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Macron, l’hommage à Pétain et les ravages du « en même temps »

A l’occasion des commémorations du centenaire de l’Armistice de 1918, un hommage sera rendu aux Maréchaux de la Grande Guerre. Philippe Pétain sera célébré aux côtés de sept autres Maréchaux de France. Le Président de la République, Emmanuel Macron, a justifié son choix en rappelant que Pétain avait joué un rôle majeur durant la Première Guerre mondiale.

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Macron, l’hommage à Pétain et les ravages du « en même temps »

 Crédit ludovic MARIN / POOL / AFP

En rappelant que le Maréchal Pétain avait été en même temps un grand soldat de la Première Guerre mondiale et l’homme de choix funestes durant la Seconde Guerre mondiale, le Président de la République a fait à la fois un travail d’historien et un travail de mémoire. L’un et l’autre sans véritablement convaincre.

D’un strict point de vue historique, il est important de ne pas occulter le rôle de Pétain dans la Première Guerre mondiale. Les faits sont là : il fut un grand meneur d’hommes dont le rôle fut décisif dans l’issue du conflit, durant l’entre-deux-guerres il était aux yeux des Français « le vainqueur de Verdun ». Pour autant, l’historiographie a énormément progressé depuis un siècle. Si Pétain a contribué à l’amélioration du quotidien des Poilus et a fait preuve d’une grande proximité avec ses hommes, on ne peut désormais plus ignorer qu’il fit fusiller les mutins de 17 ou que les méthodes et stratégies militaires dont il a usé ne changeaient guère de celles des autres chefs militaires français : Pétain a aussi sa part de responsabilité dans l’absurdité, la cruauté et la violence de ce conflit.

Mais du point de vue de la mémoire collective, le Président Macron en rendant hommage à Pétain commet plusieurs fautes. D’une part, parce que la personne de Pétain – à l’inverse de celle d’un Joffre ou d’un Foch pour ne citer qu’eux – dépasse largement le cadre du conflit de 14-18. Désormais, avant d’être le vainqueur de Verdun dans la mémoire collective, Pétain est l’homme de Vichy, de la collaboration, de la déportation. D’autre part, s’il peut être louable de distinguer le chef de guerre de 14-18 du chef d’Etat de 39-45 de la part du Président, force est de constater qu’il s’y prend de la plus mauvaise manière. Pétain n’était qu’un général durant la guerre, il ne deviendra maréchal qu’au lendemain de l’armistice, en décembre 1918. Or en l’associant aux autres maréchaux de la Grande Guerre, le Président Macron fait entrer en collusion deux périodes de la vie du Maréchal qu’il entendait distinguer. 

Plus largement, les crispations que suscite cette commémoration aux Invalides dans l’opinion publique cristallisent les difficultés éprouvées par le Président à trouver le ton juste durant son « itinérance mémorielle ». Emmanuel Macron hésite entre deux discours mémoriels, le discours patriotique ou le discours pacifique. Il cherche à rendre hommage aux Poilus qui sont morts par centaines de milliers pour mettre un frein à l’impérialisme allemande de Guillaume II qui menaçait l’équilibre européen et surtout pour prendre leur revanche sur la défaite de 1870 et récupérer les provinces perdues d’Alsace et de Lorraine. Mais en même temps, il essaye de tenir un discours consensuel qui assure la promotion de la paix, de l’Europe et des relations franco-allemande, étant ainsi contraint de passer sous silence que le Première Guerre mondiale ne fut pas « la der des ders », que la construction de l’Europe dut attendre l’éradication du nazisme et que le sentier de douleurs fut long avant que l’on puisse parler d’amitié franco-allemande.

 
Commentaires

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  • Par gerint - 08/11/2018 - 16:05 - Signaler un abus Macron fait de la com et c'est tout

    Tout lui est bon mais il se plante car il est étranger aux xentiments du plus grand nombre de Français

  • Par ourston - 08/11/2018 - 16:42 - Signaler un abus l’hommage à la France d'en bas.

    Si il y a un hommage à rendre, les combattants des tranchées le méritent davantage que les maréchaux qui les envoyaient à la boucherie.

  • Par Fredja - 08/11/2018 - 17:26 - Signaler un abus Brigitte, elle est prof de quoi, déjà ?

    de Français... Et oui c'est con, elle aurait été prof d'histoire, cela aurait peut-être évité au Minet de se prendre les pieds dans le tapis :-)

  • Par ajm - 08/11/2018 - 22:29 - Signaler un abus Citoyens soldats.

    Ourston: les soldats Français allaient en guerre en tant que citoyens dans un pays démocratique. Les généraux, futurs Maréchaux ( Pétain etait encore colonel à la déclaration de guerre) faisaient de même en obéissant au pouvoir politique légitime .

  • Par essentimo - 09/11/2018 - 09:13 - Signaler un abus Pourquoi un reproche

    à N. Sarkozy de vouloir penser à TOUS les morts pour la France ?

  • Par essentimo - 09/11/2018 - 09:29 - Signaler un abus Pétain

    ayant combattu les allemands en 14 avec l'hécatombe que l'on connaît, comment a-t-il pu négocier avec les mêmes en 40 ? Alzeimer ?

  • Par AZKA - 09/11/2018 - 09:57 - Signaler un abus @essentimo

    Parce que le pays était vaincu avec 40 millions de Français abandonnés à leur défaite. Le problème de Pétain est de ne pas avoir voulu en parallèle jouer la carte de la résistance dans l'empire colonial, pour participer à la reconquête. En 40 où seule la GB désarmée résiste encore, alors que ni l'URSS ni les USA ne sont en guerre, il faut être passionnément optimiste au delà du réel du moment. Tout le monde ne s'appelle pas Churchill ou de Gaulle.

  • Par ISABLEUE - 09/11/2018 - 10:24 - Signaler un abus on ne dit pas "Maréchal"... il a déchu de son titre !!!

    et puis "itinérance mémorielle" ce terme sorti d'un crâne d'oeuf de l'ena m’horripile... Pensons à nos ancêtres morts dans les tranchées pendant cette première guerre MONDIALE et stop aux petites phrases qui nous fatiguent, car elles sont reprises en boucle..... Lassant

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Adrien Dubrasquet

Ancien élève de l'ENS, directeur du cabinet du maire de Sens.

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