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Lobbying et influence à tous les étages : ces géants du web qu’on pourrait tout aussi bien appeler désormais des poids-lourds politiques

Les grandes entreprises de la tech n'ont jamais dépensé autant d'argent pour faire du lobbying. Une stratégie à court terme pour éviter les sanctions, et à moyen et long termes pour imposer plus facilement leur vision du monde. Regards croisés de Bernard Benhamou et Franck DeCloquement.

5e pouvoir

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Lobbying et influence à tous les étages : ces géants du web qu’on pourrait tout aussi bien appeler désormais des poids-lourds politiques

Atlantico : Les grandes entreprises de la tech n'ont jamais dépensé autant d'argent pour faire du lobbying, le champion toute catégorie en la matière étant Google. Comment expliquer cette hausse ? Est-ce que la transversalité de ces entreprises serait une explication suffisante ?

Bernard Benhamou : Suffisante peut-être pas, mais c'est vrai. Il y a deux choses. D'abord le fait que ces entreprises ont bondi en termes de croissance et de capitalisation de manière considérable ces dernières années.

Par définition, leurs sujets sont devenus des sujets qui touchent à la totalité des secteurs économiques. On peut citer Amazon qui a racheté WholeFood. On peut dire qu'aucun secteur n'est pas touché directement ou indirectement par eux.

Sécuriser le  champ de leur régulation et du politique au sens large est d'autant plus indispensable. Ils ont intérêt à s'inscrire dans tous les secteurs de la régulation. Depuis la régulation bancaire en passant par la sécurité, ou encore par l'opinion (et donc la liberté d'expression). Apple permettra bientôt l'échange d'argent de personnes à personnes à travers Apple Pay. Par définition, toute la régulation fiscale et bancaire devra se pencher sur ces questions et l'entreprise se préoccupe déjà de l'impact et de l'image qu'elle aura auprès des différents régulateurs.

Et là on ne parle que de la partie émergée de l'iceberg.  On se rend bien compte que la sécurité juridique et politique de ces entreprises devient un de leurs axes stratégiques. Eric Schmidt, PDG de Google de 2001 à 2011, était clair dans son livre. Il disait que les Etats étaient relativement inefficients et que par définition  les sociétés comme la sienne avaient vocation à les remplacer dans les secteurs clés.

Le symbole absolu de cela, qui n'est évidemment pas encore certain, c'est la possibilité de voir un Zuckerberg se présenter à l'élection de 2020. On voit bien que l'on a changé d'époque et que le pouvoir que lui donne Facebook pourrait constituer un levier (comme Palantir avec Trump) pour atteindre ce but éventuel. Si le scénario se confirme, il disposerait d'un trésor de données sur les individus que personne avant lui n'a pu avoir.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 03/09/2017 - 10:25 - Signaler un abus Le vieux réflexe gauchiste de la régulation!

    Face à tout problème, le gauchiste pense aussitôt "normes, contraintes et taxes"! Sachez M. Benhamou, de la "souveraineté digitale" qu'il existe d'autres solutions face aux monopoles que vos amis gauchistes ont laissé se développer impunément. Et la solution, c'est...la concurrence! Construisez un cadre européen (oui, je sais! Il y a du boulot...) favorable à la création des entreprises digitales capables de concurrencer ces géants américains. Non seulement, ils copieront très rapidement des génériques, mais ils risquent de créer de nouveaux géants (que les americains ne se gêneront pas, eux, de copier, s'ils ne peuvent les absorber...). Avant cela, il faudra virer les écolo-reacs et autres neo-trotskistes qui ont envahi les instances europeistes, afin de rendre un peu de liberté à cette pauvre UE entravée de normes et contraintes...

  • Par vangog - 03/09/2017 - 10:31 - Signaler un abus Ah oui, je précise: la perte d'identité est un repli!

    Demandez à n'importe quel psychiatre à quoi ressemble un humain en perte d'identité, et si c'est un progrès pour lui? il vous rira au nez, et vous demandera si vous considérez que la dépendance est un progrès? L'identité créatrice est un progrès, contrairement à ce que suggèrent les idéologues de la dilution mondialiste...

  • Par gerint - 03/09/2017 - 18:41 - Signaler un abus On sait bien que l'UE a été modelée par Les USA

    et qu'ils en demeurent les patrons pour le meilleur et pour le pire. L'orientation antinationale très forte (anti-repli identitaire dans la novlangue) est l'épine dorsale de cette domination pour établir en fin de compte petit à petit un pouvoir totalitaire non violent certes mais que je crois Hannah Arendt n'aurais pas nié si elle vivait encore

  • Par gerint - 03/09/2017 - 18:58 - Signaler un abus Et au sujet du totalitarisme européen

    À entendre Asselineau Les Américains ont recyclé comme premier Président de La commission européenne un ancien juriste nazi Walter Hallstein qui avait concocté une "Neue Europa" avec Hitler et Mussolini en 1938 pour affaiblir les Nations et La mettre sous le contrôle de l'axe Berlin-Rome

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Bernard Benhamou

Bernard Benhamou est secrétaire général de l’Institut de la Souveraineté Numérique (ISN). Il est aussi enseignant sur la gouvernance de l’Internet à l’Université Paris I-Panthéon Sorbonne. Il a exercé les fonctions de délégué interministériel aux usages de l’Internet auprès du ministère de la Recherche et du ministère de l’Économie numérique (2007-2013). Il y a fondé le portail Proxima Mobile, premier portail européen de services mobiles pour les citoyens. Il a coordonné la première conférence ministérielle européenne sur l’Internet des objets lors de la Présidence Française de l’Union européenne de 2008. Il a été le conseiller de la Délégation Française au Sommet des Nations unies sur la Société de l’Information (2003-2006). Il a aussi créé les premières conférences sur l’impact des technologies sur les administrations à l’Ena en 1998. Enfin, il a été le concepteur de « Passeport pour le Cybermonde », la première exposition entièrement en réseau créée à la Cité des Sciences et de l’Industrie en 1997.

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Franck DeCloquement

Franck DeCloquement est praticien et expert en intelligence économique et stratégique (IES). Membre fondateur du Cercle K2 et ancien de l’Ecole de Guerre Economique de Paris (EGE), il est en outre professeur à l'IRIS (Institut de Relations internationales et stratégiques) en "Géo-économie et intelligence stratégique". Il enseigne également la "Géopolitique des médias" en Master 2 recherche "Médias et Mondialisation", à l'IFP (Institut français de presse) de l'université de Paris II Panthéon-Assas. 

Franck DeCloquement est aussi spécialiste sur les menaces Cyber-émergentes liées aux actions d'espionnage économique et les déstabilisations de nature informationnelle et humaine. Il est en outre intervenu pour la SCIA (Swiss Competitive Intelligence Association) à Genève, aux assises de la FNCDS (Fédération Nationale des Cadres Dirigeants et Supérieurs), à la FER (Fédération des Entreprises Romandes à Genève) à l’occasion de débats organisés par le CLUSIS - l'association d’experts helvétiques dédiée à la sécurité de l'information - autour des réalités des actions de contre-ingérence économique et des menaces dans la sphère digitale. 

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