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Mais quand ouvriront-ils les yeux ? Obsédés par Trump, les médias et les politiques n'ont toujours pas daigné s'intéresser aux clés de cette élection

Alors que Donald Trump a été élu à la surprise générale 45ème président des États-Unis, l'ensemble de la classe politique et médiatique préférait encore pointer après son élection les risques associés à son futur mandat, au lieu de s'interroger sur les motivations réelles de ses électeurs.

Aveugles

Publié le - Mis à jour le 11 Novembre 2016
Mais quand ouvriront-ils les yeux ? Obsédés par Trump, les médias et les politiques n'ont toujours pas daigné s'intéresser aux clés de cette élection

Atlantico : Alors que la victoire de Donald Trump était annoncée mercredi, une grande partie de la classe politique et des médias continuaient de commenter le séisme politique qu'elle pouvait représenter plutôt que d'essayer de comprendre les motivations des électeurs à l'origine du résultat. Comment l'expliquez-vous ?

Yannick Mireur : La sourde colère de la majorité silencieuse - et invisible sur les réseaux sociaux – a surgi brutalement. Cela explique l’étonnement général, nourri par les sondages qui nous avaient habitués à une avance de la candidate démocrate qui faisait penser la balance en sa faveur, sans complètement écarter l’hypothèse d’une défaite. Devant cette situation et la singularité de Donald Trump, le réflexe est alors de rejeter d’un revers de main ce vote populaire en le caractérisant par le terme de « populiste », y jetant un opprobre implicite, comme si cela était une explication suffisante en soi.

Les électeurs populistes ne sont pourtant pas une espèce à part ; le malaise de la classe ouvrière et moyenne américaine couve depuis 15 ans, tandis que l’innovation technologique bouscule le monde du travail et même au-delà, et que les grandes conventions collectives héritées de l’Amérique fordiste de l’après-guerre, par exemple dans le secteur automobile longtemps emblématique du capitalisme américain, se fissurent.

L’élite dirigeante, et notamment politique, n’a pas senti l’ampleur de ce désarroi. Une révolte électorale ou des turbulences politiques surgissent généralement parce qu’elles n’ont pas été anticipées. C’est le cas aux Etats-Unis.

Le déséquilibre entre la côte Est et New York d’un côté, où se concentrent les pouvoirs, et  de l’autre les immenses espaces américains et le Sud que j’avais longuement évoqué dans un précédent ouvrage*, se perpétue, faisant ignorer aux premiers la réalité des seconds. Il n’en demeure pas moins qu’il s’agit en effet d’un séisme d’ampleur, qui ouvre beaucoup d’incertitudes compte tenu des divisions fortes au sein du mouvement républicain et des ajustements qui seront nécessaires entre Exécutif et Législatif pour que « l’unité du gouvernement », c’est-à-dire la même appartenance partisane de la présidence et des Assemblées, se traduise en cohérence politique.

*Après Bush : pourquoi l’Amérique ne changera pas (2008)

La plupart des explications semblaient, de même, de l'ordre du catastrophisme. Certains médias n'ont pas hésité à évoquer l'expression du racisme, du rejet de l'autre. Que perd-on à envisager ces résultats sous cet angle ? 

Cette campagne présidentielle américaine a été désastreuse car deux mauvais candidats se sont affrontés. L’un a tiré le débat vers la vulgarité de l’outrance, sans parler de l’ignorance de la pratique de l’Etat, l’autre a inspiré une défiance qui n’a cessé de la suivre depuis la présidence de Bill Clinton. L’élection de Trump n’est pas glorieuse, et on ne peut nier que parmi ses électeurs, certains sont animés de sentiments hostiles. Cependant, il y a aussi la recherche d’une Amérique qui disparaît, un ressentiment à l’égard d’une bien-pensance qui impose ses schémas abusivement appelés progressistes, et qui sapent des valeurs, par exemple familiales, perçues par d’autres comme intangibles. Cette Amérique-là n’est pas moins américaine que celle des campus universitaires et des côtes. Il faut donc mesurer la polarisation de la société américaine, ses divisions sur des sujets de société et sur la mondialisation économique. La carte électorale illustre cette division que l‘on avait identifiée en 2004 lors de la réélection de G. W. Bush. Elle persiste car on n’y a pas apporté de remèdes. La leçon doit être pour les responsables publics et les partis de réfléchir à un nouveau projet de société qui favorise l’adaptation de l’économie et de la société aux défis économiques mais aussi culturels du temps présent. Les partis démocrate et républicain doivent chacun élaborer un projet pour l’Amérique. Que Trump ait remporté l’investiture du GOP et que les Démocrates n’aient eu d’autre option que de présenter Hillary Clinton révèlent cruellement leur commune déshérence.  N’oublions pas cependant que l’Amérique est la même qui élit en 2008 Barack Obama. Cela seul devrait mitiger l’impression que laisse la victoire de Trump, qui fait par ailleurs, c’est important de la garder en mémoire, jeu égal avec Clinton au vote populaire, voire moins qu’elle.

