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Lehman Brothers, 10 ans après : ces mythes dangereux auxquels nous croyons encore sur le déclenchement de la grande crise de 2008

Beaucoup pensent que les instances économiques responsables de la faillite de Lehman Brothers il y a dix ans étaient des fervents partisans du laisser-faire et de l’efficience des marchés. Cela n’est pas le cas : ils étaient conscients des problèmes, mais leurs tentatives pour les régler ont été bloquées par le pouvoir politique.

Causes et conséquences

Publié le
Lehman Brothers, 10 ans après : ces mythes dangereux auxquels nous croyons encore sur le déclenchement de la grande crise de 2008

 Crédit BYUN YEONG-WOOK / AFP

Atlantico : Vous venez de publier une tribune dans le Washington Post intitulée " Ce mythe dangereux auquel nous croyons encore concernant la chute de Lehman Brothers". Quel est ce mythe que vous réfutez, quelle est cette fausse perception du public concernant cet événement ?

Sebastian Mallaby : Il y a une opinion qui est apparue après la faillite de Lehman Brothers à propos de la raison pour laquelle nous étions confrontés à cette crise. Cette opinion était que les personnes au pouvoir pensaient que les marchés étaient efficients et qu'il croyaient au fameux "laisser-faire". Et cette croyance les auraient conduit à penser que la régulation n'était pas nécessaire parce que les marchés étaient en capacité de s'autoréguler. Cette opinion ciblait principalement Alan Greenspan, ancien président de la FED, qui était considéré comme un fervent supporter de cette théorie de l'efficience des marchés et du laisser-faire.

Dans le même temps, on a pu assister à un attirance pour la finance comportementale et les écrits de Daniel Kahneman et Richard Thaler, qui soutenaient l'idée que les gens ne sont rationnels, du moins pas dans le sens décrit par les économistes, et que par conséquent, les marchés n'étaient pas "efficients". 

Ainsi, après la chute de Lehman, la vision commune était que les autorités n'avaient pas suffisamment régulé les marchés parce qu'ils croyaient au laissez faire, et que si nous avions eu au pouvoir ces personnes qui démontraient que les gens n'étaient pas rationnels et que les marchés n'étaient pas efficients, alors nous aurions pu éviter la crise. Mais cette vision est fausse.

Premièrement, parce que ces personnes qui sont considérées comme étant les défenseurs du laisser-faire et de l'efficience des marchés n'y ont jamais vraiment cru. Dans les années 70, la recherche académique en finance croyait en cette efficience des marchés, mais les choses ont changé dans les années 80. Et l'un de ceux qui a contribué à ce changement était Larry Summers qui est devenu secrétaire au Trésor dans les années 90. En réalité, les économistes tout comme les personnes qui étaient aux commandes comprenaient très bien que la situation pouvait être dangereuse. Deuxièmement, parce que la finance comportementale est née dans les années 70 et a été popularisée dans les 80 et 90, cela était donc connu. En tant que biographe d'Alan Greenspan, je peux affirmer qu'il croyait en la nécessité de réguler le marché. Il est donc faux de considérer que la crise est le résultat d'une erreur intellectuelle.

Pourquoi considérez-vous ce mythe comme dangereux, comment nous détourne-t-il des problèmes réels ?

Si vous pensez que la crise est le résultat d'une erreur intellectuelle, alors il suffit de changer les personnes qui sont au pouvoir pour résoudre le problème. Mais je pense que cela n'a jamais été le problème principal. Si vous vous focalisez trop sur cette question intellectuelle, alors vous vous éloignez de ce qui est vraiment important, c’est-à-dire la façon dont le système politique - particulièrement aux Etats-Unis - rend toute forme de régulation très difficile à mettre en œuvre.

 
Commentaires

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  • Par guy bernard - 15/09/2018 - 10:15 - Signaler un abus la crise bancaire n'est qu'un reflet d'un probleme plus profond

    cette analyse est basée sur un management "laisser faire" alors que nous avions des regulateurs qui eux, ont failli. ces regulateurs pouvaient etre internes et un responsable de Lehman avait expliqué dans un livre trapu comment ils avaient reculé les regles de prudence, ou externes, et cela concerne l'etat qui a failli dans sa mission : soit par incompetence (la FED, les agences de notation, etc) soit par corruption (les faux rapports, bilans, etc), soit par inaction (Madoff, etc). cette analyse étroite est de plus insuffisante dans la mesure où elle limite la "crise de la regulation" au seul secteur bancaire alors qu'il concerne bien d'autres secteurs : le dieselgate, le beurre, la présidence brésilienne ou chinoise, Samsung...et même le pont de Gênes. comme d'habitude en économie, la crise bancaire n'est qu'un reflet d'un probleme plus profond.

  • Par Ganesha - 15/09/2018 - 10:58 - Signaler un abus Le risque financier encore plus important

    Atlantico persiste... et signe ! Citation : ''Ce problème politique est même pire aujourd'hui qu'il ne l'était 10 ans plus tôt, ce qui rend le risque financier encore plus important''.

