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Loïk Le Floch-Prigent : "L’écologie, c’est le respect du vivant, pas une doctrine avec des gourous"

Dans son nouveau livre, ""Il ne faut pas se tromper : Pour en finir avec les idées reçues sur l'énergie et l'industrie", Loïk Le Floch-Prigent plaide pour que les enjeux industriels liés à l'énergie soient remis dans les mains des ingénieurs, pas des économistes ou des responsables politiques.

Ayatollah

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Loïk Le Floch-Prigent : "L’écologie, c’est le respect du vivant, pas une doctrine avec des gourous"

 Crédit William EDWARDS / AFP

Atlantico : Vous venez de publier "Il ne faut pas se tromper : Pour en finir avec les idées reçues sur l'énergie et l'industrie" (Elytel Editions). Selon vous, la France souffrirait aujourd'hui selon vous d'aboulie en matière de politique industrielle et énérgétique. Quel est la nature de ce mal qui nous touche ?

Loïk Le Floch-Prigent : L’aboulie c’est une inaptitude à prendre une décision puis à passer à l’acte. Nous avons passé cinq années à souffrir de cette maladie, et elle dure encore… Si nous désirons disposer d’une industrie solide, il faut le décider et le faire, et, en premier lieu, lors des orientations énergétiques du pays, s’assurer de la provenance nationale des matériels préconisés. On se sépare de notre industrie hydraulique, on achète du matériel chinois et l’on déclare vouloir promouvoir les énergies renouvelables… ainsi on déclare soutenir l’industrie française tout en la détruisant.

Vouloir quelque chose et son contraire, c’est le propre de l’aboulique.

Afin de comprendre quels sont les enjeux industriels liés à l'énergie pourquoi affirmez-vous qu'il vaut mieux être ingénieur qu'économiste ?

En matière d’énergie les économistes se trompent régulièrement car ils ne veulent pas s’astreindre à comprendre les réalités de la production. Ainsi on n’arrête pas de dire que les coûts des énergies « nouvelles » baissent, ce qui est vrai, mais on veut ignorer qu’elles ne fonctionnent que de façon intermittente tandis que le consommateur, lui, en a besoin quel que soit le temps ! Ils affichent ensuite des espoirs sur le stockage électrique qui ne sont que des hypothèses et en déduisent la possibilité de satisfaire la demande dans de bonnes conditions sans faire appel aux énergies fossiles. C’est ignorer, entre autres, les lois de la thermodynamique, les lois de l’électricité, les réalités de la production et de la maintenance, tout ce que les ingénieurs et les techniciens vivent tous les jours. Heureusement, la numérisation va accélérer les possibilités de simulation du fonctionnement électrique et les économistes vont devoir assimiler comment fonctionne l’électricité et ce que recouvre leur concept de « marché de l’électricité » européen.

"Vouloir absolument considérer le changement climatique comme la priorité pour tous les habitants de la planète est aberrant", fustigeant une "foi" irrationnelle dans la doxa écologiste. L'énergie renouvelable est irréaliste selon vous, le nucléaire est indispensable. Pourtant  le fait qu'un pays très industrialisé comme la Chine se sente obligé de changer radicalement de cap ou une grande puissance comme l'Allemagne ou le Japon tourne le dos au nucléaire ne vous semble pas au contraire un indice marquant d'une vraie nécessité d'adaptation de nos économies à une forme plus écologique ?

Ma position est plus nuancée, heureusement ! Je veux revenir aux sources de l’écologie, « penser globalement et agir localement ! » Le fait d’avoir un objectif mondial n’implique pas que tous les pays doivent coller à un fonctionnement unique qui serait le « bien » opposé au « mal ». Chaque pays doit réaliser son compromis lui permettant de se développer tout en minimisant la portée « carbone » de ses décisions. Avec le nucléaire en France nous sommes les bons élèves du point de vue carbone, mais nous estimons que nous polluons trop nos villes, tandis que d’autres redoutent les pièges actuels et futurs du nucléaire… On voit que la situation est compliquée chez nous, elle l’est dans tous les pays, mais différemment. Cette diversité de problèmes et donc de solutions il faut l’accepter. L’Afrique a une nécessité vitale de s’électrifier, elle peut intégrer la nécessité bas carbone, elle ne peut pas en faire la priorité. C’est une évidence que les idéologues ont du mal à accepter. L’Allemagne a condamné le nucléaire et a favorisé le charbon et la lignite, donc le carbone, le Japon a souffert du nucléaire, mais a encore plus peur de la dépendance énergétique, donc revient au nucléaire, la Chine veut diminuer la pollution des villes, elle pousse toutes les solutions autres que le charbon, en particulier le nucléaire… tout en maintenant la production électrique à base de charbon hors des villes, mais en faisant des progrès techniques qui en limitent les émissions. Chacun fait ses choix, il n’y a pas de gouvernement de la planète, et dans certains pays il n’y a pas de gouvernement unique. Tous les pays ne fonctionnent pas comme le notre. L’écologie c’est le respect du vivant, ce n’est pas une doctrine avec des gourous.

 
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  • Par L.Leuwen - 21/07/2018 - 12:07 - Signaler un abus Bon sens

    M. Le Floch-Prigent montre que le bon sens n'a pas disparu du pays. Vendre Alstom et promouvoir les énergies vertes qu'Alstom savait faire est une des absurdités de nos gouvernants. Et Macron fait comme les autres. On a moqué l'Etat et sa manie du meccano industriel. Il faut le regretter aujourd'hui et revenir à un Etat stratège.

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Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent est ancien dirigeant de Elf Aquitaine et Gaz de France, et spécialiste des questions d'énergie.

Ingénieur à l'Institut polytechnique de Grenoble, puis directeur de cabinet du ministre de l'Industrie Pierre Dreyfus (1981-1982), il devient successivement PDG de Rhône-Poulenc (1982-1986), de Elf Aquitaine (1989-1993), de Gaz de France (1993-1996), puis de la SNCF avant de se reconvertir en consultant international spécialisé dans les questions d'énergie (1997-2003).

Dernière publication : Il ne faut pas se tromper, aux Editions Elytel.

Son nom est apparu dans l'affaire Elf en 2003. Il est l'auteur de La bataille de l'industrie aux éditions Jacques-Marie Laffont.

En 2017, il a publié Carnets de route d'un africain.

 

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