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Loi Travail ou loi El Khomri ? Le détail sémantique qui suffit à faire changer d’avis les Français dans les sondages

Depuis la fuite du projet de loi El Khomri, les sondages se sont multipliés pour savoir si les Français s'opposaient ou non à ce texte. En dépit des manifestations et des mobilisations à l'encontre de la loi Travail, l'avis des Français reste très changeant d'un sondage à l'autre. Et pour cause... la question fait la réponse !

Nous afons les moyens de fous faire parler

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Outre l'impact de la formulation, quelle est la part de méconnaissance du texte dans un tel écart ? In fine, faut-il s'attendre à ce qu'une fois le texte officiel dévoilé, les avis évoluent ?

C'est effectivement un élément à prendre en compte. Néanmoins, nous sommes tout de même dans le cadre d'une loi contre laquelle les Français sont opposés et portée par des ministres en qui leur confiance est fragilisée. 

Bien évidemment, si on a confiance en Manuel Valls et en Myriam El Khomri, le regard porté sur le projet de loi aura une influence sur la réponse qui sera fournie.

L'inverse est aussi vrai. Tout l'enjeu est de savoir le sentiment que peuvent avoir les Français : est-ce qu'ils estiment qu'on leur raconte un récit qui a vraiment évolué ? Est-ce que la concertation a vraiment été efficace ? Cen sont des éléments essentiels dans la formulation de la réponse.

La méconnaissance éventuelle du projet peut jouer un rôle, oui, en cela qu'elle permet la construction d'un avis, lequel influencera la réponse, qu'il soit fondé ou non. La question, in fine, c'est de savoir si une évolution de la communication du gouvernement peut faire bouger ces positions où si ceux qui portent la réforme ne disposent plus d'assez de capital confiance pour être écoutés.

Au delà de la simple question de la loi El Khomri, qu'est-ce que cet impact de la formule et de la réthorique traduit de notre société, de la politique d'aujourd'hui ? Quelle utilisation en font nos élites ?

"Mon ennemi c'est la finance" ; "La République rattrapera les délinquants" ; "Je n'aime pas l'argent" sont autant de formules rhétoriques que nos politiques utilisent ou ont utilisé et qui soulignent l'importance des mots. On les retrouve évidemment dans les sondages, mais dans les discours aussi, dans les questions.

Il y a clairement, dans notre société contemporaine, une prime au discours. Celui-ci n'a pas nécessairement à être suivi d'actes, et ce n'est pas grave : ce qui est important c'est de tenir une prise de parole susceptible de faire vibrer, qui fait écho. Parler d'inversion de la courbe du chômage ce n'est pas la même chose que de parler de la réduction du nombre de chômeurs. Indéniablement, le discours a aujourd’hui une importance en politique, même s'il est difficile de la quantifier.

Comment est-ce que le citoyen pourrait se ré-approprier ce pouvoir de la formulation, ou en moins s'en protéger ?

Il est primordial de rester critique et d'observer de manière calme et posée les différents enseignements des sondages. Comme dans chaque domaine, il est important d'être à la fois attentif et méthodique : regarder les commentaires, questionner le sérieux de l'institut, et caetera. Fondamentalement, ne pas tout prendre pour argent comptant.

C'est valable pour ce type de sondages, mais c'est également valable pour l'appréciation qu'il est possible de se faire sur d'autres types : les intentions de vote, l'opinion, entre autres. Les éléments de formulation de questions sont également essentiels, pour comprendre le sens de celles-ci. Apprécier Alain Juppé ne signifie pas nécessairement lui faire confiance, être prêt à lui accorder un vote, à la primaire ou à la présidentielle. Ces éléments, selon la lecture du sondage, peuvent-être perçus de manière différentes et il faut y faire attention.

 
Commentaires

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  • Par J'accuse - 16/03/2016 - 10:43 - Signaler un abus Manipulations

    Les sondeurs n'ont que l'obligation d'utiliser des méthodes statistiques éprouvées pour valider leurs sondages, mais on passe toujours à côté de la formulation des questions, qui oriente les résultats dans le sens voulu et les fausse entièrement. D'une façon générale, le sondage est étudié pour permettre au client qui le paye (journal, association,...) de pouvoir interpréter les résultats à sa façon : questions ambiguës, choix de réponses orientés, jeux sur les ignorances des sondés, etc. On peut ainsi créer des sondages "démontrant" une chose et son contraire auprès des mêmes personnes.

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Jean-Daniel Lévy

Jean-Daniel Lévy est directeur du département politique & opinion d'Harris Interactive.

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