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Législatives en Irak : les résultats inattendus préfigurent-ils un retour du nationalisme arabe ?

Dans l'attente des résultats définitifs, il apparaîtrait que le favori des élections irakiennes, Haider al-Abadi n'arrive que 3e, derrière les listes de Moqtada al-Sadr et de Hadi al-Améri, dans un scrutin qui a connu sa plus faible participation depuis 15 ans.

Irak

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Législatives en Irak : les résultats inattendus préfigurent-ils un retour du nationalisme arabe ?

 Crédit AHMAD AL-RUBAYE / AFP

Atlantico : Que peut-on anticiper pour le pays dans les prochaines semaines et les prochains mois ? Que révèle ce résultat des aspirations de la population ?  ​

Karim Pakzad : Il y a eu deux surprises au cours de ce scrutin. C'est d'abord la participation parce que nous n'avions jamais assisté à moins de 60% de participation dans les différentes élections qui ont lieu dans le passé en Irak. Et cette fois-ci, du fait de la grande mobilisation des Irakiens dans le combat contre la corruption, de part la victoire du gouvernement contre Daech, on pouvait s'attendre à une forte mobilisation. Or, je pense que la crainte qui existait était ce sentiment d'abandon de la société irakienne par la classe politique, en raison de la corruption qui touche l'ensemble des personnalités, dont seul peut être al-Abadi était épargné, et c'est ce qui a pu provoquer un tel niveau d'abstention.

On voit que cela s'est traduit par le succès de Moqtada al-Sadr et de sa liste "en marche vers le changement". Il s'agit d'une liste atypique. Al-Sadr lui-même était considéré dans le passé comme un jeune islamiste chiite anti-américain, anti-occidental, et pro-iranien. Mais cela était au début de l'occupation de l'Irak. Après avoir fait un passage en Iran pour ses études, il est revenu en Irak et a pris la tête du combat contre la corruption en s'alliant avec le parti communiste. Il s'agit d'une alliance entre un parti islamiste radical et les communistes sous le nom du parti communiste, et ce, avec des gens venus de la société civile. C'est une alliance qui a mobilisé une grande partie de la jeunesse contre la corruption. Moqtada al-Sadr ne s'est pas présenté comme une personnalité politique, il ne s'est pas présenté sur la liste, il n'a fait que la soutenir. Et il a réussi à obtenir que 33 de ses députés au parlement irakien ne se représentent pas pour laisser la place à des nouvelles personnalités, cela est un élément important parce que ceux qui ont voté et ceux qui se sont abstenus souhaitaient une classe politique nouvelle.

Il faut encore attendre le résultat définitif. L'Irak a 90 jours pour former un gouvernement, les listes vont devoir négocier entre elles pour y parvenir puisque personne ne semble avoir de majorité. Je n'exclus pas que, malgré sa 3e place, Haider al-Abadi soit reconduit sur la base d'une politique nouvelle qui prendrait en considération ces résultats.

Alors que Moqtada al-Sadr a pu se rapprocher de Riyad ​au cours de l'année passée, et après avoir été accusé d'être "trop" proche de Téhéran, que peut-on attendre d'un tel résultat pour la stabilité régionale ? 

Moqtada al-Sadr n'est pas une personnalité politique traditionnelle. Il ne correspond à aucune autre. C'est un chef religieux chiite qui était pro-iranien. Sa famille a souffert pendant le régime de Saddam Hussein, son oncle, son grand père, des Ayatollah, ont été exécutés. Il est donc profondément chiite mais en même temps c'est une personnalité qui pourrait être qualifiée de nationaliste arabe, parce qu'il veut dépasser les divisions confessionnelles. C'est l'élément principal qui permet de le définir. Il s'est déplacé à Riyad mais cela ne veut pas dire qu'il va entrer dans un retournement en s'alliant avec les saoudiens. Il a aussi mené des luttes farouches contre les soldats américains. Il n'y aura donc probablement pas de bouleversement politique régional. Mais il faut savoir qu'il existait des listes beaucoup plus pro-iraniennes.

 
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Karim Pakzad

Karim Pakzad est chercheur associé à l’Institut de recherches Internationales et Stratégiques (IRIS). Il a été professeur de sciences politiques à Kaboul.

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