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Lincoln : pourquoi cette passion américaine pourrait bien toucher les Français

Le film « Lincoln » est sorti en salles hier en France. La dernière oeuvre de Steven Spielberg a reçu 12 nominations pour la prochaine cérémonie des Oscars.

Histoire de mythe

Publié le

Il est très probable que le film de Spielberg connaisse un grand succès en France. D’abord parce que c’est Spielberg, et qu'il excelle à mettre des épopées en ordre de marche comme un vieux général ses troupes.

Mais le sujet ? Lincoln ?

Que connaît-on en France d’Abraham Lincoln, seizième président des Etats-Unis ? Rien ou presque. Il avait un faciès d’homme de Néanderthal, une barbe et un haut de forme. Et il a été assassiné, non ?

Il a libéré les esclaves ; il a battu les Confédérés pendant la guerre de Sécession - on ne dit pas la guerre civile ? Et c’était quand, déjà ? On ne sait pas, on ne sait plus.

Lincoln est si indéfectiblement ancré dans l’histoire intime des Etats-Unis, ses démêlés, blessures et contradictions internes qu’on peut légitimement se demander comment il se fait que ce personnage si américano-américain ait trouvé le chemin de nos écrans et, plus encore, puisse intéresser les français.

Certes, Lincoln est raisonnablement fascinant en lui-même.

Né en 1809, la même année que Darwin, le jeune Lincoln est exploité par son père qui loue ses services aux voisins. Il n'en peut plus de la campagne et des travaux manuels : il lui faut attraper le train de l'industrie, du capitalisme et du XIXe siècle bondissant. Il devient avocat. Le droit, oui, explique Allen Guelzo, auteur de Abraham Lincoln : Redeemer President. Mais comme un moyen de faire de la politique. Ce qu'il y a d'hallucinant chez lui, c'est sa capacité de convaincre, sa logique, son sens de l'anecdote et son don pour s'adresser à l'homme de la rue (le « common man » plein de « common sense » cher au philosophe Thomas Paine). L’avocat de campagne mal dégrossi représente et incarne le rêve américain d’une possibilité d'ascension sociale. Mais il y a plus.

Il a la lucidité de soutenir, contre ceux qui considèrent qu'après tout les Etats peuvent bien être « Unis » et faire chacun ce qui lui plait (l’esclavage est une prérogative des états et non de l’Etat fédéral), qu'une « maison divisée en son sein ne peut que s'écrouler ». Son mantra : « l’Union doit être préservée ».

Hanté par le souvenir de sa femme Ann et de son propre fils tué par le typhus, écrasé sous le poids des responsabilités de la guerre et le nombre de morts qui enfle, il masque sa mélancolie privée par de l’humour en public. Comme Job, il est un héros accablé qui accède à une compréhension du monde supérieur.

Lincoln, au fil du temps, a fait l’objet d’une mythification considérable.

L’irlandais Daniel Day-Lewis, qui interprète Lincoln dans le film, lui-même le reconnaît : « au début, je ne savais rien de lui, je n'en avais que l'image mythologique que nous avons tous ».

Lincoln, comme le dit McPherson, « ne pouvait se douter de la vénération qu'on lui porterait plus tard » et de l’intérêt historique qu’il susciterait, lui qui « n'eut que moins d'un an de scolarité, et aucun cours d'histoire ». En fait d’histoire, Lincoln ne lut, seul, que la biographie romancée de George Washington, dans la version mythologique pour enfant de Parson Weems (The Life of Washington, 1800). Le récit touchant de sa mort montrait le premier président des Etats-Unis généreux et équitable avec ses héritiers et même, « en pur républicain, ordonnant de libérer tous ses esclaves »[1]. L’hagiographe allait jusqu’à comparer Washington à un dieu, à Jupiter ! Comment Lincoln eût-il pu se douter qu’il connaîtrait le même destin que son illustre prédécesseur ?

 
Commentaires

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  • Par Spirale - 31/01/2013 - 11:33 - Signaler un abus Oui

    M. Couvert, vous vous exprimez bruyamment, sans doute parce que vous avez mal lu. M. Bosqué, dans ce bel article, ne s'insurge pas que les français ne connaissent rien à l'histoire américaine, mais bien le contraire : il s'étonne que cela nous passionne tant alors que, comme vous le dites, "Lincoln, on s'en fout" et que les américains ne seraient pas capables de "placer Toulouse sur une carte."

  • Par walküre - 31/01/2013 - 12:17 - Signaler un abus Les mythes

    restent des mythes. La réalité historique est autre chose. Lincoln était un politicard américain avec tout ce que cela implique de compromissions et de coups bas, sans parler des magouilles politiques ou pas. Bref ce film ne déglingue rien de tout ça bien qu'il montre un peu les tractations qui se sont opérées pour faire passer la loi. Il s'agissait ni plus ni moins que de remettre le sud au pas et d'abolir l'esclavage. L'égalité politique des noirs et des blancs était discutée mais pas dans les projets de Lincoln. D'ailleurs, l'apartheid aux Etats-Unis a duré jusque dans les années 1960... Pour en finir ceux qui aiment la politiique américaine seront enchantés, les autres ont intérêt à avoir un solide bagage en droit constitutionnel américain et à aimer les discours et monologue un poil longuets. Car ce film côté action, zéro. Et ce n'était d'ailleurs pas son but.

  • Par Thomas Bishop-Garnier - 31/01/2013 - 13:51 - Signaler un abus La France ne produit plus de films historiques !

    Il y a certes des "téléfilms" sur des personnages historiques, souvent très bien fait à l'exemple de celui concernant Robert Boulin ou encore celui sur Georges Pompidou, avec "La mort d'un Président" mais rien de comparable avec un film historique, comme celui concernant "Lincoln" et si ce film est un succès, les exploitants des salles de cinéma en seront ravis. Des Américains ne savent pas ou se trouvent la ville française de Toulouse, c'est vrai mais des Brésiliens, des Chinois, des Russes, des Japonais, des Canadiens, des Allemands, des Italiens, des Mexicains, des Indiens .... non plus !

  • Par pehm - 31/01/2013 - 14:11 - Signaler un abus Lincoln: un petit Staline

    Lincoln, pour assurer la domination de la finance et de l'industrie sur le Sud s'est emparé du prétexte de l'esclavagisme pour provoquer une guerre et 600 000 morts: le plus lourd bilan humain de l'histoire militaire US. Une boucherie au nom de l' "Union" et du fric avec la morale anti-esclavagiste comme cache sexe. Depuis, les USA appliquent cette politique à l'étranger...

  • Par Glabre et Ingambe - 31/01/2013 - 16:27 - Signaler un abus Lincoln.

    Qui ça ? Un ferment de guerre civile, honoré par les vainqueurs. Pas si certain que les Français s'y intéresse.

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Clément Bosqué

Clément Bosqué est Agrégé d'anglais, formé à l'Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique et diplômé du Conservatoire National des Arts et Métiers. Il dirige un établissement départemental de l'aide sociale à l'enfance. Il est l'auteur de chroniques sur le cinéma, la littérature et la musique ainsi que d'un roman écrit à quatre mains avec Emmanuelle Maffesoli, *Septembre ! Septembre !* (éditions Léo Scheer).

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