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Mais pourquoi les super-profits du CAC 40 ne se traduisent-ils pas par de super-investissements ? Petits éléments de réponse grinçants

A l'occasion des fêtes et de la nouvelle année, Atlantico republie les articles marquants de 2017. En septembre, nous demandions à Mathieu Mucherie pourquoi les entreprises du CAC 40 étaient à la traîne au niveau des investissements malgré des profits records.

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La coutume consiste donc à confondre le risque (taux d’intérêt) et l’incertitude (actualisation), à interchanger une rentabilité attendue avec un taux de change intertemporel, à intégrer dans le taux d’actualisation des choses qui n’ont rien à y faire, à mélanger au passage des business en création (logique de valorisation) avec des business installés (logique d’allocation) ; bref c’est tauxtalement une jungle. Et, après tout, on ne peut pas demander à des trésoriers d’entreprise (surtout d’un certain âge) de croire aux taux négatifs quand la BCE elle-même n’y croit pas, ni à des gens du business (pour qui la finance est un Pandémonium) de se fier aux signaux des marchés.

Concluons. Il y a un vilain secret niché au cœur du capitalisme : la seule chose qui change, c’est le prix du temps ; or, depuis 2008, il a changé, et par ignorance ou par intérêt de nombreux acteurs privés et publics (monétaires en particulier) n’ont pas mis leurs pendules à l’heure. Taux d’intérêt et taux d’actualisation sont nés ensemble, ont grandi ensemble et termineront ensemble : la séparation qui est entretenue de nos jours est artificielle, et pas parce que les taux d’intérêt devraient remonter, comme on le présente souvent, mais parce que le consensus mou sur des taux d’actualisation en lévitation finira par craquer. Ceux qui auraient du faire un peu de pédagogie en cette matière n’ont rien fait, d’où l’impression que « ça n’embraille pas », que la baisse des taux d’intérêt est inefficace (et, comme la plupart des gens résument la politique monétaire à la politique des taux, que la politique monétaire est inefficace) : la résilience du taux d’actualisation fait ainsi partie de la palette des diversions de nos chers banquiers centraux.

Avec des arguments qui remontent à Tauxtankamon, nos décideurs se prennent pour les « maitres des horloges », critiquent la « faiblesse des désirs pour les satisfactions lointaines » et supplient pathétiquement pour une reprise de l’investissement, mais ils ont plusieurs trains de retard et, avec leur vision du temps aussi conservatrice que courtermiste, les égyptiens n’auraient jamais construit une seule pyramide (ce qui nous aurait au moins épargné le ridicule de la cérémonie de victoire de Macron au Louvre).

 
Commentaires

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  • Par vangog - 02/01/2018 - 23:14 - Signaler un abus Oui, bon, d’accord! Et après?...

    Le taux d’actualisation (incertitude) est une conséquence de la peur qui a envahi la lache UE. On ne peut agir sur une conséquence...a l’inverse, on peut modifier le prix du temps-là en maîtrisant la peur collective de l.occident. Le prix du temps, c’est aussi la vitesse de réactivité des acteurs macro-économiques BCE, FED, banque mondiale, face aux changements et contre-pieds de la mondialisation galopante. Le prix du temps, c’est aussi la différence de prix qu’on accorde, collectivement, à la création par rapport à la thésaurisation. Avec un choix « gauchisant », écolo-réac et déflationniste, l’UE est en décalage complet avec la mondialisation. Les entreprises mondialistes préfèrent consacrer leurs profits à la prédation d’entreprises concurrentes plutôt qu’à « l’investissement créatif », tellement les médias leur ont dit que le défi futur était « mondialiste »...sans création, sans innovation, une société décline vers sa fin naturelle, à gauche toute! Et, en Occident, le déclin a commencé avec l’UE qui organise sa décroissance déflationniste et son suicide immigrationniste...un sursaut vital grâce aux Nations et au vent de liberté qui souffle de l’Est? Peut-être...

  • Par Philippe du Penhoat - 03/01/2018 - 10:58 - Signaler un abus oui !

