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Mais pourquoi l'univers tech et geek est-il obsédé par le chiffre 42 ?

La deuxième promo de "l'école 42" de Xavier Niel effectue sa rentrée ces jours-ci... 42, un nombre qui n'est pas inconnu du monde de la culture geek, mais dont les origines se confondent et dont la signification est des plus surprenante.

Culture geek

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Justement, cet engouement autour de 42 masque-t-il en réalité la croyance dissimulée qu'un simple nombre, une loi, pourrait être LA réponse à LA question, celle du but de l'univers, l'alpha et l'oméga ?

David Peyron : Oui, il peut y avoir de cela, dans le sens ou les fans et les geeks ont toujours eu un goût très particulier pour analyser leur objet de passion en détail, pour trouver ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas et aller toujours plus loin pour comprendre ce qu’il y a derrière. On retrouve ici un lien entre fiction et informatique, une approche ludique qui consiste à tester la cohérence ; de nombreux geek que j’ai interviewés ont rapproché par exemple le fait de savoir trouver l’erreur dans des milliers de lignes de code et l’incohérence dans un monde de science-fiction, dans les deux cas c’est ce qui distingue ce qui marche de ce qui ne marche pas et cela invite chacun à réparer la chose.

Dans le domaine fictionnel cela peut être le fait d’écrire sa fanfiction et dans l’informatique cela peut être de participer soi-même à l’élaboration d’un projet (comme c’est le cas dans le domaine du logiciel libre). Tout cela nécessite une grande expertise, un ensemble de compétence acquises collectivement et la volonté de ne pas s’arrêter à la première couche mais de découvrir ce qui est derrière, comment les choses sont structurées et font sens. Par contre, n’y a pas forcément une métaphysique derrière ni un but ultime, mais le 42 symbolise bien cette idée d’aller plus loin et la culture populaire comme les objets technologiques qui ont tendance à effacer les traces de leur élaboration tout en laissant des portes d’entrée pour ceux qui veulent s’y plonger sont de bon supports de cette recherche sans fin de plus de profondeur. L’absurdité du 42 dit bien que l’important n’est pas de trouver la réponse mais de continuer à chercher ensemble.

Un dernier argument à destination des geekophobes ou parents qui seraient encore réticents ?

David Peyron : Le seul argument possible est intéressez-vous ! Généralement les critiques ne connaissent en fait pas ce monde et n’en voient que des aspects très superficiels qui du coup semblent très étranges et peuvent désarçonner. Cependant, si vous n’avez jamais assisté à une partie de football de votre vie, la subtilité des commentaires des passionnés va aussi vous déstabiliser, c’est la même chose pour le monde geek.

Mais une fois que vous avez écouté votre adolescent vous raconter en détail la richesse par exemple de sa partie de jeu vidéo en ligne, tout ce qu’il y a appris sur l’histoire, sur la technique ou sur la manière de fonctionner en équipe, vous verrez qu’il se passe en réalité beaucoup de choses et qu’on trouve même des détails cachés et une véritable culture qui mérite de la reconnaissance !

Benjamin Bayart : D'un côté, il y a la signification initiale de "42", c'est-à-dire pour ceux qui ont lu Douglas Adams, ou ceux qui ont vu le film. Au passage je recommande l'adaptation télévisée de la BBC, qui est bien plus proche de l'œuvre originale que ne l'est le film. Beaucoup de gamins qui aujourd'hui utilisent le chiffre 42 ne savent pas d'où celui-ci est tiré. Ceux qui utilisent internet depuis 30 ans le savent ; c'est devenu en quelque sorte un savoir d'initiés.

C'est le principe même d'une référence, comme lorsque des personnes utilisent le terme "mulot" pour désigner la souris d'ordinateur sans savoir que c'est un sketch des Guignols moquant l'ignorance de Jacques Chirac en matière d'informatique. Pour remonter plus loin, on peut aussi déplorer que plus grand monde ne sache d'où vient le mot "poubelle", du nom du préfet de Paris qui a instauré le ramassage des ordures dans des bacs...

Propos recueillis par Gilles Boutin et Franck Michel

 
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  • Par Paoli - 17/10/2014 - 10:33 - Signaler un abus Pour ceux qui connaissent...

    Stephen Fry, c'est lui qui a la reponse: http://news.bbc.co.uk/1/hi/magazine/7283155.stm Dommage que l'article n'ait meme pas fait mention de Mr Fry et de sa grande amitie avec Douglas Adams, ca aurait repondu a pas mal de questions.

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David Peyron

David Peyron est Docteur en sciences de l’information et de la communication à l'université Lyon 3 et titulaire d’un master en sociologie. Il travaille sur la culture geek, les fans, la culture populaire et en particulier sur les liens entre identité et fiction.

Il est l’auteur d’une thèse puis d’un livre portant sur l’émergence d'un mouvement geek revendiqué et ses enjeux identitaires : Culture Geek, aux éditions FYP.

Son éditeur: http://www.fypeditions.com/culture-geek/

 

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Benjamin Bayart

Benjamin Bayart est expert en télécommunications et président de French Data Network, le plus ancien fournisseur d’accès à Internet en France, encore en exercice.

Il est un des pionniers d'Internet en France.

 

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