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Macron sauveur de l’Europe progressiste ? Le doute s’installe chez ses alliés à l’étranger

L'image du chef de l'Etat est écornée dans la presse étrangère, principalement chez nos voisins européens. Emmanuel Macron est passé du sauveur de l'Europe en 2017 à une pluie de critiques aujourd'hui.

Leader charismatique ?

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Macron sauveur de l’Europe progressiste ? Le doute s’installe chez ses alliés à l’étranger

 Crédit LUDOVIC MARIN / AFP

Atlantico : "Le président qui brûle avec son propre feu d'artifice " pour Die Welt, "le roi soleil devient normal (...) le président français est déjà presque comme Merkel : faible et insipide" pour le Tageszeitung , "Salvini est un policitien extraordinaire, Macron ne l'est pas, du moins, pas encore" pour le Spectator. Emmanuel Macron perd peu à peu son aura auprès de la presse étrangère, essuyant les critiques logiques d'opposants, mais fait nouveau, c'est désormais la presse, comme Die Welt, qui fustige aujourd’hui le président français.

Comment expliquer un tel virage, passant d'un Emmanuel Macron "sauveur de l'Europe" en 2017 aux critiques d'aujourd'hui ? 

 
Christophe Bouillaud : Premièrement, ne négligeons pas la mécanique de la presse de masse elle-même pour faire nouvelle, pour attirer l’attention des lecteurs : tout d’abord, elle surestime un personnage public  – première occasion de faire nouvelle-, ensuite, elle retourne entièrement le discours en abaissant plus bas que terre le même personnage – seconde occasion de faire nouvelle. Et ainsi de suite. En devenant Président de la République, il était inévitable de ce point de vue qu’il y ait un ressac de  l’image d’Emmanuel Macron dans les médias, qu’ils soient français ou étrangers. 
 
Deuxièmement, il y a la difficulté constatable par tous à faire aboutir les projets de plus grande intégration proposé par Emmanuel Macron. Cela correspond tout d’abord au fait que ces projets ne correspondent pas exactement à ce que veulent la majorité des dirigeants européens actuels. Il est de plus en plus évident au fil des mois que la « relance européenne » que souhaiterait E. Macron», sur le modèle de ce qui s’est fait dans les années 1950 avec le Marché commun ou dans les années 1980-90 avec le Marché Unique et l’Union économique et monétaire, n’a aucun soutien structuré et dynamique derrière lui. Même la gauche socialiste et social-démocrate du PSE se révèle ambigüe et désunie sur ce projet – d’autant plus qu’elle se trouve amputée du Labour britannique et qu’elle est reléguée dans l’opposition dans de nombreux pays. Ne parlons pas des libéraux de l’ALDE plus divisés que ne le laisserait croire les déclarations de leur chef parlementaire, Guy Verhofstadt, ou des conservateurs du PPE, totalement divisés sur le fédéralisme.
 
A cela s’ajoute troisièmement la montée en puissance d’oppositions de plus en plus visible à ces projets que ce soit au niveau de certains Etats ou dans les électorats. De ce point de vue, tout ne dépend évidemment pas d’Emmanuel Macron : par exemple, en Allemagne, l’ouverture migratoire de l’automne 2015 a d’évidence eu toute une série de conséquences politiques dont les récentes manifestations de Chemnitz sont les derniers avatars. Dans l’Union européenne de 2018, il faut bien constater que prêcher plus d’intégration européenne devant les électeurs n’est pas vraiment la clé du succès électoral. 
 
Enfin, quatrièmement,  il y a le fait que sur l’immigration, qui occupe actuellement le devant de la scène européenne, la position d’Emmanuel Macron est perçue comme parfaitement hypocrite. En politique intérieure, il soutient un Ministre de l’Intérieur, G. Collomb, qui fait le job pour limiter l’immigration, légale ou illégale d’ailleurs – Salvini, l’actuel Ministre de l’Intérieur italien en disait même du bien dans sa propre campagne électorale -, et il demande en même temps à d’autres pays de prendre leur lot d’immigrants. Cette incohérence d’une France qui se veut elle-même désormais fermée à l’immigration et veut que d’autres pays prennent des immigrés sur leur sol,   est bien connue des autres Européens, en particulier des Italiens. La politiste Sofia Ventura le faisait remarquer dans une récente tribune publiée dans le Monde. En plus, la France comme pays, bien au-delà de la seule personnalité d’Emmanuel Macron, ne bénéficie nullement de l’image d’un pays qui aurait réussi l’intégration de ses immigrés. Notre modèle «républicain » ne fait rêver personne. Pour une part de la droite et l’extrême droite européennes, la France est même devenue l’image même de ce qu’il ne faut pas faire. Autrement dit, sur ce point précis, les gouvernants français donnent aux autres l’impression d’alcooliques fort malades de cirrhose en cure de désintoxication qui proposeraient aux autres dirigeants de boire une bonne rasade d’alcool fort pour rétablir un juste équilibre de la maladie du foie en Europe.  Cette hypocrisie n’est pas jouable longtemps. 
 
