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Luc Ferry : "Pour la première fois de son histoire, la gauche ne semble pas ignorer la réalité des chiffres sur l'échec scolaire"

François Hollande a présenté cette semaine les grands axes de sa politique d'éducation. La vision du philosophe Luc Ferry, ex-ministre de l'Education nationale.

L'école est finie ?

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Luc Ferry : "Pour la première fois de son histoire, la gauche ne semble pas ignorer la réalité des chiffres sur l'échec scolaire"

Pour Luc Ferry, "la suppression de la formation des maîtres en 2008 était une absurdité, la remettre en place est juste indispensable".  Crédit Reuters

Atlantico : Vincent Peillon a dévoilé les grandes lignes de son projet de refondation de l’école : semaine de 4,5 jours, devoir à l’école, limitation du redoublement, notations de niveau et pas de sanctions. Dans l’ensemble, ces mesures sont-elles innovantes ? Constituent-elles une véritable « refondation de l’Ecole » ?

Luc Ferry : On peut lire les annonces de Vincent Peillon de deux manières différentes. On peut, c’est ce que feront les « néorépublicains » nostalgiques de la troisième république, dire que  « tout fout le camp » : « plus de notes, plus de devoirs, plus de redoublement !  C’est la baisse du niveau assurée dans le droit fil de l’idéologie pédago années 70 » diront-ils.

Je crois que cette lecture polémique cache l’essentiel, à savoir malgré tout, le retour du bon sens : la suppression de la formation des maîtres en 2008 était une absurdité et la remettre en place est juste indispensable. Qui peut sérieusement défendre l’idée qu’on lâche dans la nature de tout jeunes enseignants sans la moindre formation ? Personne. Parmi les autres bonnes choses, il faut citer encore : le retour de la semaine de 5 jours, l’accent mis enfin sur l’école primaire avec, notamment, le projet de mettre plus de maîtres que de classes pour  lutter enfin sérieusement contre l’illettrisme, la limitation des redoublements à l’essentiel, et le rétablissement, lui aussi totalement nécessaire, d’un lieu où l’on conçoit et fabrique les programmes. J’ajoute que pour la première fois de son histoire, la gauche part d’un diagnostic correct des difficultés : elle admet enfin, après l’avoir nier pendant des années, que le nombre de sorties sans diplôme ni qualification tourne autour de 150.000 élèves par an, chiffres que certains de mes prédécesseurs s’acharnaient à dissimuler pour éviter d’affronter la question de l’échec scolaire. Tout cela va plutôt dans le bon sens...

L’une des mesures les plus originales est la scolarisation des moins de trois ans dans les zones difficiles. Enseigner les valeurs de l’école aussi tôt peut-il faire revenir le respect de l’institution qui semble disparaître ?

Ce n’est pas essentiellement une question de valeurs morales, mais de « délocalisation » si j’ose dire : on sait que dans les milieux où les parents parlent mal ou peu le français, où les livres et la culture scolaire sont absents, les retards s’accumulent très vite et qu’il est bon de sortir le plus tôt possible les enfants de leur famille pour les immerger dans le bain de l’école. Cela dit, il faut faire quand même attention : à deux ans, ce sont encore des bébés. La scolarisation des moins de trois ans doit rester une exception...

Les notes « de niveau » plutôt que les notes de sanctions ne sont-elles pas une façon de déguiser une hiérarchie de réussite naturelle des élèves qui apparaîtra de toute façon ?

Je n’ai jamais été favorable à la suppression des notes. Du reste,la plupart du temps, comme en Allemagne où aux USA, on rétablit aussitôt une forme de notation : A,B,C, D, E, et puis A+, A-, B+, B-, etc. ce qui revient exactement au même. Ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on arrange les choses. Se priver des notes, c’est parfois se priver du moyen de faire comprendre aux parents qu’il y a un problème, qu’ils doivent aussi se mobiliser pour aider leurs enfants à réussir leur parcours scolaire. Une baisse de note soudaine peut être en outre le signe d’une difficulté extrascolaire qu’il faut parfois prendre en compte dans l’urgence....

Il apparaît que certains élèves qui arrivent en 6ème ne savent ni lire ni écrire, cependant des études ont montré que le redoublement était facteur de frustration voire d’échec scolaire définitif. Comment fait-on quand certains fondamentaux ne sont pas acquis ?

