cette situation est effectivement « explosive ». J’ajoute une remarque à propos des risques « nucléaires », qui ne concerne pas les deux interviewés, que je respecte. Les Français sont majeurs, et capables d’assimiler ce que leurs responsables savent sur ces sujets. Il faut sortir des pratiques d’infodivertissement, représentées par tous les « experts » dont les écrans de télévision nous saturent les neurones par leur baratin et leurs contre-vérités. Il y a des risques que les Français doivent connaitre, des armes « sales », des armes "propres", voire non létales selon leur emploi, mais qui pourraient dans tous les cas nous envoyer faire un stage au moyen-âge.

  • Par tubixray - 11/08/2017 - 08:53 - Signaler un abus Remarquable article

    Ayant pris le temps de le lire, il apporte des informations fondamentales que les médias traditionnels sont incapables de diffuser ....

  • Par tananarive - 11/08/2017 - 09:24 - Signaler un abus Les affaires.

    La Corée du Nord est financée par les fabricants d'armes mondiaux qui voyaient les budgets militaires baissés, bravo les affaires reprennent.

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Jean-Vincent Brisset

Le Général de brigade aérienne Jean-Vincent Brisset est directeur de recherche à l’IRIS. Diplômé de l'Ecole supérieure de Guerre aérienne, il a écrit plusieurs ouvrages sur la Chine, et participe à la rubrique défense dans L’Année stratégique.

Il est l'auteur de Manuel de l'outil militaire, aux éditions Armand Colin (avril 2012)

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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