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Mais pourquoi les super-profits du CAC 40 ne se traduisent-ils pas par de super-investissements ? Petits éléments de réponse grinçants

A l'occasion des fêtes et de la nouvelle année, Atlantico republie les articles marquants de 2017. En septembre, nous demandions à Mathieu Mucherie pourquoi les entreprises du CAC 40 étaient à la traîne au niveau des investissements malgré des profits records.

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Mais pourquoi les super-profits du CAC 40 ne se traduisent-ils pas par de super-investissements ? Petits éléments de réponse grinçants

Article initialement publié le 4 septembre 2017

Ça y est !! Après des années de travaux patients, mes efforts sont enfin couronnés de succès : j’ai enfin découvert une source non-monétaire de la prolongation de la crise. Rassurez-vous, je ne suis pas devenu un suppôt du clan BCE-Macron, pour qui rien n’est monétaire. Il y a bien un énorme problème monétaire, puisqu’à la camisole monétaire unique de l’euro qui bloque de nombreux ajustements de marché s’ajoute une gestion tactique lamentable, procyclique et fort peu transparente, de cette monnaie, qui conduit à la rendre déflationniste et donc trop chère.

Mais il y a bien eu, trop peu et trop tard, une baisse des taux d’intérêt : une baisse des taux réels (ceux qui importent pour l’investissement), bien moins prononcée que celle des taux nominaux qui accapare l’attention des Pangloss des médias et des agences immobilières, certes, mais une baisse tout de même. Alors, pourquoi l’investissement ne repart-il pas ? Pourquoi ne repart-il pas aujourd’hui alors qu’un régime de sous-investissement a fait rage pendant des années (nous aurions pu compter sur un rattrapage plus substantiel) ? Pourquoi ne repart-il pas alors que les profits sont plutôt mieux orientés depuis déjà trois ans (on se souvient de la formule célèbre, « les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain ») ? Il y a de multiples explications possibles, tantôt structurelles (le déplacement de l’économie vers l’immatériel, or les investissements intangibles sont plus légers et probablement moins bien comptabilisés que les bons vieux investissements physiques de jadis), tantôt monétaires (nos satrapes de Francfort n’ont pas cru bon de s’engager vraiment dans le temps, pour le QE comme pour les taux, de sorte que les agents privés ne sont pas sûrs de la pérennité des taux bas et de la reprise de la demande agrégée, sans compter que fort peu de choses ont été faites pour réduire le surplomb de dettes des entreprises), et puis aussi les usual suspects réglementaires, fiscaux, etc. ; passons, tout cela n’a rien de très original, je voudrais vous présenter une piste plus incertaine mais qui a le mérite d’être inédite.

Vous savez qu’à chaque fois qu’on se lance dans un investissement, ou dans la conception d’un business plan, ou dans n’importe quelle opération sur plusieurs années, on doit trouver une valeur (une valeur présente) aux revenus futurs et aux engagements futurs. Dit autrement, il s’agit de fixer un prix au temps, à la rencontre de deux exigences légitimes : d’un coté, il faut dévaluer le futur car entre temps bien des choses peuvent arriver et un tiens vaut mieux que deux tu l’auras (préférence pour le présent) ; d’un autre coté, une dévaluation excessive du futur vous ferait perdre de l’appétit pour des projets somme toute intéressants dans la durée, susceptibles de dégager des cash flow réguliers à défaut d’être mirobolants, a fortiori dans une ère d’inflation nulle, d’opportunités de croissance en baisse et (par conséquent) de taux comprimés pour longtemps.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 02/01/2018 - 23:14 - Signaler un abus Oui, bon, d’accord! Et après?...

    Le taux d’actualisation (incertitude) est une conséquence de la peur qui a envahi la lache UE. On ne peut agir sur une conséquence...a l’inverse, on peut modifier le prix du temps-là en maîtrisant la peur collective de l.occident. Le prix du temps, c’est aussi la vitesse de réactivité des acteurs macro-économiques BCE, FED, banque mondiale, face aux changements et contre-pieds de la mondialisation galopante. Le prix du temps, c’est aussi la différence de prix qu’on accorde, collectivement, à la création par rapport à la thésaurisation. Avec un choix « gauchisant », écolo-réac et déflationniste, l’UE est en décalage complet avec la mondialisation. Les entreprises mondialistes préfèrent consacrer leurs profits à la prédation d’entreprises concurrentes plutôt qu’à « l’investissement créatif », tellement les médias leur ont dit que le défi futur était « mondialiste »...sans création, sans innovation, une société décline vers sa fin naturelle, à gauche toute! Et, en Occident, le déclin a commencé avec l’UE qui organise sa décroissance déflationniste et son suicide immigrationniste...un sursaut vital grâce aux Nations et au vent de liberté qui souffle de l’Est? Peut-être...

  • Par Philippe du Penhoat - 03/01/2018 - 10:58 - Signaler un abus oui !

    Excellent article, qui recoupe mes années de pratique des business plans. On applique des formules qu'on ne comprend pas, avec des simplifications dont on ne mesure pas la portée, comme faire la moyenne pondérée de la dette en début de projet, ce qui n'a rien à voir avec la pondération économique réelle sur des projets longs où la dette est remboursée les premières années et les profits à la fin.... On applique des taux identiques aux dépenses d'investissement immédiates comme aux charges de fin de projet (déconstruction et remise en état du site, par exemple), alors que les risques sont inversés... Et surtout, comme le souligne l'article, on applique des taux trop élevés par rapport au marché et, sauf à tricher en jouant des approximations de calcul soulignées plus haut, on n'investit pas.

  • Par ajm - 03/01/2018 - 12:32 - Signaler un abus L'impossibilité croissante d'investir.

    Il est tout de même exagéré de laisser croire que les taux d'actualisation utilisés, au moins dans les grands groupes et les équipes de financement de projets dans les banques, n'ont pas été revus significativement à la baisse. Mais il est vrai qu'il existe une certaine résistance à la baisse qui s'explique, comme MM le dit, en grande partie, par l'idée que les taux repartiront à la hausse, ce qui est déjà le cas pour la zone dollar. Il faut aussi tenir compte de la poussée phénoménale de certains risques, en particulier les risques juridiques, de non conformité et de réputation ainsi que les risques écologiques. Dans les secteurs de l'energie ou des minies, par exemple, secteurs hautement capitalistique qui contribuent beaucoup aux statistiques générales d'investissements, ces risques sont majeurs et expliquent largement les decisions ou non decisions d'investir. Dans certains cas, il n'est tout simplement pas possible d"investir tant les contrainte légales et la toute puissance d'associations diverses bloquent tous les projets. On le voit en France dans plein de secteurs : energie, agriculture, immobilier , grands equipements publics, tourisme, chimie ..

  • Par ajm - 03/01/2018 - 12:56 - Signaler un abus Plus simple et moins coûteux d'acheter des actufs existants.

    Une explication aussu à prendre en compte c'est la sous évaluation en bourse de certains groupes possédant des actifs intéressants par rapport au coût de creation de ces mêmes actifs ex nihilo. Dans beaucoup de cas, malgré la hausse de la bourse, il est plus coûteux d'investir directement que d'acheter des actifs déjà existants ou plus exactement le coût d'investir directement en intégrant la dimension temporelle ( durée de la mise en route du nouvel actif, donc taux actualisation ) et les risques évoqués plus haut est encore plus élevé que d'acheter même chère une entreprise existante.

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Mathieu Mucherie

Mathieu Mucherie est économiste de marché à Paris, et s'exprime ici à titre personnel.

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