    Excellent article, qui recoupe mes années de pratique des business plans. On applique des formules qu'on ne comprend pas, avec des simplifications dont on ne mesure pas la portée, comme faire la moyenne pondérée de la dette en début de projet, ce qui n'a rien à voir avec la pondération économique réelle sur des projets longs où la dette est remboursée les premières années et les profits à la fin.... On applique des taux identiques aux dépenses d'investissement immédiates comme aux charges de fin de projet (déconstruction et remise en état du site, par exemple), alors que les risques sont inversés... Et surtout, comme le souligne l'article, on applique des taux trop élevés par rapport au marché et, sauf à tricher en jouant des approximations de calcul soulignées plus haut, on n'investit pas.

  • Par ajm - 03/01/2018 - 12:32 - Signaler un abus L'impossibilité croissante d'investir.

    Il est tout de même exagéré de laisser croire que les taux d'actualisation utilisés, au moins dans les grands groupes et les équipes de financement de projets dans les banques, n'ont pas été revus significativement à la baisse. Mais il est vrai qu'il existe une certaine résistance à la baisse qui s'explique, comme MM le dit, en grande partie, par l'idée que les taux repartiront à la hausse, ce qui est déjà le cas pour la zone dollar. Il faut aussi tenir compte de la poussée phénoménale de certains risques, en particulier les risques juridiques, de non conformité et de réputation ainsi que les risques écologiques. Dans les secteurs de l'energie ou des minies, par exemple, secteurs hautement capitalistique qui contribuent beaucoup aux statistiques générales d'investissements, ces risques sont majeurs et expliquent largement les decisions ou non decisions d'investir. Dans certains cas, il n'est tout simplement pas possible d"investir tant les contrainte légales et la toute puissance d'associations diverses bloquent tous les projets. On le voit en France dans plein de secteurs : energie, agriculture, immobilier , grands equipements publics, tourisme, chimie ..

  • Par ajm - 03/01/2018 - 12:56 - Signaler un abus Plus simple et moins coûteux d'acheter des actufs existants.

    Une explication aussu à prendre en compte c'est la sous évaluation en bourse de certains groupes possédant des actifs intéressants par rapport au coût de creation de ces mêmes actifs ex nihilo. Dans beaucoup de cas, malgré la hausse de la bourse, il est plus coûteux d'investir directement que d'acheter des actifs déjà existants ou plus exactement le coût d'investir directement en intégrant la dimension temporelle ( durée de la mise en route du nouvel actif, donc taux actualisation ) et les risques évoqués plus haut est encore plus élevé que d'acheter même chère une entreprise existante.

  • Par pratclif - 02/02/2018 - 17:46 - Signaler un abus taux d'actualisation, taux d'intérêt, coût d'opportunité capital

    Je ne suis pas bien d'accord avec l'emploi des termes utilisés pour taux d'actualisation (incertitude) et taux d'intérêt (risque). L'actualisation - appliqué à l'ensemble des flux investissement et ebitda reflète l'objectif que l'investisseur se donne, avec ses critères, pour générer de la richesse soit pour investir plus ou autrement ailleurs. Le taux de rentablité interne est le taux d'actualisation qui rend nulle la valeur actuelle du flux. Le taux d'intérêt est le prix de renoncement d'un épargnant du présent pour le futur - et quand il contient de l'inflation, là est l'incertitude. Les taux pratiqués actuellement n'ont rien à voir avec cela; ils sont destinés à relancer l'économie par le crédit. Juger d'une valeur actuelle et d'un TRI c'est comparer à un taux d'intérêt de référence, que j'appelle taux d'opportunité du capital. Le financement d'un projet est une combinaison de fonds propres - ex. 30% - et de crédits bancaires (ex. 70%). Avec les taux très faibles d'aujourd'hui, cela donne des valeurs élevées pour les fonds propres. Je renvoie à mon dossier sur l'évaluation de projets (dans le contexte mines qui est le mien). http://bit.ly/2nwNH0R

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Mathieu Mucherie

Mathieu Mucherie est économiste de marché à Paris, et s'exprime ici à titre personnel.

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