Dans ses premières interventions, François Hollande a eu le courage de dire, et c’était une première à gauche, que 35% des élèves arrivaient en 6ème en difficulté de lecture. Ce chiffre a été occulté volontairement par nombre de mes prédécesseurs qui craignaient de choquer le milieu scolaire. Alors, bien sûr, il faut nuancer : dans ces 35% il y a des degrés, depuis l’analphabétisme proprement dit (environ 7%) et les difficultés de lecteurs simplement trop lents pour lire un texte par plaisir et en comprendre le sens. Un autre chiffre est terrible : 80% des enfants qui n’apprennent pas à lire au CP n’apprennent jamais à lire. C’est donc bien au primaire, Vincent Peillon a raison, qu’il faut faire porter l’effort. Pour autant, mettre un examen à l’entrée en 6ème n’a aucun sens : d’abord parce qu’on ne sait pas ce qu’on fera des élèves recalés qui vont peu à peu former une espèce de « retenue », de barrage intraitable, mais surtout parce que c’est beaucoup beaucoup trop tard. A la limite, c’est en CE1 qu’il ne faut pas laisser un élève aller en CE2 tant qu’il ne sait pas bien lire et pour se donner les moyens d’y arriver, il faut dédoubler les CP difficiles. 

Propos recueillis par Jean-Baptiste Bonaventure

 
Commentaires

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  • Par gdv - 12/10/2012 - 07:10 - Signaler un abus Peut mieux faire !

    Monsieur Luc FERRY, J’aime vos articles et vos analyses mais sur le sujet on attend plus de vous. Bien sûr vous habitez sur la place du village comme dit notre ami « Luchini » mais pouvez-vous vous contenter d’un système scolaire qui se contente de perpétuer les différences sociales. Ils me semblent que vous baissez les bras. Le système actuel est désespérant car il est porteur d’une profonde médiocrité, la gauche actuelle contrairement à celle animée par Jules renonce à toutes ambitions dans ce secteur. On refuse la sélection des enseignants et on camoufle celle des élèves dans un discours « bisous nounours » à vomir. Ce faisant on consacre l’idée que l’innée prend définitivement le dessus sur l’acquis. Reconstituons une sélection de haut niveau pour les maîtres en l’associant à un salaire de haut niveau, créons des challenges professionnels excitants pour les enseignants, donnons-leur de la liberté, n’ayons pas peur des sanctions et des licenciements. Tout le monde sait qui sont les bons profs, tout le monde sait l’apport majeur qu’ils apportent à une société, payons-les comme des cadres de haut niveau, conservons-les et virons les autres.

  • Par carredas - 12/10/2012 - 07:41 - Signaler un abus Echec scolaire symptôme de quoi...?

    Encore une fois, ce qui ressort c'est que les difficultés des enfants viennent essentiellement du milieu familial dans lequel ils vivent, bien plus que du milieu scolaire et de ses faiblesses. Scolariser des bébés de deux ans pour qu'ils échappent le plus tôt possible à un milieu où les parents parlent peu ou pas du tout le français est une aberration et déresponsabiliser les parents un abus de pouvoir. Ce sont les adultes qui arrivent sur le territoire français qui doivent être instruits à minima, qui doivent suivre des cours pour maîtriser la langue et connaître les codes de notre société. Une population immigrée qui n'a pas de qualification professionnelle, qui ne parle pas notre langue, qui intervient sur le niveau global de l'enseignement à travers des enfants en difficulté scolaire et qui génère une classe au mieux pauvre au pire délinquante, il est temps de cesser l'hypocrisie...

  • Par sandhom - 12/10/2012 - 08:25 - Signaler un abus @carredas

    +100 C'est du bon sens.

  • Par colomba - 12/10/2012 - 09:20 - Signaler un abus Monsieur FERRY

    Si certainsattendent plus de vous , je ne fais pas partie de ceux ci j j'ai compris , depuis longtemps, que vous n'ètes pas objectif,que comme Bayrou vous vous appliquez à donner des bons-points à la gauche et que le mondain,que vous ètes distille (peu habilement) son venin contre Sarkozy.

  • Par Ravidelacreche - 12/10/2012 - 10:11 - Signaler un abus Dédoublement ou Redoublement ? subtile nuance

    A la limite, c’est en CE1 qu’il ne faut pas laisser un élève aller en CE2 tant qu’il ne sait pas bien lire et pour se donner les moyens d’y arriver, il faut dédoubler les CP difficiles. Il ne redouble pas mais change de classe pour recommencer ?

  • Par brennec - 12/10/2012 - 10:58 - Signaler un abus Décevant

    Monsieur Ferry aurait il gardé un petit biais de son passage au ministère? En ce qui concerne l'apprentissage de la lecture se poser la question de la méthode serait sans aucun doute plus efficace que de multiplier les instituteurs. La France est un des pays d'europe qui dépense le plus pour l'éducation avec des résultats bien médiocres, en rajouter une couche sera-t-il efficace? Concernant la 'formation des maitres' les IUFM on démontré leur nocivité. Pendant des décennies les professeurs ont enseigné avec pour formation une licence dite d'enseignement, ont-ils failli? Il est vrai que les circonstances on changé, en ce temps la ils enseignaient et ne prétendaient pas éduquer.

