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Le macronisme ou le stade ultime du darwinisme ?

Après des années de statut quo, les Français espèrent que les réformes engagées par Emmanuel Macron porteront leurs fruits. Hausse du PIB, baisse du chômage : enfin le pays aura endigué ses maux, selon les critères en vigueur. Mais à peine sortis de la phase de rattrapage se posera une question : quel sens donner aux efforts ?

Réformes

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Le macronisme ou le stade ultime du darwinisme ?

Transformons-nous !

Sous l’impulsion du Président de la République et du Premier ministre, ce terme est décliné à toutes les sauces. Dans un jeu de passe-passe sémantique, le mot de transformation a remplacé la réforme, définitivement banni après 40 ans d’overdose sémantique. Ordonnances sur le droit du travail, réforme de l’assurance chômage, nouvelle loi sur la formation professionnelle : toutes sont censées contribuer à changer le visage de la France.

En finir avec le statut quo : les Français ne sont pas contre.

C’est d’ailleurs pour cela qu’ils ont élu Emmanuel Macron, convaincus que la situation actuelle n’était plus tenable. Et c’est probablement la raison pour laquelle le bénéfice du doute demeure. Comme suspendus dans leur jugement, la majorité attend. La question centrale pour nos compatriotes est simple : vont-ils être les gagnants où les perdants de ces changements ? Et quand la stabilité va-t-elle enfin reprendre ses droits?

Car le rythme est jugé rapide par nos concitoyens. Trop pour plus d’un tiers des Français selon une enquête Elabe. Parmi les plus rétifs, on retrouve la France du non. Non à l’Europe, non à la mondialisation, non au primat du libre-échange. C’est la France qui n’a pas voté pour Macron, qui voit l’injonction au changement comme un renoncement au peu qu’il lui reste, qui est sur-représentée parmi les ouvriers, les employés, les peu qualifiés. Cette France ne veut pas de transformation, mais au contraire de la pérennité. Elle n’emprunte pas le sentier sinueux du changement parce qu’elle n’en voit absolument pas la finalité.

A l’inverse des catégories les plus favorisées, cette frange de la population ne dispose pas d’assise financière pour encaisser les chocs de la transition. Elle n’a pas le bagage culturel de ceux qui décèlent dans les failles de l’histoire une opportunité business. La transformation est pour elle le faux nez un peu grossier des mauvaises nouvelles à venir. Plan social qui tait son nom, injonction à faire toujours plus vite, suppression des services publics : la transformation est clairement un jeu à somme perdante imposée par les gagnants.

Cette logique binaire qui perçoit le pays en camps irréconciliables, c’est précisément ce que souhaite casser le Président. Le pays serait une cordée, où les premiers ouvrent le chemin pour les autres. On pourrait être en haut « et en même temps » aider ceux qui suivent à grimper. On pourrait être en bas et bénéficier de l’élan de ceux qui précèdent.

Sauf que l’ascension n’a jamais de fin. Il faut escalader une montagne dont le sommet s’éloigne à mesure que l’on s’approche. Il faut marcher à un rythme toujours plus rapide. La transformation porte en elle les germes de l’exclusion. Centrifugeuse infernale, elle serait le nouveau chapitre de la tragédie darwinienne : se faire une place ou disparaître.

Le rythme intense n’est pas seulement dû à un effet de rattrapage, après des décennies de temporisation. Les progrès technologiques imposent une cadence effrénée. Le journaliste Thomas Friedman parle dans son dernier ouvrage, d’accélérations technologiques géantes que l’homme ne pourrait plus digérer.

La liste des décrocheurs peut-elle faire autrement que grossir ? Dans les entreprises, les signaux inquiétants se multiplient. En cette fin d’année, c’est une étude qui fait état d’une croissance de près de 8% des arrêts maladie. Quelques jours plus tard, une autre étude interpelle également sur la fébrilité ambiante. Réalisée par le cabinet Stimulus, elle révèle un niveau de stress inédit qui traverse la société Française. Employés, cadres : personne n’est épargné. L’hyper stress, qui affecte la santé physique des salariés atteindrait même un stade préoccupant de 24%.Plus globalement, 52% des français se rendent au travail avec un niveau élevé d’anxiété. Traitement d'informations trop complexes et nombreuses, manque de temps, adaptation permanente : partout la machine craquelle.

Et si la corde venait à rompre ? Et si les décrocheurs venaient à emporter la cordée ? Et s’il fallait sortir du système ? C’est la grille de lecture de l’électorat Mélenchoniste et Lepéniste. Encore minoritaire aujourd’hui, elle pourrait peu à peu contaminer les strates supérieures.Alors que les prochaines vagues de la révolution numérique et de l’intelligence artificielle vont mettre à rude épreuve les classes moyennes aux tâches répétitives, le débat ne pourra plus être éludé.

Après des années de statut quo, chacun espère que les réformes engagées porteront leurs fruits. Hausse du PIB, baisse du chômage : enfin le pays aura endigué ses maux, selon les critères en vigueur. Mais à peine sortis de la phase de rattrapage se posera une question : quel sens donner aux efforts ? On ne crée pas le nouveau monde avec les critères du passé.

Parce que la transformation n’est pas une fin en soi, un vent d’humanisme radical s’annonce. Qui exigera une meilleure redistribution des fruits de la croissance, qui refusera les cadences infernales et déshumanisantes, qui tentera d’infléchir au niveau mondial les règles de l’économie.

Les bases d’un nouveau modèle Français ?

 
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Matthieu Chaigne

Matthieu Chaigne est directeur associé chez BVA. Il est aussi co-fondateur de l'observatoire des sondages et tendances émergentes Délits d'Opinion, chargé de cours à l'INSEEC et à la Sorbonne-CELSA.

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