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Lyme : le grand bazar des tests de dépistage

Derrière les batailles très médiatisées, il y a de nombreuses personnes diagnostiquées négatives par les tests officiels, mais persuadées d’avoir contracté la maladie de Lyme. Des gens cherchant désespérément des méthodes alternatives qui pourraient confirmer leur maladie, ou pas. En tout cas, mettre fin à l’incertitude.

Quelle tactique ?

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Lyme : le grand bazar des tests de dépistage

C’est devant la justice, actuellement, que se discute la fiabilité des tests de dépistage pour Lyme, cette maladie transmise par les tiques. Une situation inédite et assez déroutante pour les scientifiques qui, comme moi, travaillent sur le sujet dans leur laboratoire de recherche.

Entre les tests homologués peu fiables, les tests non officiels peut-être plus fiables mais non évalués et les tests complètement fantaisistes défendus par des malades dans le désarroi, c’est… le grand bazar. Aiguillonnée par la demande légitime des patients, la communauté des chercheurs met désormais les bouchées doubles pour faire le tri parmi toutes ces méthodes et proposer le plus vite possible des tests efficaces.

La Cour d’appel de Colmar doit rendre aujourd’hui, le 14 décembre, son arrêt dans le procès des « rebelles » de Lyme. L'un des prévenus, pharmacienne, pratiquait dans son laboratoire d'analyses à Strasbourg une méthode de dépistage alternative dans cette maladie transmise par les tiques. Elle a été condamnée en première instance à 9 mois de prison avec sursis pour « escroquerie ». Au mois d’octobre, 130 patients regroupés dans un collectif baptisé Lymaction ont déposé plainte contre les laboratoires fabriquant les tests officiels auxquels ils reprochent leur manque de fiabilité. Autant dire que la question des tests, en France, suscite plus que des empoignades.

Derrière ces batailles très médiatisées, il y a de nombreuses personnes diagnostiquées négatives par les tests officiels, mais persuadées d’avoir contracté la maladie de Lyme. Des gens cherchant désespérément des méthodes alternatives qui pourraient confirmer leur maladie, ou pas. En tout cas, mettre fin à l’incertitude.

Un jeu de piste pour trouver où se loge la bactérie

Le défi, avec cette maladie encore en grande partie mystérieuse, est de trouver où, dans l’organisme, se loge la bactérie incriminée. Ou alors de repérer les traces qu’elle laisse durant sa migration depuis le point de piqûre vers d’autres parties du corps. Dans ce jeu de pistes, la bactérie semble être plus forte que les chercheurs. Pour le moment du moins.

La première voie, celle qui a été choisie pour les tests réglementaires, consiste à chercher dans le sang les anticorps déclenchés contre la bactérie par le système immunitaire du malade. Il s’agit des tests Elisa et Western Blot, validés par une conférence de consensus qui s’est tenu il y a dix ans, désormais très discutée. Ils sont proposés aux patients en cas de suspicion d’une maladie de Lyme et réalisés dans un laboratoire d’analyses. Ce sont des tests sérologiques, c’est à dire qui étudient le sérum, un constituant du sang.

Plusieurs bactéries pour une même maladie

Test Elisa, ici pour le virus HIV. Lab Science Career/Flickr, CC BY-NC-SA

Les tests sérologiques se heurtent à plusieurs difficultés. En France et ailleurs en Europe, la maladie de Lyme n’est pas due à une seule bactérie mais à plusieurs appartenant à cinq espèces différentes au moins, toutes du genre Borrelia. Pour mettre en évidence les anticorps produits par l’organisme au contact de ces bactéries, il faut donc utiliser des antigènes (les protéines de la bactérie reconnues par ces anticorps) qui puissent être reconnus quelles que soient les espèces bactériennes à l’origine de la maladie. Soit des antigènes communs à toutes ces bactéries, soit une combinaison d’antigènes qui couvre toutes les espèces de bactéries. Sauf que les fabricants de la vingtaine de tests sérologiques autorisés en France n’indiquent pas toujours les réactifs utilisés… Parfois leurs tests ne permettent de reconnaître que certaines bactéries, et on le sait. D’autres fois, on n’a pas cette information.

 
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Muriel Vayssier-Taussat

Muriel Vayssier-Taussat est microbiologiste à l'INRA.

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