  • Par Ganesha - 15/09/2018 - 11:15 - Signaler un abus Placement refuge

    Ce qui est un peu pathétique, ce sont les ''papys-capitalistes'' de ce site, qui lisent tous l'un ou l'autre journal de ''conseils en placement boursier''. Lequel ? Cela pourrait intéresser les autres... Ce qui est dramatique, c'est que, sur la base de ce que leur racontent ces publications, ces malheureux pensent détenir le secret du ''placement refuge'', qui leur permettra de sauvegarder leur patrimoine, le jour où viendra le ''Jugement Dernier'' !

  • Par brennec - 15/09/2018 - 21:49 - Signaler un abus Un autre récit sur la crise.

    La crise de 2008 a une origine bien plus profonde que la régulation, a savoir l'intervention de l'état pour forcer les banques a prèter aux minorités sans tenir compte de la situation de l'emprunteur, cette politique a été mise en oeuvre par les entités para-étatiques freddie mac et fannie mae qui ont entrainé avec elles les autres banques. Ces dernières conscientes du danger se sont arrangées pour refiler les hypothèques au marché, sous forme de subprimes. Les emprunts aux états unis sont a taux variables, lorsque les taux ont monté nombre d'emprunteurs fragiles se sont trouvés dans l'incapacité de rembourser leur emprunt ce qui a initié la réaction en chaîne. Il est sur que le régulateur n'a pas réagi rapidement lorsque les banques ont commencé a inonder le marché avec leurs packages d'hypothèques, comme d'habitude il a été pris de vitesse par les innovations créatives des banques. c'est dans l'idée même de la régulation de se baser sur les pratiques datant d'un siècle. Le marché a bien réagi en provoquant la faillite de lehman, ces faillites auraient du s'étendre aux autres banques ce qui a terrorisé la fed et le gvt. Du coup on peut se demander a quoi peut servir la régulation

  • Par ajm - 16/09/2018 - 00:08 - Signaler un abus Fraudes.

    Brennec a raison mais il faut ajouter que dans les deux dernières années avant la crise de 2008 , certains établissements de crédit ont délégué leur metier de prêteur à n'importe qui, y compris à des commerciaux indépendants commissionnes qui ne respectaient pas le baba du métier de banquier: identité de l'emprunteur, situation patrimonial, revenus, antécédents de remboursement, situation familiale..la formalisation des sûretés a également été négligée ou faite improprement etc...Ce qui explique que les chiffres de défaut qui, juste avant, étaient conformes aux historiques de défaut "pessimistes" ( " worst case" ) mémorisés par les agences de notation et les grandes institutions financières , sont subitement montées en flèche, sensiblement au-delà de ces scénarios "pessimistes " déjà connus dans le passé . En fait, ces établissements ( comme Countrywide) ont commis des fautes très graves qui n'ont pas été réellement sanctionnées pénalement comme elles auraient dû l'être.

  • Par ajm - 16/09/2018 - 00:31 - Signaler un abus Beaucoup de contrôles mais mauvais.

    Une banque n'est pas une entreprise comme les autres car elle agit en immersion totale avec le systeme financier et l'ensemble des autres établissements bancaires. Surtout, elle gère de la liquidité au jour le jour, qui est le sang d'une économie et qui, comme le sang, peut s'écouler et disparaître en très peu de temps, parfois une simple journée. .Elle est elle-même connectée avec la banque centrale de sa maison mère, banque centrale qui incarne la souveraineté monétaire et financiere d'un pays. Une grande banque qui fait faillite brutalement paralyse instantanément les acteurs financiers du marché financier dont elle est un élément essentiel, et même au-delà, en rapport avec l'importance de ses engagements internationaux. La faillite d'une grande banque ne doit pas arriver ou elle doit être gérée de façon ordonnée en minimisant les dégâts collatéraux. C'est pourquoi les banques sont les entreprises les plus régulées avec des contrôles périodiques nombreux et sévères etc Ces contrôles ont été très défaillants aux USA avant la crise, pinayant sur des broutilles, surtout sur les banques étrangères et aveugles sur des fraudes massives se déroulant sous leurs yeux mais bien US

  • Par ajm - 16/09/2018 - 00:44 - Signaler un abus En retard d'une guerre.

    La FED et les autorités US amusent la galerie en donnant des amendes énormes aux établissements non US qui ont eu le malheur de faire une opération avec l'Iran ou un autre etat paria, alors que devant leurs yeux, des pratiques dangereuses et même des fraudes, contaminent probablement discrètement leur système financier. C'est le problème des organismes de contrôle, ils raisonnent presque toujours par rapport au passé, ils sont souvent en retard d'une guerre et n'ont ni l'imagination ni la créativité ni l'expérience de ceux qu'ils contrôlent. Ce gap de compétence est très aiguë aux USA ( salaires à la FED centrale et NY ridicules par rapport aux pratiques de marché ) et c'est inquiétant.

  • Par Clotilde DE BIEVRE - 16/09/2018 - 15:01 - Signaler un abus CRISE 2008

    Les banques américaines, dans les années 2000, avec les prêts immobiliers, ont commis les mêmes erreurs, en plus énormes, que le CREDIT FONCIER DE FRANCE , dans les années 80, avec les crédits hypothécaires !...

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Sebastian Mallaby

Sebastian Christopher Peter Mallaby (né en mai 1964) est un journaliste et auteur anglais, chercheur principal en économie internationale au Council on Foreign Relations (CFR), et chroniqueur au Washington Post. [1] Auparavant, il a été rédacteur au Financial Times et chroniqueur et membre du comité de rédaction du Washington Post.

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