Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mardi 26 Septembre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Livre "assassin" contre le roi du Maroc : quand le rapport de police en vient à se demander si les faits de chantage sont une pratique courante du journalisme d'investigation…

Eric Laurent et Catherine Graciet, qui ont accepté de l’argent en échange de la non-publication d’un livre assassin sur le roi du Maroc, se sont-­ils comportés en maîtres­ chanteurs ? Les juges d’instruction chargés de cet épineux dossier le pensent. A l’inverse, les avocats des deux journalistes estiment que leurs clients n’ont fait que négocier cette remise d’argent avec l’émissaire de Mohamed VI. Pour l’heure, les deux avocats vont plaider ce 26 janvier, devant la chambre de l’instruction de Paris, l’annulation d’une partie de la procédure.

Eric Laurent et Catherine Graciet devant la Cour d'appel

Publié le
Livre "assassin" contre le roi du Maroc : quand le rapport de police en vient à se demander si les faits de chantage sont une pratique courante du journalisme d'investigation…
  • ­Deux journalistes ont demandé une coquette rétribution contre l’abandon de publication d’un livre assassin sur le roi du Maroc et son entourage

  • Enregistrés, à leur insu, par l’avocat Hicham Naciri, émissaire de Mohamed VI, les deux confrères ont été mis en examen pour chantage et tentative d’extorsion de fonds

  • S’ils se sont bien assis sur la déontologie, les deux auteurs d’un livre fantôme nient totalement avoir commis une faute pénale

  • Estimant illégaux les enregistrements des deux journalistes, base des investigations policières, les avocats des deux journalistes plaident ce 26 janvier l’annulation de la procédure

Ce 26 janvier est un jour capital pour les journalistes Catherine Graciet et Eric Laurent, mis en examen fin août 2015 par les juges Isabelle Rich-­Flament et Cyril Paquaux.

Motif : tentative d’extorsion de fonds et chantage à l’égard de Mohamed VI, le roi du Maroc. Tous deux sont soupçonnés d’avoir réclamé, avec insistance, 2 millions d’euros pour renoncer à publier un livre à charge contre ce dernier. Ce 26 janvier donc, les avocats des deux journalistes, Me Eric Moutet (pour Graciet)­ et Me William Bourdon­ (pour Laurent)­ vont plaider devant la chambre de l’Instruction de la Cour d’appel de Paris, l’annulation d’une partie de la procédure. Notamment, celle des enregistrements effectués le 21 août 2015, au cours d’une rencontre entre l’émissaire du Roi du Maroc, Me Hicham Naciri et Eric Laurent d’une part, et ceux réalisés le 27 août suivant lors d’une deuxième entrevue, entre Naciri, Laurent et Graciet, d’autre part. Pour Mes Bourdon et Moutet, ces écoutes, qui n’ont pas été diligentées par un juge, n’ont aucune valeur. Elles doivent donc être annulées. Ce qui aurait pour effet de plomber une procédure que bon nombre de juristes considèrent bancale. D’autant que la mise en examen pour extorsion de fonds suppose une violence exercée par l’initiateur et l’impossibilité pour la victime de résister à cette demande... Ce qui, en l’espèce, peut prêter à discussion.

Retour sur une ahurissante histoire. Eric Laurent et Catherine Graciet devaient se prendre pour Bob Woodward et Carl Bernstein, les enquêteurs­ vedettes du Washington Post, à l’origine du Watergate en 1972 qui contraindra le président Richard Nixon à la démission. A l’arrivée, ce ne sont que des pieds-­nickelés, qui ont plus que flirté avec la déontologie. Des naïfs qui ont cru que l’on pouvait s’amuser avec le roi du Maroc en lui réclamant, en échange de la non­-publication d’un livre, quelques espèces sonnantes et trébuchantes, sans recevoir un coup de bâton. Et quel coup de bâton ! Il a frappé si fort que nos deux journalistes, qui étaient loin d’être tenus pour des "bleus", peuvent faire une croix sur leur carrière. Pour Eric Laurent, âgé de 68 ans, c’est une évidence. Pour Catherine Graciet, âgée de 41 ans, journaliste pleine d’allant, habituée du grand frisson, fascinée par les services de renseignement, elle ferait mieux de se reconvertir. Et laisser de côté le journalisme d’investigation... Peut-­être en se lançant dans l’écriture, moins dangereuse, de romans de gare ou de la Bibliothèque rose... A moins qu’elle ne se consacre à l’écriture de livres historiques. N’a-­t-­elle pas révélé, au cours de sa garde à vue, qu’elle souhaitait écrire un livre sur Aloïs Brunner, le criminel de guerre nazi réfugié – et mort­ il y a quelques années en Syrie ? Oui, le coup de bâton a été si fort qu’Eric Laurent et Catherine Graciet ont été mis en examen, par deux juges, pour chantage et tentative d’extorsion de fonds...

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par goethe379 - 25/01/2016 - 11:18 - Signaler un abus Confusion

    Le chantage aurait été de n'avoir rien écrit et menacé de le faire. En revanche, écrire un livre et accepter de ne pas en tirer les bénéfices contre une somme représentant un dédomagement est tout à fait normal. C'est le contarire qui serait louche.

  • Par Anguerrand - 25/01/2016 - 22:24 - Signaler un abus Deux journaleux qui voulait faire de l'argent

    Comme d'habitude ils oublient la déontologie pour faire un chantage contre mohamed VI. Ils comptait bien sûr sur ce bouquin pour faire un maxi d'argent, mais voilà il avait peu de chance, d'être publié et d'être un succès, Àlors le chantage était pensaient ils le moyen de gagner un maxi de royalties. Une preuve de plus que les occidentaux ne comprennent rien au Maroc, et à l'Afrique. Le Maroc c'est le dernier pays stable au Maghreb grâce à ce roi, commandeur des croyants et aimé par la majorité des marocains. Àlors si des trous du cul pareils veulent declancher une nouvelle guerre, ils n'en ont rien à faire du moment qu'ils touchent du pognon. De toute façon ce bouquin aurait été censuré au Maghreb. Les francais s'en foutent alors un succès sur ces révélations meme vraies intéressent qui?

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Gilles Gaetner

Gilles Gaetner est journaliste d'investigation chez Atlantico. Il a été journaliste aux Echos, à la Vie française, au Point et de 1986 à 2009, rédacteur en chef adjoint à L'Express, chargé de l'investigation.

Il est l'auteur de La République des copains (Flammarion, 2005), Réglements de comptes pour l'Elysée - La Manipulation Clearstream dévoilée (Oh! Editions, 2006, avec Jean-Marie Pontaut),  La République des imposteurs (L'Archipel Editions, 2014) et Les journalistes ne devraient pas dire ça (L'Artileur, 2017).

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€