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 10/11/2016 - 10:17 - Signaler un abus Trente Piteuses

    C'est la grande, l'unique question que tous les peuples occidentaux posent à leurs dirigeants : comment sortir de l'épouvantable crise économique dans laquelle nous nous enfonçons inexorablement ? Depuis plus de 30 ans nous vivons dans les ''Trente Piteuses'', conséquence du Libéralisme de Reagan-Thatcher-Merkel. Trump ne nous a, jusqu'à présent, raconté que des balivernes. A partir du 20 Janvier, nous pourrons enfin le voir réellement à l’œuvre !

  • Par padam - 10/11/2016 - 10:22 - Signaler un abus Mais encore?

    Plus politiquement correct que ça, tu meurs!... Un vrai "expert" dans le vent de notre époque.

  • Par essentimo - 10/11/2016 - 11:42 - Signaler un abus @ Ganesha

    le libéralisme des 3 cités leur a plutôt profité contrairement à la France.

  • Par Ganesha - 10/11/2016 - 12:25 - Signaler un abus Essentimo

    Essentimo, cherchez plutôt à vous informer un peu plus que l'argument simpliste et stupide du Figaro : ''Aux USA, le chômage est à 5%, donc tout va bien''. Regardez donc : 'Le prix du rêve américain'' sur France 5, http://pluzz.francetv.fr/videos/le_prix_du_reve_americain_,148032682.html Également https://fr.wikipedia.org/wiki/Pauvret%C3%A9_aux_%C3%89tats-Unis

  • Par Ganesha - 10/11/2016 - 12:27 - Signaler un abus L'argument erroné

    L'argument erroné qu'on lit et relit en permanence sur Atlantico, c'est : ''l'État dépense 56 % du PIB, donc, nous vivons dans un régime communiste'' ! La réalité, c'est que tous les pays, y compris les USA, sont obligés d'organiser des programmes sociaux pour atténuer les conséquences catastrophiques, les dégâts intolérables causés par le Libéralisme ! Sans cela, mes chers papys, je vous le répète inlassablement, vous vous feriez égorger dès que vous mettriez le nez dehors. Vous avez fait poser une porte blindée, mais vos fenêtres le sont-elles également ? Évidemment, le jours où vous aurez enfin intellectualisé ce concept, il vous faudra entièrement renouveler votre petit catéchisme…

  • Par Mario - 10/11/2016 - 13:32 - Signaler un abus l'état dépense 56 % et il en

    l'état dépense 56 % et il en fait quoi?

  • Par superliberal - 10/11/2016 - 16:29 - Signaler un abus @Ganesha

    Si le libéralisme n'avait pas existé le seul vrai avantage que je vois c'est que je n'aurai pas à lire vos élucubrations national-socialiste sur mon PC via internet car ni l'un ni l'autre n'aurait été inventés ;-) vous seriez même peut-être déjà à six pied sous terre par manque de médicament...(ce que je ne vous souhaite pas malgré tout). La création de richesse n'empêche en rien une certaine redistribution à minima pour garder une certaine paix social permettant la bonne marche de la société et du business. Un bon exemple c'est la Suisse ou l'état ne dépense que 33% du PIB et curieusement les gens ne meurent pas de froid dans les rues. Il n'y a pas que les USA !!! personne n'à dit que le Libéralisme était l'antichambre du paradis, en revanche le socialo, communo, marxisto, collectivisto, nationalisto ganeshisme est bien l'antichambre de l'enfer...bon WE

  • Par Winter - 11/11/2016 - 00:08 - Signaler un abus On ne peut que constater que

    On ne peut que constater que les journalistes ne font pas leur travail. Ils veulent nous convertir à une idéologie qui leur profitent. On n'explique pas assez clairement les casseroles de Clinton dans les media mainstream. Ensuite la politique qu'elle a mené a porté Obama à ce qu'il reconnaît comme l'erreur principale de sa présidence, le bombardement de la Lybie. Sarko et Cameron n'ont fait que suivre. Moi j'attends des articles là-dessus. Rien. Et pourtant Clinton n'était plus Secrétaire d'Etat sous le 2ème mandat. Elle a été remplacée par Kerry. Des explications sérieuses? Des analyses? Vous en avez lues? Ensuite, la racialisation de cette campagne et son délire hystérique. Un résultat qu'on a quand même mentionné, c'est que la middle class noire a voté comme la middle class blanche. C'est assez extraordinaire, car si le pays reste divisé, ce n'est plus par le facteur racial. Et puis, la diabolisation de Trump parce qu'il est raciste. Mais comment accepter que ceux qui le condamnent le fasse par racisme sociologique, en méprisant ceux qu'ils appellent "white trash" càd racaille blanche.

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Yannick Mireur

Yannick Mireur est l’auteur de deux essais sur la société et la politique américaines (Après Bush: Pourquoi l'Amérique ne changera pas, 2008, préface de Hubert Védrine, Le monde d’Obama, 2011). Il fut le fondateur et rédacteur en chef de Politique Américaine, revue française de référence sur les Etats-Unis, et intervient régulièrement dans les médias sur les questions américaines. Son dernier ouvrage, Hausser le ton !, porte sur le débat public français (2014).

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