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La logique révolutionnaire du féminisme face à la domination masculine

Le féminisme dépasse le simple cadre de l'émancipation des femmes. Cette idéologie cherche à transformer le monde face à la domination masculine quitte à en emprunter les codes. Extrait du livre "Libérons-nous du féminisme" de Bérénice Levet, publié aux éditions de l'Observatoire (1/2).

Bonnes feuilles

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La logique révolutionnaire du féminisme face à la domination masculine

 Crédit DOMINIQUE FAGET / AFP

Le féminisme, une idéologie

 

Il est essentiel de comprendre que le féminisme n’est pas qu’« un mouvement social ayant pour objet l’émancipation de la femme, l’extension de ses droits en vue d’égaliser son statut avec celui de l’homme, tout particulièrement dans les domaines juridique, politique, économique », selon la définition du dictionnaire. Il est porté par un dessein autrement révolutionnaire, il entend faire table rase du passé et précipiter l’avènement d’un monde qui ne ressemblerait en rien au monde dont nous héritons.

Des protestations, des écrits, des actes en faveur des femmes, venant des femmes elles-mêmes mais non moins des hommes, il y en a eu tout au long des siècles. Ce qui est nouveau avec la naissance du féminisme comme mouvement politique, au début du xixe siècle, c’est précisément cette dimension d’idéologie, de « petit livre rouge », de grand récit – où, ainsi que l’a noté Jean-François Lyotard (Cf. Jean-François Lyotard, Le Postmoderne expliqué aux enfants, Éditions Galilée, 1986), c’est le futur à faire advenir qui vient légitimer les revendications et les pratiques.

Le féminisme s’inscrit dans la logique révolutionnaire de la tabula rasa, de la transformation du monde. La Révolution française marque en effet un changement décisif dans les esprits, elle inaugure l’ère du prométhéisme politique, elle introduit l’idée qu’il appartient aux hommes (au sens générique) de changer le monde, de régénérer l’humanité, de hâter la fin de l’histoire. Depuis l’Antiquité, la philosophie, la religion, les moralistes aiguillonnent l’homme dans le sens de la plus vigoureuse maîtrise de soi, du plus strict contrôle de ses bas instincts et de ses passions ; ensemble, ils l’encouragent à « se réformer », ce mot fort prisé au xviie siècle. Mais l’idée, centrale dans le marxisme, d’une autorédemption de l’homme est inconnue jusqu’au xviiie siècle, la conscience de la finitude humaine est vive. Il appartient à Dieu seul de sauver l’homme. On le corrige, on le perfectionne, on l’amende, mais on ne le régénère pas. 

Comme tous les systèmes en « -isme », le féminisme se présente et fonctionne comme une idéologie, au sens qu’Hannah Arendt a attaché à ce mot dans que Les Origines du totalitarisme : « Une idéologie, écrit la philosophe, est très littéralement ce que son nom indique : elle est la logique d’une Idée. »

Cette Idée, à partir de laquelle le féminisme va dévider tout le fil de l’histoire des femmes, est celle de la domination masculine. À partir de cette prémisse tenue pour un axiome, l’idéologie déduit tout le reste, proposant ainsi un récit d’une cohérence qui « ne se rencontre nulle part dans la réalité ». Le réel doit y entrer de gré ou de force. Mais c’est par là qu’il exerce sa séduction, le récit idéologique offre en effet ceci de formidablement réconfortant pour l’esprit humain : il « permet de tout expliquer jusqu’au moindre événement ».

 
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Bérénice Levet

Bérénice Levet est philosophe et essayiste. Auteur entre autres de La théorie du Genre ou le monde rêvé des anges (avec une préface de Michel Onfray), du Crépuscule des idoles progressistes et Libérons-nous du féminisme (éditions de l’Observatoire) qui vient de paraître.

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