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Macron : avalanche de difficultés pourtant (relativement) évitables

De Gilles Legendre à la tête de LREM à Richard Ferrand au perchoir, en passant par la sortie future de Gérard Collomb du gouvernement, sur fond de désaccord avec Emmanuel Macron, le Président semble de plus en plus s'enfermer avec ses plus proches, rejetant ainsi toute forme de critique interne au pouvoir.

Tour d'ivoire

Publié le
Macron : avalanche de difficultés pourtant (relativement) évitables

 Crédit PHILIPPE DESMAZES / AFP

Atlantico : Comment interpréter cette situation qui semble enfermer le président dans une tour d'ivoire au moment même ou une demande de "reconnexion" apparaît ?

Christophe Boutin : Les deux éléments du renforcement d’une « garde rapprochée » qui soit d’une fiabilité à toute épreuve et de la demande de reconnexion du pouvoir – président ou gouvernement - avec une certaine réalité semblent pouvoir être dissociés.

La « garde rapprochée » d’abord. L’élargissement qui a été la marque de fabrique du macronisme triomphant, sorte de trou noir attirant irrésistiblement dans son orbite les planètes voisines avant de les absorber purement et simplement, a sans doute atteint son maximum actuel. La seule possibilité qui resterait au Président serait de tenter l’absorption de tous ceux qui sont favorables au « projet européen » - entendons par là au renforcement d’une Union européenne fédérale - au travers par exemple de la constitution d’une liste commune qui attirerait aussi bien les PS – ou ce qu’il en reste à l’extérieur de LaREM – que les centristes encore présents à LR.

Mais qui dit liste commune dit aussi savante répartition des places, et au vu de ce que les sondages annoncent pour des listes isolées de centre-droit ou du PS, on peut se demander si une telle démarche serait vraiment utile, et ce d’autant plus que la lutte contre la montée populiste fédèrera de toute manière ces diverses entités.

Une fois donc stabilisée sur l’échiquier politique, une fois passé aussi l’élan initial de 2017, et une fois terminée l’année blanche, électoralement parlant, de 2018, reste maintenant pour le Président et son parti à se mettre en ordre de bataille pour les prochaines échéances, élections européennes de 2019 et élections locales de 2020, des élections auxquelles LaREM n’a, et pour cause, jamais participé. On comprend la nécessité d’y arriver non seulement « en marche » mais aussi et surtout « en ordre ».

Or des mouvements se font jour : au sein du parti, certains élus LaREM estiment que le glissement à droite de la politique menée serait trop important ; au sein du gouvernement, certains membres ont des états d’âme et le quittent (Hulot), ou pensent fortement à retrouver un jour prochain le charme d’une grosse mairie (Collomb). Frémissements seulement, mais l’on comprend la nécessité de placer des fidèles aux postes-clefs, et notamment, puisque sous la Cinquième la composition du gouvernement dépend du Chef de l’État, aux postes dont dépend le contrôle d’une majorité parlementaire appelée à voter les réformes en semaine et à en chanter les mérites dans les circonscriptions le week-end.

Revoir ainsi les fonctions n’est pas nouveau, ni propre à Emmanuel Macron, mais ce dernier court ainsi lui aussi un risque qu’ont bien connu ses prédécesseurs : négliger le fait que les parlementaires ont un contact direct avec le terrain, ce que ses conseillers n’ont pas, et ne pas tenir compte de leurs retours. Par le choix d’un entourage limité à quelques interlocuteurs fidèles se crée en fait peu à peu un phénomène de « cour » qui peut isoler le titulaire du pouvoir, celui-ci ne voyant plus que ce que l’on veut bien – ou ce que l’on ose encore – lui montrer. C’est le phénomène bien connu du « village Potemkine », quand règnent, pour reprendre la formule de Frédérique Dumas, qui vient de quitter laREM, les « technocrates hors-sol, voire cyniques »…

 
Commentaires

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  • Par J'accuse - 19/09/2018 - 09:24 - Signaler un abus Le parrain

    La politique, c'est comme la mafia: il faut plus se méfier de ses amis que de ses ennemis. Les problèmes de Macron ne viennent pas de l'opposition, mais de ceux à qui il a fait confiance. Il mourra d'une balle dans le dos, tirée par un de ses "fidèles".

  • Par vangog - 19/09/2018 - 09:39 - Signaler un abus Je crois, comme Charles Gave, qu’il ne finira pas son mandat...

    car la déception de ceux qui l’ont idéalisé et porté aux nues sera trop forte! Comme écrit le commentateur précédent, il sera assassiné par ses propres enfants...déjà, les médias volages commencent à tourner casaque...les propagandistes de BFM-TV, comme la bécasse Ruth El’Krieff, au sourire mièvre et à la voix de poissonnière hystérique, seront remplacées par des journalistes beaucoup plus pointus, qui n'hésiteront pas à critiquer le manque de résultats des réformettes, l’incompétence des ministricules...

  • Par Citoyen-libre - 19/09/2018 - 09:49 - Signaler un abus C'est une constante

    Après Sarkozy, puis Hollande et maintenant Macron, force est de constater qu'à chaque fois, ces plus hauts personnages de l'Etat, ont eu au moins besoin de 3 ans, dans la fonction, pour apprendre leur boulot. Aucun patron du CAC 40 ne peut prétendre à une telle mansuétude. Il se ferait virer au bout de 3 mois. Gagner une campagne électorale, à coup de marketing ne peut suffire à prétendre exercer la fonction de président de la République. Je crois qu'il y a là, un vrai problème.

  • Par Poussard Gérard - 19/09/2018 - 12:24 - Signaler un abus avec cette bande qui se permet de menacer les sénateurs

    étouffer des affaires, taxer et insulter les petites gens, favoriser les labos (11 vaccins en Suisse c'est 5)..la dictature est En Marche..

  • Par ombelline - 19/09/2018 - 16:49 - Signaler un abus Castaner

    J'ai egalement aussitot pensé que le désaveu de Castaner par Microleon était un pur coup de com. afin de montrer qu'il fallait arreter de s'acharner sur les retraités. Du grand art, mais un peu trop surjoué pour cinvaincre.

  • Par gerint - 20/09/2018 - 00:04 - Signaler un abus Macron accélére la dégringolade du pays

    On peut dire qu’il est là pour cela. Pas étonnant qu’il ait certaines difficultés

  • Par cloette - 20/09/2018 - 09:05 - Signaler un abus question

    finira-t-il son mandat ?

  • Par gerint - 20/09/2018 - 13:33 - Signaler un abus Cloette

    Oui il finira car il est blindé par les institutions

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Christophe Boutin

Christophe Boutin est un politologue français et professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie, il a notamment  publié Les grand discours du XXe siècle (Flammarion 2009)  et co-dirigé Le dictionnaire du conservatisme (Cerf 2017).

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