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Justin Trudeau au pays de Donald Trump : quand les deux pôles les plus opposés de la politique nord-américaine se rejoignent

Reçu ce jeudi soir à la Maison Blanche dans le cadre d'un dîner (souper, devrait-on dire !) officiel avec Barack Obama, le Premier ministre canadien incarne une ligne résolument différente de celle de l'actuel président américain. S'il pourrait (de loin) être pris pour Trump, les deux personnalités politiques divergent en bien des points.

Le Yin et le Yang

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Justin Trudeau au pays de Donald Trump : quand les deux pôles les plus opposés de la politique nord-américaine se rejoignent

Atlantico : Justin Trudeau est invité à dîner à la Maison Blanche ce jeudi 10 mars, où il devrait notamment évoquer avec Barack Obama les questions des frontières et de la sécurité. Sur ces deux thèmes, le Premier ministre canadien n'incarne-t-il pas l'exact opposé de la ligne actuellement en vogue chez les supporters de Donald Trump, possible candidat à la succession d'Obama ?

Mathieu Bock-Coté : Justin Trudeau s’imagine le Canada à la manière d’un pays à la diversité de carte postale, sorte de Disneyland cosmopolite et multiculturel censé faire l’envie du monde entier, en lui servant de modèle. Le Canada n’est pas une grande puissance, mais il se représente à la manière d’une superpuissance morale en bonne position pour faire la morale au monde entier. Le Canada n’est pas un pays comme les autres : c’est un pays qui croit avoir résolu certaines contradictions fondamentales dans l’histoire de l’humanité.

Dans ses frontières, les langues, les cultures et les peuples cohabiteraient naturellement, sans problème, en faisant l’expérience d’une diversité féconde. Ici, les cultures n’auraient pas besoin de frontières séparatrices et civilisatrices pour cohabiter.

En fait, on devrait peut-être moins parler du Canada que de l’idéologie canadienne, associée principalement au Parti libéral du Canada, tel qu’il a été transformé, depuis la fin des années 1960, par Pierre Elliot Trudeau, le père de l’actuel premier ministre. Cette vision, Trudeau est parvenu à l’inscrire dans la constitution canadienne, celle de 1982, que le Québec n’a toujours pas signée, soit dit en passant. Les conservateurs de Stephen Harper ont été au pouvoir à Ottawa de 2006 à 2015 : ils ont toujours été considérés fondamentalement comme des intrus par les médias canadiens et par la fonction publique fédérale. On imaginait leur règne comme une désagréable parenthèse, nuisible à la splendide réputation du pays. Lorsque les libéraux ont repris le pouvoir, un peu par surprise, à la fin 2015, il y avait dans l’air un parfum de restauration : enfin, le Canada redeviendrait admirable à la grandeur de la planète, enfin, il pourrait renouer avec sa mission civilisatrice universelle.

Évidemment, la réalité est loin de ce portrait idyllique : par exemple, le Canada s’entête à ne pas reconnaître constitutionnellement l’existence de la nation québécoise, qui est pourtant un des deux peuples fondateurs du pays. Ce n’est pas un détail : cela empêche le Québec d’assurer une véritable défense de sa langue et de sa culture, cela l’empêche aussi de mettre de l’avant sa propre politique d’intégration, conforme à sa vision de la nation. Le Canada enferme le Québec dans la logique du multiculturalisme: on le traite comme une communauté parmi d’autres dans la diversité canadienne. D’ailleurs, le Canada de Trudeau pousse le multiculturalisme jusqu’au délire. Par exemple, une femme s’est récemment battue devant les tribunaux pour avoir le droit de porter son niqab lors de son serment de citoyenneté. Elle a gagné.Une députée libérale, membre de la majorité gouvernementale, l’a même présentée comme une femme inspirante qui représenterait bien la cause des femmes à notre époque. L’idéologie canadienne radicalise comme jamais l’individualisation de l’identité : si quelqu’un demande un accommodement raisonnable devant les tribunaux au nom d’une croyance ou d’une conviction sincère, en général, il l’obtiendra. Cela pousse naturellement à une fragmentation du pays, qui n’a plus d’autre identité collective que la Charte des droits et liberté, qui est sacralisée, dans la politique canadienne. Il faut dire que le Canada est un pays qui a renoncé à son histoire binationale, celle de ses deux peuples fondateurs, pour se refonder dans l’utopie multiculturaliste. Aujourd’hui, il croit être fidèle à ses idéaux en poussant toujours plus loin cette vision.

Alors pour répondre directement à votre question : rien n’est plus opposé à Donald Trump que Justin Trudeau. Et s’il y a d’excellentes raisons de se méfier des deux, elles ne sont évidemment pas de même nature.

 
Commentaires

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  • Par adroitetoutemaintenant - 10/03/2016 - 17:00 - Signaler un abus Torchon et serviette

    Justin 1er est un bon socialo caviar, fils à papa typique, qui pratique le politiquement correct et la com sirupeuse à tout va. A la tête d’un pays divisé dont toutes les frontières sont protégées naturellement par le grand froid et deux océans et une seule frontière terrestre sous couvert gratuit du parapluie nucléaire américain il peut jouer sa chochotte ce qu’il fait d’ailleurs très bien. Il aime le multiculturalisme car c’est facile et Montréal est devenu le 93. Trump est tout le contraire. Il a très bien réussi à la seule force de ses poignets, déteste le politiquement correct, se sert du parti républicain pour accéder au pouvoir mais à ses conditions, aime les gens qui bossent et veut les défendre contre les socialopes et autres vermines qui coulent le pays et veut bien être copain avec les élites pour autant qu’elles ne l’emmerdent pas. Prenez l’exemple du surfeur. Trump c’est le type sur la planche, Justin c’est la planche bien mignonne et décorée.

  • Par clint - 10/03/2016 - 21:15 - Signaler un abus Les USA feraient bien de se méfier !

    Les frontières avec le Canada risquent d'être bien plus dangereuses pour leur sécurité que celles avec le Mexique !

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Mathieu Bock-Côté

Sociologue, enseignant, essayiste et chroniqueur québécois. Mathieu Bock-Côté a publié en 2016 Le multiculturalisme comme religion politique, aux éditions du Cerf.

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