Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Lundi 24 Novembre 2014 | Créer un compte | Connexion
Extra

Lutter contre les discriminations ? Encore faut-il savoir ce que recouvre le terme de "diversité"...

La diversité, un concept moderne et novateur, marqueur d’un début de XXIe siècle qui prend à bras le corps ses scléroses et rigidités mentales ? Faut voir...

All together but all different

Publié le

"Démarche volontaire d’une organisation qui vise à recruter et à conserver des employés appartenant à différents groupes sociaux (...) » (Konrad et al., 2006) ou encore « démarche managériale visant à faire évoluer les représentations pour éliminer tout comportement discriminatoire dans l’entreprise et instaurer une culture de la tolérance, qui permette l’inclusion de chacun avec ses apports et ses différences » (Bender, 2007), la diversité est un concept d’origine anglo-saxonne qui met principalement l’accent sur les enjeux économiques pour l’entreprise, ainsi que l’analyse AFMD*.

En France, l’Article 1er de la constitution française stipule que : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale.

Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances ».

 Aussi, comme l’indique Laure Perret (« La diversité des genres contribue-t-elle à la performance de l’entreprise ? ») : « D’une façon générale, la notion de diversité peine à trouver sa légitimité dans le contexte français de l’attachement à une vision uniformatrice et universaliste de l’égalité entre les individus, quels que soient leur sexe, leur religion, leur origine, etc. ». « Il y a un primat de l'unité en France » ajoute Jacques Demorgon (« Les cultures d’entreprises et le management interculturel »).

Catégories contre universalisme ? Individu contre communauté ? Le débat est ancien et va bien au delà du seul cadre de l’entreprise…

De Saint-Paul à Marx, une très rapide histoire de la diversité…

Au début étaient les Grecs… non pas ceux qui défraient aujourd’hui la chronique financière mais les anciens, ceux de la Philosophie et de la République.

Pour ces anciens grecs, le monde était assez simple : d’un côté les grecs, de l’autre les barbares. Ces derniers, à l’époque, ne sont pas nécessairement chevelus, habillés de peaux de bêtes et armés de gourdins : ce ne sont simplement que des… étrangers : le mot « bar-bar » désigne celui qui ne parle pas le grec et s’exprime de manière inintelligible aux grecs.

Arrive la révolution chrétienne avec Saint-Paul : « Il n'y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme, nous sommes tous frères dans le Christ » (Epitre aux Galates, Ga 3/28). Alain Badiou dans son « Saint-Paul », y a vu « La fondation de l'universalisme ». Le « geste inouï de Paul », au regard de son temps et de sa double culture (juif et citoyen romain), est effectivement de sortir la vérité de l’Homme de l’emprise communautaire, qu’il s’agisse d’un peuple, d’une cité, d’un Empire, d’un territoire ou d’une classe sociale, en posant les conditions d’une singularité universelle.

Pour Philippe Cibois (« Universalisme »), « Les mots de Saint-Paul semblent à ce point en phase avec les valeurs contemporaines qu’on pourrait voir dans le christianisme l’origine de la « diversité », au sens moderne du terme, qui veut la fin des discriminations supportées en raison du sexe, de l’âge, d’un handicap ou encore d’origines sociales ou ethniques… ». Nietzsche en faisait d’ailleurs reproche au christianisme qui avait selon lui répandu « le poison de la doctrine de l'égalité des droits pour tous » (L’Antéchrist p43).

Le concept de lutte des classes, décrit par Marx dans « Le Capital », revient, à partir d’une interprétation de la réalité sociale de son temps, sur cette vision de l’universalité : pour Marx, il y a polarisation de la société en deux classes rivales : les bourgeois capitalistes et les prolétaires. La singularité de chaque homme, telle que l’avait portée la tradition chrétienne, s’efface donc derrière les déterminismes des classes sociales. « Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c'est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience » (Marx, Critique de l'Economie politique, 1857). Cette même analyse sera plus tard le terreau intellectuel du féminisme radical, qui interprète comme une véritable lutte de classes les rapports entre hommes et femmes, faisant de chaque homme et de chaque femme des individus d’abord déterminés par leur sexe au sein de rapports dominants-dominées.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par golvan - 13/09/2012 - 11:11 - Signaler un abus @Atlantico

    Ca n'est pas faire offense au site Atlantico que de remarquer que les articles sont très inégaux en qualité. Une fois n'est pas coutume, celui-ci est très intéressant et fouillé. Le problème avec la notion de diversité c'est qu'elle a toujours existé, mais qu'au 20 ème siècle, en raison d'une sorte de pensée confuse à base d'universalité relativiste, toute manifestation d'une différence face à notre modèle culturel traditionnel a été considéré comme légitime et source de progrès. L'inconfort vécu par une grande partie de la population française actuelle tient à ce sentiment que les "élites" qui nous dirigent n'accordent aucune valeur à notre fond culturel commun, ou tout au moins ne le considèrent pas comme supérieur à celui des "entrants", et de ce fait détruisent le socle de ces valeurs occidentales qui ont permis de bâtir un contrat social. La pratique d'une religion exogène à l'Europe qui réclame de la visibilité et des droits spécifiques dans l'espace public européen n'est pas compatible avec ce contrat social, c'est un fait, mais qui a le courage d'en parler simplement en ces termes ? Tout le problème c'est que ce contrat a été déterminé sur les bases d'une culture commune

