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Libéralisme pour tous ? Pourquoi la loi travail aura des effets bien différents entre les gagnants et les perdants de la mondialisation

La libéralisation qui se profile n'est pas anodine, elle s'attaque la fleur au canon à des équilibres fragiles et des rentes bien défendues jusqu'ici. Tout est en place pour un libéralisme fonciérement inéquitable.

Loi travail

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Ce n’est pas une libéralisation anodine qui se profile : ce n’est pas comme d’habitude un rapport d’économistes universitaires (qui n’ont jamais envoyé un traitre CV de toute leur longue existence), c’est un Président sans trop de contre-pouvoirs et fort peu connaisseur des réalités de terrain qui va s’attaquer à des rentes bien défendues jusqu’ici mais aussi à des équilibres fragiles, très sensibles pour les intéressés. Il n’y aura pas de compensations pour les perdants de cette réforme, et la plupart des gens installés dans une position de force n’ont rien à craindre du nouveau pouvoir : tout est en place pour un libéralisme dévoyé, un libéralisme Potemkine qui ne dopera pas la popularité des bonnes vieilles idées qui sont les miennes.

  

En quoi la promotion d'un libéralisme déséquilibré peut il nuire au libéralisme lui même ?

On fait une nouvelle fois croire que le libéralisme est dur aux faibles, et faible avec les forts. On n’atteint certes pas les sommets atteints au Brésil ou en Russie, où les kleptocrates, les mafieux et les ploutocrates en tous genres ont depuis longtemps mis leurs pays en coupe réglée en se faisant plus ou moins passer pour des entrepreneurs. Mais on accrédite encore l’idée que les libéraux sont du coté du succès facile, des combines, et on oublie d’autant plus largement l’héritage de Bastiat, de Tocqueville, de Rueff. 

Prenons un exemple simple, que je connais bien, l’œuvre de Milton Friedman. Il passe pour un affreux affameur du peuple. Pourtant, c’est le promoteur de l’impôt négatif et du revenu universel, une idée que les petits apparatchiks du PS ont tenté (vainement) de proposer en 2017 (en la dénaturant au maximum, soyons impartiaux). Il passe pour un défenseur des puissants. Pourtant, il a eu des mots extrêmement durs contre les banquiers centraux indépendants, leurs mensonges, leur Novlangue, leurs dérives ; là où toutes nos bonnes âmes aujourd’hui ne remettent pas une seconde en cause les pouvoirs exorbitants de la BCE, même quand cette dernière prend des libertés (des années de suite) avec son mandat, sa cible, etc. Il passe enfin pour un pourfendeur intraitable de l’Etat. Pourtant, en 1948, il propose de financer les déficits de ce dernier à 0%. Et il était foncièrement hostile, comme les autres grands auteurs de Chicago, à l’idée de confier les revenus du seigneuriage monétaire à des établissements privés, si vous voyez ce que je veux dire. Oups, on nous aurait menti ?

Ce que je tente d’exprimer, c’est qu’il y a chez tous les bons auteurs libéraux un souci d’équité, l’idée de règles pour l’ordre social, le respect des corps intermédiaires, et une méfiance instinctive vis-à-vis du leadership charismatique et des solutions "de bon sens" (ce qu’on voit / ce qu’on ne voit pas…), en bref je me demande ce que nos meilleurs penseurs français ou écossais penseraient d’un Macron-Jupiter, de son beau CV trop beau pour être vrai, de ses alliés honnêtes du Modem, de ses discours creux, de ses réformes en trompe l’œil, de sa libéralisation des bus deux ans à peine après un coup de bambou fiscal en pleine récession, j’en passe. Il est vrai aussi qu’ils se réjouiraient sans doute de voir Mélenchon vers la retraite et Le Pen cantonnée à Hénin-Beaumont. Je vais donc faire comme tout le monde, attendre un peu, tenter l’indulgence, et après les 100 premiers jours (Milton encore… sors de ce corps !), on verra bien : si tout ce que nous obtenons c’est un loi de moralisation de tartuffe et une baisse des charges compensée par une hausse de CSG, et si partout dans la presse aux ordres on appelle ça un "beau tournant libéral", alors oui, cette petite chronique aura été, une nouvelle fois et tristement et avec toute la modestie dont je suis capable, bien en avance !

 
Commentaires

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  • Par Pharamond - 28/06/2017 - 12:08 - Signaler un abus Affameur

    Milton Friedman "affameur du peuple",c'est bon pour jean-Luc Mélenchon,! A une différence prés:Milton Friedman est Prix Nobel et a exercé une influence mondiale.

  • Par vangog - 29/06/2017 - 00:21 - Signaler un abus Oui, cent jours, c'est bien pour condamner un tartuffe!

    Et après? Imaginons qu'il réussisse...la croissance revient, le chômage diminue, et la morale progresse...long chemin pour atteindre les 4,5 % de croissance américains, les 4% de chômage anglais, l'éthique scandinave qui s'exprime sans besoin de lois de moraline sirupeuse à répétition...très long chemin pour n'être qu'en mesure de participer à la compétition libérale intelligente dont rêve Mucherie! avec le gauchisme, la France est tombée très bas, convenons-en! Et ce n'est pas un gauchiste (même repenti) qui la relèvera...

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Mathieu Mucherie

Mathieu Mucherie est économiste de marché à Paris, et s'exprime ici à titre personnel.

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