  • Par mai2012 - 12/10/2012 - 12:12 - Signaler un abus Luc Ferry

    Ma plus grande déception de ces deux dernières années. Lui que j'ai écouté avec assiduité quand il était face à Julliard sur LCI m'a déçu quand il a commencé à tourner sa veste. Ses passages intensifs dans les médias lui ont donné la grosse tête. Il a eu tellement peur d'être mis au placard quand il a fait certaines allusions sur Canal au moment de l'affaire DSK que maintenant il donne des gages pour qu'on l'invite encore. Bof !

  • Par MEPHISTO - 12/10/2012 - 14:13 - Signaler un abus Variable en fonction de la position présente

    Majoritaire , la Gauche est consciente des difficultés du pays et du terrain et la conjoncture actuelle lui sert d ' alibi pour prendre des décisions inadéquates. par contre , dans l ' opposition, elle ignore totalement tous ces faits de sociétés et accable toujours le pouvoir en place. on appelle cela : de la mauvaise foi

  • Par cloberval - 12/10/2012 - 16:08 - Signaler un abus c'est du délire

    A moins que grillé à droite Ferry se recentre à gauche. On nie toute autorité, toute hiérarchie ou différence des intelligences, toute valeur du travail ajoutée par les parents et le personnel lui-même, on fonctionnarise on pédagogise, on dépense et c'est tout !

  • Par chris05 - 12/10/2012 - 19:30 - Signaler un abus DROITE MOLLE

    Luc ferry fait Partie des gens de droite qui se sont fait avoir par une pensée de gauche faussement humaniste .Celui-ci prétend qu’il est stupide de faire passer un examen pour entrer en 6e mais faire poursuivre des études à des enfants n’ayant pas le niveau nécessaire c’est aussi les enfoncer définitivement dans un échec prévisible et les condamner à être sans qualification, sans diplôme et à être d'éternels chômeurs !

  • Par urbigen - 12/10/2012 - 20:55 - Signaler un abus Du bon sens mais tout reste à faire

    De mettre l'accent sur le primaire, de former sur un plan pratique nos enseignants, et accepter les enfants de moins de deux ans en maternelle OUI c'est du bon sens! L'acquisition de la lecture est le fondement même de notre pacte républicain nous ne pouvons qu'être d'accord et cela au delà des clivages ideologiques. Du mieux voila ce qui decrit le plan veillon mais quid des réformes structurelles: professeur chevronné dans les zones prioritaires, soutien scolaire, réforme des programmes, la revalorisation des salaires plus que le recrutement sans discernement, la prise en compte de l'apprentissage, la valorisation de la formation professionnelle...

  • Par Gilles - 13/10/2012 - 09:19 - Signaler un abus On attend....

    Ce guignol n'a toujours pas dévoilé l’identité du ministre impliqué dans la partouze bleue de Marrakech.

  • Par boblecler - 13/10/2012 - 10:05 - Signaler un abus La gauche prend les mesures

    La gauche prend les mesures adéquates puisque les 40 milliards d'euro nouveaux d'impôts sur 5 ans vont permettre la baisse de l'endettement de 200 milliards soit 6 milliards d'intérêt par an. Ferry est coupable de négligence pour ne pas avoir remis les méthodes de lecture syllabique, seules à même de régler les problèmes des 20% d'élèves à l'école primaire qui ne savent pas lire. Pour la dyscalculie et les autres troubles, il suffit de baser l'apprentissage sur la répétition. Comme pour l'informatique ou internet, il suffit que les jeunes sachent compter pour utiliser l'outil car l'apprentissage n'anticipe pas les mutations technologiques que les jeunes rencontreront 20 à 30 ans plus tard. Pour ce faire il faut enseigner la trigonométrie, l'analyse vectorielle en 6 ième, les jeunes s'ennuient et ils décrochent! il faut que les jeunes aient plus d'heures de cours en primaire et au collège pour leur permettre d'affronter le lycée et l'université. Il faut que les parents s'occupent des devoirs et pour mettre tout le monde à égalité, le par coeur!!!!

  • Par brennec - 13/10/2012 - 20:22 - Signaler un abus Pas rèver

    Les 40 milliards d'impots supplémentaire ne vont pas réduire la dette de 200 milliards sur 5 ans, il vont simplement ralentir l'endettement de la france, et peut être même pas car ils vont provoquer une recession qui diminuera les recettes.

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Luc Ferry

Luc Ferry, philosophe et homme politique français, a été ministre de la Jeunesse, de l’Éducation et de la Recherche en 2002, dans le gouvernement Raffarin. Il est président délégué du conseil d'analyse de la société depuis 2004.

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