 
Commentaires

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  • Par vangog - 09/09/2018 - 11:15 - Signaler un abus Les résistants européens sortent du maquis...

    et les collabos de l’invasion se regroupent: Melenchouille-la-fripouille et Macron-Rothschild se sont dit « oui » pas très loin de la mairie de Marseille, ville à « conserver » par la collaboration macroniste, bientôt tondue...des « malchances pour la France » entouraient le petit-fils Rothschild « Macron, on t’aimme trop! ». Et ce benêt qui distribuait les sourires aux clandestins comme un pervers distribue les bonbons à la sortie des écoles... Tiens, je viens d’entendre Yael Braun-Pivet, de la grande famille des menteurs et des tricheurs, dans une interview: elle s’est gargarisée une bonne dizaine fois la bouche sale avec des mots creux directement sortis des fascicules terre-nova d’aide à l’enfumage des électeurs: « porter un projet »... » »incarner le changement »...en boucle sur dix minutes d’interview , les yeux exorbités comme une adepte droguee au gourou, aucune proposition concrète...un vrai massacre de l’intelligence! « Français, ouvrez les yeux, avant qu’il ne soit trop tard! »

  • Par J'accuse - 09/09/2018 - 11:16 - Signaler un abus La statut de Jupiter se fissure

    L'électorat modéré serait effrayé par le populisme, qui tiendrait la même place que le communisme autrefois... Cet électorat n'est pas effrayé mais au contraire attiré par le "populisme" (expression du peuple), et c'est pour ça que Macron le désigne comme un ennemi; ce "populisme" est généralement accusé de nationalisme (la "lèpre"), ce qui n'est pas compatible avec le communisme, n'est-ce pas ? Macron apparaît tout simplement comme ce qu'il est réellement: un autocrate qui veut étendre son pouvoir sur l'Europe. Un facho, quoi !

  • Par MIMINE 95 - 09/09/2018 - 11:31 - Signaler un abus PROGRESSISME

    Mais "progresser" vers quoi ???????? c'est un détail qu'ils ont oublié de nous préciser, la régression sociale , le chaos .... c'est au choix.

  • Par assougoudrel - 09/09/2018 - 14:25 - Signaler un abus En Marche

    progresse vers la sortie.

  • Par Henrik Jah - 10/09/2018 - 13:36 - Signaler un abus Europe progressiste???

    Je reprends Mimine: l'Union européenne nous apporte l'euro qui ne nous permet pas de faire une politique monétaire nationale du coup on exporte plus rien quand dans le même temps l'Allemagne avec son euro nettement sous-évalué par rapport à son économie fait 350 milliards € d'excédent commerciale (exports - imports) par an soit le budget de la France. L'UE nous force à accueillir des hordes d'immigrés qui sont une menaces pour nous tous et à tout point de vue (sécuritaire, identitaire, social, ETC...). L'UE veut aussi via le traité CETA (qui impose des quotas d'importations)nous faire bouffer du boeuf aux hormones alors qu'on a chez nous les meilleurs produits au monde. La privatisation de la SNCF, c'est l'UE qui l'a réclamée, résultat des courses : dégradation de la note par les agences de rating id est la société est moins solide après l'annonce de la réforme qu'avant, bravo les gars bravo. Des exemples comme ça il y en a des centaines et même des milliers.

  • Par Henrik Jah - 10/09/2018 - 13:51 - Signaler un abus Europe progressiste

    Petit détail intéressant de l'Union européenne progressiste: il y a 10 ans la Grèce faisait faillite. Du coup ce qui avaient prêté à la Grèce auraient dû perdre leur placement dans la dette Grecque. Or on a pas voulu laisser les riches copains banquiers perdent leur argent donc on a prêter à la Grèce pour qu'elle puissent rembourser ses créanciers (c'est pourtant interdit dans la vraie vie d'emprunter pour rembourser ses dettes). Or la BCE n'a pas le droit de prêter aux Etats donc qu'a-t-elle fait? Elle a prêté des liquidités aux banques commerciales à taux zéro et donc GRATUITEMENT pour que ces dernières prêtent derrière à la Grèce à plus de 25%. Résultat des courses: 10 ans après la Grèce est 4 fois plus endettée et les Grecs sont dans la merde jusqu'au cou. Et puis rappelons que maintenant grâce à l'UE, en cas de crise bancaire majeure et bien les banques pourront directement taper dans votre compte bancaire sans vous demander votre avis. On arrête pas le Progrès!!

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Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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