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Mais où se situe vraiment l’Iran dans l’échelle actuelle de dangerosité de nos ennemis (les "officiels" comme les faux alliés) ?

En finançant le Hezbollah et en agitant le Moyen-Orient, l'Iran représente une menace régionale. Son idéologie anti-occidentale en fait un ennemi pour l'Occident. Pour autant, l'Iran n'est pas une menace pour la sécurité mondiale à l'inverse du Pakistan qui, allié à l'Arabie Saoudite, au Qatar et au Koweït, contribue au terrorisme international. L'Occident aurait donc tout intérêt à renouveler ses alliances au profit de l'Iran, beaucoup moins dangereux.

Attention, un ennemi peut en cacher un autre

Publié le - Mis à jour le 29 Janvier 2016
Mais où se situe vraiment l’Iran dans l’échelle actuelle de dangerosité de nos ennemis (les "officiels" comme les faux alliés) ?

Atlantico : L'Iran et le Pakistan, de par leur poids stratégique et leur positionnement géographique, menacent-ils la sécurité mondiale?

Alexandre Del Valle : L’Iran est un pays qui représente un véritable danger au Proche-Orient notamment en raison de son action déstabilisatrice en Israël et au Liban. Il finance des mouvements terroristes comme le Hezbollah ou le Jihad islamique et a longtemps financé le Hamas. L'Iran est également un pays impliqué dans différents conflits en Syrie, en Iraq et au Yémen. Toutefois, l'action de l'Iran dans ces conflits est soit défensive soit régionale mais non globale. Au Yémen, l'aide iranienne est indirecte: les Houthis qui se battent contre les sunnites d’Arabie Saoudite sont soutenus mais pas financés ni armés massivement par l’Iran.

Quant au Pakistan, c’est un pays qui, pendant la Guerre Froide, a été instrumentalisé par les Etats-Unis pour contrer l’avancée des soviétiques vers l’Afghanistan. À la fin des années 1970 et au début des années 1980, le Pakistan, qui n’était pas un pays islamique totalitaire et extrémiste, s’est islamisé de façon radicale avec la bénédiction des Etats-Unis, l’islamisme radical étant alors considéré comme une arme contre le communisme. Puis après le retrait soviétique dans les années 1990, le Pakistan a eu recours à la "carte" des talibans pour contrer les Indiens et les Russes en Afghanistan.  Le Pakistan a créé la structure islamiste la plus radicale et totalitaire dont le but est de prendre contrôle d'un pays dans une logique étatique. depuis, les services secrets pakistanais aident et arment les talibans. Le Pakistan joue le même jeu trouble de financement de mouvements ouvertement terroristes au Cachemire, revendiqué par le Pakistan, et en Inde, où régulièrement des attentats sont commis par des islamistes ultra radicaux qui ne sont pas condamnés par le Pakistan. En résumé, ce pays qui possède l’arme atomique menace donc l’Inde, déstabilise l’Afghanistan et une bonne partie de l’Asie centrale, et organise une réislamisation ultra radicale avec une propagande aussi folle que celle de l’Arabie Saoudite qui trouve les faveurs de nombreux prêcheurs et ministres. Par ailleurs, ce pays est un pays de transit pour d’autres terroristes du djihad international, une plateforme mondiale. Et, contrairement à la Syrie et au Yémen où le chaos règne, le Pakistan bénéfice d’une véritable machine étatique organisée avec une armée puissante et une bombe atomique.... Ce pays est donc beaucoup plus dangereux qu’une zone simple chaotique et de non droit comme la Libye ou les territoires de Daesh . Le Pakistan mène un double jeu en étant un interlocuteur inséré dans les organisations internationales et les relations diplomatiques et un partenaire du terrorisme le plus fanatique. 

Il existe une différence majeure au niveau du statut de ces deux pays pour l'Occident. Le Pakistan est un allié traditionnel de l'Occident tandis que l'Iran est pays avec lequel la reprise du dialogue est récente.

