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Licenciements boursiers : fantasme ou réalité ?

Alors que Sanofi a annoncé hier un plan social entraînant la suppression de 900 postes, les licenciements boursiers n'ont aucune définition juridique. Le gouvernement devrait réformer le licenciement collectif.

La bourse ou la vie

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Atlantico : Sanofi a prévu de supprimer 900 postes d'ici 2015. Les licenciements collectifs y compris les licenciements boursiers seront encadrés par le gouvernement. Quelle est la définition exacte d'un licenciement boursier puisque le terme s'est imposé dans le débat politico-médiatique ?

Jean-Louis Levet : Si ce terme n’a aucune définition juridique, il est présent dans le débat public depuis plusieurs années, en raison de l’importance prise par le poids de la finance dans l’économie et son influence sur les stratégies d’un certain nombre d’entreprises. Progressivement, au cours des années 90, la financiarisation de l’économie et la déréglementation envahissent l’espace de l’économie productive. L’industrie et les services qui lui sont liés, inscrits dans le temps long de la recherche et de l’apprentissage apparaissent comme dépassés par ces évolutions désormais bien connues.

Les inégalités explosent tandis que les Etats et les territoires doivent jouer le jeu dramatique de la concurrence ou subir les délocalisations. La rentabilité financière de l’investisseur prend le pas sur la rentabilité économique de l’entrepreneur.

Le règne du tout marché et de la concurrence généralisée nécessitent une flexibilité toujours plus grande des organisations, des horaires, du marché du travail. Aussi, une entreprise licenciant dans ce double contexte de financiarisation de l’économie et de concurrence généralisée est considérée comme réalisant des licenciements boursiers, même si elle n’est pas cotée en bourse.

Ce terme de « licenciements boursiers » renvoie ainsi à une réalité partagée par une grande partie du monde salarial : quelle que soit la situation économique et financière de l’entreprise, celle-ci joue sur le levier de  la masse salariale pour s’ajuster le plus rapidement possible aux évolutions du marché et aux exigences de rentabilité des actionnaires.

N’oublions pas les modes successives de la « société post-industrielle » dans les années 80,  « la nouvelle économie » dans les années 90, et enfin  de « l’entreprise sans usines » à partir du début des années 2000. L’entreprise n’est plus considérée que comme un actif financier qu’il convient d’optimiser sur les marchés financiers. Il a fallu notamment en France la ténacité de nombreux entrepreneurs et la volonté au sein des entreprises à capital familial, pour essayer de résister à la pression des acteurs financiers.

L'expression reflète t-elle une réalité et ou la travestit-elle ?

Dans la réalité, notamment dans le cas français, une distinction doit être faite entre les grands groupes et les PME. Lorsque l’on observe la panoplie des moyens mobilisés pour éviter ou limiter les licenciements économiques dans le cadre d’un plan social, on se rend compte que le système est inégalitaire pour les salariés qui sont exposés aux risques d’une restructuration, d’une fermeture partielle ou totale d’un site, d’une réorganisation du portefeuille d’activités d’une entreprise.

De fait les grands groupes en sont les grands bénéficiaires. De plus, les dispositifs existants sont d’abord dans une logique de réparation (il faut trouver des reclassements, etc), et non dans une logique préventive : on gère les effets d’un plan social ou de licenciements, on n’anticipe pas l’évolution des emplois.

Quels effets ces évolutions ont-elles eu sur les salariés en général ?

Nous les connaissons. Elles ont fait l’objet de nombreux travaux. Pour aller à l’essentiel, on peut dire que les transformations de la sphère professionnelle ont provoqué une véritable crise du travail et celle-ci est d’ailleurs au cœur de nos difficultés à inventer un nouveau mode de développement.

Emiettement des statuts collectifs, perte de reconnaissance sociale, individualisation des emplois et des garanties, et face à ces ruptures professionnelles tous les salariés ne sont pas égaux. Jeunes, femmes, salariés peu qualifiés, seniors sont les plus touchés par la crise, sans compter les salariés de nombreuses entreprises de sous-traitance vassalisées par les grands donneurs d’ordre. Une situation qui n’a fait que s’aggraver depuis la crise de 2008.

