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Macron face à l’Eglise ou l’aveu de l’impuissance de la République laïque à assurer sa propre survie

Le discours d’Emmanuel Macron aux Bernardins, devant l’Église Catholique, a nourri des polémiques sur une prétendue rupture avec la laïcité. Il illustre plutôt les désillusions et les angoisses d’une majorité laïque désarmée face à la montée de projets sociétaux alternatifs, fondés sur une perception différente de l’Histoire et du destin de l’Homme.

Inquiétudes d’une société sécularisée

Publié le
Macron face à l’Eglise ou l’aveu de l’impuissance de la République laïque à assurer sa propre survie

 Crédit Reuters

Il y a plusieurs façons de lire l’important discours d’Emmanuel Macron aux Bernardins, prononcé le 9 avril au soir. Ceux qui, à peine l’avait-il fini, ont lancé des polémiques assassines sur son contenu peuvent le regretter amèrement. Ils auraient bien fait de prendre le temps de le lire à tête reposée avant de s’écharper sur l’une ou l’autre de ses phrases tirées de son contexte.

Au bon vieux temps de l’Église triomphante

Dans tous les cas, le reproche adressé à ce texte, de rompre avec la laïcité et la loi de 1905, paraît très mal à propos. En réalité, le Président n’a pas contesté la laïcité. Il a seulement déploré sa grande efficacité dans la sécularisation de la société française.

Il a prononcé les mots de celui qui appelait de ses voeux le retour au bon vieux temps d’une Église militante, à cette époque où il était si simple de se sentir progressiste, dans le droit chemin, dans la bonne pensée, en bouffant du curé à chaque petit-déjeuner. C’était l’âge d’or où l’Histoire existait, mue par l’antigonisme binaire et transparent entre conservateurs catholiques et modernistes agnostiques ou athées. D’un côté, les ténèbres de la religion, de l’autre les lumières de la libre raison. Que ce monde-là (fantasmé, en réalité, par la vulgate insoumise et grand-orientesque) était heureux, harmonieux, facile! Il suffisait de choisir un camp sans se poser de question, et on gagnait la vérité. 

Inversement d’ailleurs, on ne doit pas manquer de matériaux historiques pour rappeler cette époque où les catholiques s’étaient aussi attribués le camp du bien, et avaient rejeté « chez les autres » tous les méfaits de la société moderne. On y trouvait pêle-mêle le communisme, le socialisme, le libéralisme, la Révolution, les Juifs et autres figures ennemies de la Sainte Religion. Majorité un jour, minorité le lendemain.

Rétrospectivement, ce monde-là, c’était la bonne heure pour la raison laïque qu’Emmanuel Macron a indiquée dans son discours: alors (« ea tempestate » disaient les Latins, d’où l’appel à une liberté intempestive de l’Église), on croyait à un absolu, on savait « à quoi bon » se lever le matin, on croyait à quelque chose, à une grande lutte dans l’Histoire entre le bien et le mal, ou entre le bien et le moins bien, et chacun considérait qu’il avait une place à y jouer. Cette époque-là n’était pas parcourue par le « cynisme ordinaire », comme dit le Président, celui d’une époque où l’on reçoit un numéro de sécurité sociale à sa naissance, que l’on garde jusqu’à sa mort, et où l’on meuble comme on peut le temps qui sépare ces deux événements en ne se départissant jamais de ce petit matricule tatoué sur la carte d’identité. Il vaut sauf-conduit contre toutes les questions que les anciens hommes (grenouilles de bénitiers ou bouffeurs de curé) étaient parfois amenés à se poser quand le principe de précaution n’existait pas sur le sens d’une vie éphémère et imprévisible. 

 
Commentaires

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  • Par Deudeuche - 11/04/2018 - 09:15 - Signaler un abus Waouw, ex-cel-lent

    Les PMAistes GPAistes -à écran plat -c’est quand les vacances? appellent la France des 1500 ans Passés à l’aide, car cette société vide de sens (a piste de skateboard rénovée) n’a rien mais absolument rien a offrir à une jeunesse qui comprend qu’elle sera privée de la « jouissance matérielle » de ses aînés. Article vraiment excellent !

  • Par Citoyen-libre - 11/04/2018 - 10:28 - Signaler un abus Nous sommes dans la vraie vie

    Ca fait du bien. Le constat est implacable et sans doute irréversible.

  • Par GP13 - 11/04/2018 - 11:07 - Signaler un abus Excellent

    Que Macron ait conscience de la décrépitude de notre société est excellent aussi. Et c'est , par là, que cette décrépitude cesse d'être irréversible......

  • Par thymthym711 - 11/04/2018 - 11:45 - Signaler un abus Qui a besoin de l'autre ?

    Le président a dit : "Nous l'écoutons (l'église) avec intérêt, avec respect et même nous pouvons faire nôtres nombre de ses points. Mais cette voix de l'église, nous savons au fond, vous et moi, qu'elle ne peut être injonctive..." Il dit cela aux catholiques pour envoyer un message subliminal aux autres religions et sans doute à l'une d'elles en particulier. Il essaie de se servir de l'église pour essayer de régler un problème ardu que pose une religion qui veut s'imposer comme pouvoir politique dans notre société. Mais aux catholiques il signifie clairement qu'on ne suivra pas leur avis sur d'autres sujets essentiels sur lesquels il faudra trancher soit dans le sens de l'élévation de l'homme, soit dans celui de la satisfaction des désirs impérieux de l'individualisme. L'église serait bien gentille de s'occuper uniquement des associations qui viennent en aide aux démunis. L’État, malgré les milliards qu'il ponctionne aux Français, n'arrive pas à remplir ses devoirs.

  • Par Danper - 11/04/2018 - 14:51 - Signaler un abus L'Eglise n'existe plus

    L'Eglise n'existe plus et Bergoglio finit de détruire ce qu'il en reste en la transformant en une ennième ONG. La "laïcité" continue à tirer sur un corps sans vie et ses prétendus défenseurs sont déjà soumis à l'Islam triomphant. Quand avons-nous entendu ces gauchistes laïcards critiquer l'Islam?

  • Par Deudeuche - 11/04/2018 - 20:47 - Signaler un abus @Danper

    Pour trouver l’ Eglise il suffit d’y aller, le dimanche ou en semaine. Si vous êtes vraiment perdu, un petit cours Alpha et ça ira beaucoup mieux, surtout que le repas y est gratuit. Cherchez d’abord...et toutes choses vous seront données en plus.

  • Par Bobby Watson - 11/04/2018 - 22:17 - Signaler un abus Excellent

    Espérons seulement que Macron écoutera aussi les avis éclairés de l'Eglise au sujet des sujets de société.

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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