Depuis un certain nombre d’années,  l’Occident ne se définit plus selon des critères géo-civilisationnels et identitaires mais selon  des principes stratégiques (OTAN) et économiques (libre marché, capitalisme). A partir du moment, où l’Occident se définit par l’économie de marché, il peut s’allier avec n’importe quel  pays capitaliste, y compris ceux qui menacent son identité par leur propagande comme les pétromonarchies du Golfe. Cette vacuité identitaire de l’Occident explique ces alliances géopolitiques contre nature et incohérentes du point de vue civilisationnel avec les pays du Golfe, le Pakistan ou même la Turquie avec son double jeu et son dangereux néo-sultan Erdogan. Comme le pétrole représente un enjeu important pour l’économie mondiale, l’Occident a comme meilleurs alliés économiques, ses pires ennemis idéologiques dont le but (islamiste) est de conquérir à terme le reste du monde « mécréant » à commencer par l’occident. 

L’Iran est certes à l’origine d’une révolution radicale totalitaire chiite, mais n’a pas pour projet de convertir le monde entier à l’islam radical. De facto, l’Iran s’occupe de ses propres intérêts régionaux, essentiellement. Ce pays, à l'instar de la Russie, utilise le conflit israélo-palestinien et libanais pour des raisons stratégiques afin d’avoir accès à la Méditerranée et de contrôler le proche Orient. Mais au niveau international, l’Iran n’est pas à l’origine de vaste mouvement d’islamisation planétaire. L’Iran agit un peu comme la Russie au sein d’une zone définie, d’un « étranger » porche sans interférer dans les affaires des autres blocs géocivilisationnels mondiaux où il demeure assez pragmatique et différentialiste. Si l’Iran cesse un jour de financer le Hezbollah, le Jihad islamique et le Hamas ou « calme » ces derniers, et s’il cesse ainsi d’être un obstacle pour la paix, ce pays peut un jour redevenir le grand allié régional de l’Occident qu’il fut jadis comme à l’époque du Shah. 

 
Commentaires

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  • Par Paul Emiste - 28/01/2016 - 07:37 - Signaler un abus Sunnites ou chiites?

    Qui brûle les églises décapite les chrétiens, n´a que très peu de respect pour les autres religions? Les Sunnites, dans les pays Chiites les chrétiens n´ont aucun problèmes.

  • Par brennec - 28/01/2016 - 14:50 - Signaler un abus La chine

    " c’est un pays qui n’agressera jamais les autres sans certitudes de remporter la bataille." Pourtant elle l'a fait contre le vietnam ou elle s'est fait battre.

  • Par REVERJOVIAL - 28/01/2016 - 15:30 - Signaler un abus Si c'est pas l'un c'est lautre

    Bizarrement les 2 commentateurs ont des avis complétement contradictoire, pour le premier les pays du Golfe et le Pakistan tire les ficelles, pour le deuxiéme c'est l'Iran ? Faite vos jeux, quand les experts débinent l'actualité au café du commerce.

  • Par Gordion - 29/01/2016 - 07:09 - Signaler un abus M.Raufer, on ne comprend pas votre argumentation

    Autant les analyses de M.Del Valle sont claires et connues, autant celles de M.Raufer sont absconses: qui finance l'EI si ce ne sont des Etats sunnites, des confréries, des donateurs sunnites provés? L'Iran, pour menacer son allié Assad? Pourriez-vous développer SVP, merci.

  • Par zouk - 29/01/2016 - 09:49 - Signaler un abus Afghanistan

    Peut être une moindre menace en termes d'attentats en Occident, mais n'oubliez pas le rôle insidieux de ses exportations de drogue et de ses très nombreux migrants. Mais, manipulé par le Pakistan, il peut devenir un grand pourvoyeur de djihadistes, d'autant que les moeurs n'y ont jamais été des plus douces

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France Soir, Il Liberal, etc), il intervient pour le groupe Sup de Co La Rochelle et des institutions patronales et européennes et est chercheur associé au CPFA (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment auteur des livres Le Chaos Syrien, printemps arabes et minorités face à l'islamisme (Editions Dhow 2014), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (Editions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (Editions du Toucan).

 

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Xavier Raufer

Xavier Raufer est un criminologue français, directeur des études au Département de Recherches sur les Menaces Criminelles Contemporaines à l'Université Paris II, et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet.

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