 
Commentaires

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  • Par Ravidelacreche - 26/09/2012 - 10:45 - Signaler un abus Licenciements boursiers

    Les bourses licencieuses vaste programme!

  • Par Darley - 26/09/2012 - 11:16 - Signaler un abus Tissu d'âneries

    Ce monsieur n'est pas économiste, mais militant PS. Le discours est incroyablement simpliste et manichéen (les grands méchants financiers contre les gentils Etats et entreprises responsables socialement). Il faudrait regarder les sources de financement de la fondation Jean Jaurès. J'imagine que nous payons les travaux de ce monsieur avec nos impôts. Sur le même sujet, lire plutôt l'article d'Eric Verhaeghe.

  • Par walküre - 26/09/2012 - 12:11 - Signaler un abus Licenciements boursiers : nécessité

    Du moins dans le système capitaliste. Ils sont même légitimes et constituent une soupape de décompression pour les entreprises. N'oublions pas que sans actionnaires, point d'entreprises du tout. Pas de capitaux. Pas d'emplois. Alors n'attendez rien des pseudos socialos au pouvoir, ils ne peuvent strictement rien sur le moteur actuel de l'économie qui est le profit. D'ailleurs, Tartempion qui a placé ses quelques économies sur tel ou tel placement bancaire est aussi un actionnaire sans le savoir. Peut-être même qu'il est communiste le Tartempion. Et si on lui dit demain que la justice socialisante fait qu'il va perdre une partie de ses intérêts, voire de son capital, que va t-il faire ? Bénir les dieux de la nomenclatura en place ? Ou ruer dans les brancards ? Hollande, Montebourg, vous êtes mal barrés...

  • Par Ripley - 26/09/2012 - 18:48 - Signaler un abus Encore des réglementations !

    Selon l'auteur de l'article il faudrait que l'état intervienne encore plus dans la gestion des entreprises qui sont déjà asphyxiées par la lourdeur des réglementations. Il suffit d'écouter les informations économiques pour s'apercevoir que les entreprises françaises sont pieds et point liées au bon vouloir de l'état. L'auteur ne se demande pas si, pour une fois, on pourrait mettre en oeuvre des mesures libérales, ce qui n'a strictement jamais été tenté depuis 40 ans en France ?

  • Par Solognitude - 26/09/2012 - 21:23 - Signaler un abus Jeu de mots!

    Après les masses populaires et laborieuses, la dictature du prolétariat, la droite revancharde, etc., voici le licenciement boursier. C'est quoi au juste? Une expression populiste qui donne à penser que tous les malheurs viennent des actionnaires. Alors en faire une loi! Ce sera la loi poudre au yeux, comme devrait s'appeler le ministère du machin productif.

  • Par Benvoyons - 27/09/2012 - 23:04 - Signaler un abus D'Une économie de la quantité à une éco de la qualité par l'inno

    l'innovation????????? L'innovation et la qualité sans de grande série donc quantité n'est pas viable et même morte dans l'année qui suit. Mais en France en plus il faut utiliser des connards de riches financiers pour la création de l'entreprise où des petits porteurs qui vont maintenant être taxés de plusieurs % sur les dividendes etc etc. Le gouvernement ne veut pas d'entreprise en France car tout est fait pour bloquer le moindre rouage de la création et du devenir d'une entreprise. Le gouvernement mais en place une économie marxiste sans Nationalisation des entreprises. Nous sommes gouvernés par des Marxocons.

  • Par Benvoyons - 27/09/2012 - 23:11 - Signaler un abus Les raisonnements de Levet? il en faut moins mais de qualité,

    mais là c'est par pour demain. Avant les sociétés n'utilisaient pas la finance , l'économie n'était pas financière????? alors pourquoi 1929??????????

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Jean-Louis Levet

Jean-Louis Levet est économiste.

Son dernier livre est Réindustrialisation j'écris ton nom, (Fondation Jean Jaurès, mars 2012).

Il est également l'auteur de Les Pratiques de l'Intelligence Economique : Dix cas d'entreprises paru chez Economica en 2008 et GDF-Suez, Arcelor, EADS, Pechiney... : Les dossiers noirs de la droite paru chez Jean-Claude Gawsewitch en 2007, et de Investir : une urgence absolue pour la France et l'Europe à télécharger chez la Fondation jean Jaurès (en libre téléchargement).

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