  • Par golvan - 13/09/2012 - 11:19 - Signaler un abus (suite)

    mais cette culture commune est globalement combattue depuis la moitié du 20 ème siècle par la pensée relativiste évoquée plus haut. Et face aux certitudes des "barbares" divers et variés qui réclament des droits au nom de leurs différences, nos "élites", elles-mêmes dans le flou le plus complet quant aux valeurs à défendre pour maintenir la stabilité du contrat social, n'ont aucune capacité à les défendre. D'où l'inconfort d'une grande partie des Français qui se sentent trahis et récusent la légitimité accordée sans limite à une sorte de diversité vécue comme hostile à l'identité commune, et parée de toutes les vertus.

  • Par HdT - 13/09/2012 - 15:46 - Signaler un abus @ golvan

    Il y a beaucoup de ce que vous écrivez, et même pas mal de ce que vous écrivez. Mais cela ne va pas encore assez loin. Bon début en tout cas.

  • Par carredas - 13/09/2012 - 16:02 - Signaler un abus En novlangue...

    Dans la novlangue diversité = non blancs, les non blancs africains étant plus représentatifs que les non blanc asiatiques, chacun peut le constater en regardant la télévision ou le foot... En novlangue, la diversité n'est pas une option mais c'est une chance et un enrichissement. Alors bien sûr, les femmes, les handicapés, les vieux subissent parfois des discriminations mais elles ne portent pas sur la couleur de la peau, elles donc donc beaucoup moins graves ! La novlangue va tellement vers l'autre en ce qu'il a de différent que l'autre en ce qu'il a de semblable devient fade et sans intérêt ce qui a tendance à affaiblir le groupe d'origine des semblables, bien sûr...! La novlangue va vers l'autre différent, mais n'exige pas la réciprocité, ce qui- en y réfléchissant bien- est une forme de supériorité non assumée ou de suicide collectif... La novlangue navigue entre la mondialisation et la spécificité régionale, elle ne se reconnait pas dans les nations et leurs caractéristiques trop "auto-centrées" L'appartenance à un groupe est pourtant un des sentiments les plus forts chez les humains mais se revendiquer d'une identité nationale relève du suicide politique en novlangue...

  • Par ghislfa - 13/09/2012 - 18:20 - Signaler un abus HdT a écrit

    "@ golvan Il y a beaucoup de ce que vous écrivez, et même pas mal de ce que vous écrivez. Mais cela ne va pas encore assez loin. Bon début en tout cas." Tel Pierre Dac, je serais tenté d'ajouter ... "et inversement" Il est vrais que le début évoqué apparaît très nébuleux ... sauf au moment où il est question de l'interdiction de la pratique d'une religion qualifiée d'exogène. La liberté de culte n'est-elle pas inscrite dans notre constitution?

  • Par golvan - 13/09/2012 - 19:41 - Signaler un abus @ghisifa

    Si la liberté de culte est écrite dans la constitution, la soumission de l'espace public européen à une religion extra-européenne qui revendique des droits incompatible avec l'évolution des moeurs européennes ne l'est pas. Ceci dit je prenais la religion comme exemple, mais le domaine des moeurs, où le simple désir d'une infime minorité homosexuelle est censée incontournable au point de modifier la notion de mariage, est également un exemple intéressant. Mais cher ghisifa vous faites peut-être partie de cette gauche relativiste qui voit dans tout changement un progrès ?

  • Par kettle - 13/09/2012 - 20:50 - Signaler un abus "diversité"

    L'Europe se portait mieux sans elle.

  • Par beatabeatrice - 14/09/2012 - 12:25 - Signaler un abus Merci et bravo pour cet éclairage

    Merci pour cet article que je trouve remarquablement éclairant: cette notion de diversité fait partie de ces mots à forte acceptabilité sociale, dont on se repaît sans prendre le temps d'en comprendre l'origine et la portée. Et j'apprécie aussi votre éclectisme culturel: unir dans un même texte des références pauliniennes et marxistes m'enchante...! On progressera par l'intelligence, la paix est au bout

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Antoine de Gabrielli

Antoine de Gabrielli est dirigeant de Companieros, fondateur de l'association Mercredi-c-papa et initiateur du projet Happy Men. Blogueur sur la question de l'égalité professionnelle entre hommes et femmes (www.mercredi-c-papa.com), il est également membre de la Commission égalité professionnelle du Medef, de la Charte de la Diversité, de l'Association Française des Managers de la Diversité (AFMD) et du Club XXIème siècle qui œuvre pour l'intégration républicaine. Suivez Antoine de Gabrielli sur Twitter : @happy_men_fr ou @adegabrielli 

Voir la bio en entier

En savoir plus
Je m'abonne
à partir de 4,90€