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Justice en crise : les chiffres qui montrent la profondeur de la défiance des Français

Le CEVIPOF vient de rendre publique sa grande enquête annuelle sur la confiance des Français de janvier 2016 qui révèle l'état désespéré de l'opinion publique. Les Français se méfient de plus en plus du monde politico-médaitique mais aussi de l’institution judiciaire, pilier de notre démocratie qui semble aujourd’hui ébranlée.

Plus de confiance aveugle

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Si les Français manifestent une profonde défiance vis-à-vis de l’autorité judiciaire, ils plébiscitent en revanche les forces de sécurité et l’armée dont la cote de confiance a augmenté. Dans quelle mesure les attentats de janvier et de novembre et la menace terroriste ont joué un rôle ? 

Alexandre Giuglairis :Comme nous l'avons dit juste avant, les Français estiment que la justice est dans l'incapacité de les protéger quand ils en ont le plus besoin. Les interventions et les interpellations menées par les forces de l'ordre ont impressionné les Français lors des différents épisodes terroristes. Dans ces cas critiques, ils ont fait preuve d'un courage, d'un sens du devoir et d'un professionnalisme qui suscitent le plus profond respect. Les Français leur en sont reconnaissants. Ils ont maintenant pleinement conscience que les policiers, gendarmes, et militaires, eux-même cibles des attaques terroristes, risquent quotidiennement leur vie pour protéger leurs concitoyens.

Mais je tiens à souligner là encore que la popularité des forces de sécurité était déjà bien supérieure à la confiance dans l’autorité judiciaire, les syndicats, les médias ou les hommes politiques avant les attentats de 2015. 

Régis de Castelnau : La police et l’armée, ont toujours été perçues comme des forces de protection. Leur mobilisation et leur efficacité au moment des de tragédies a encore renforcé cette confiance. Les reportages vidéos qui exposaient de façon impressionnante le courage des acteurs ont ajouté l’admiration à la confiance. Il faut souligner ici le caractère lamentable de la mise en cause systématique des forces de l’ordre comme par exemple dans l’affaire de Clichy sous-bois, où contre l’évidence on a pendant dix ans poursuivis injustement des policiers pour finir par les relaxer. De la même façon, l’acquittement récent d’un policier pour la mort d’un délinquant a fait l’objet d’une couverture médiatique sans que jamais soit rappelé qu’il s’agissait d’un braqueur récidiviste et armé. Comment ne pas comprendre que ce traitement de l’information puisse mettre en rage une population frappée d’anxiété.

Les Français sont seulement 44% à penser que les démocraties savent maintenir l’ordre. Est-ce à dire que les Français sont de plus en plus nombreux à penser qu’une guerre civile est une menace de plus en plus possible?

Alexandre Giuglairis : Je ne pense pas qu’il faille y voir l’expression de la menace d’une guerre civile. Néanmoins, ces chiffres sont extrêmement inquiétants et devraient faire réagir nos élus ! C’est bien le sentiment et le constat que l’autorité républicaine recule dans de nombreux territoires qui poussent les Français à déconsidérer le système démocratique pour assurer la sécurité. Si l’on se réfère aux philosophes du contrat social ou à Max Weber, on voit bien à travers ce chiffre que c’est la légitimité et le fondement même de l’Etat qui sont remis en cause. Il y a donc urgence à agir et à mettre en place des politiques pénales pragmatiques et efficaces. 

Régis de Castelnau : 52 % des militaires, des gendarmes et des policiers votent Front National. Que ceux qui sont chargés de l’ordre et de la protection ne fasse pas confiance à l’actuel système démocratique, convenons qu’il s’agit là d’un sérieux problème. Je pense que la menace n’est pas encore perçue comme un risque de guerre civile, mais comme un risque d’affrontement.

A force de ne pas prendre en considération l’exaspération des Français, le gouvernement fragilise la démocratie. Le gouvernement est-il en mesure d’entendre cette crise de confiance et d’y répondre ou bien la démocratie vit-elle ses derniers jours ?

Régis de Castelnau : Je pense sincèrement que l’on ne peut pas dire que la démocratie vit ses derniers jours, mais le problème est que les gens qui gouvernent enfermés dans leur bulle dispensatrice de pouvoir de privilèges et de confort ne mesurent pas l’importance de la crise. Ce qui commence à ressembler à de l’autisme peut conduire à des évolutions vraiment préoccupantes. Ce qui se passe en Europe centrale est quand même un signal très sérieux. L’UE et ses dirigeants, et en particulier les Allemands, donnent  l’impression d’une forme de somnambulisme. Je ne sais pas si François Hollande a lu en détail les études du CEVIPOF, sinon il serait bien avisé d’aller y voir que les indicateurs sont au rouge.

 
Commentaires

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  • Par Anguerrand - 20/01/2016 - 11:47 - Signaler un abus Des juges qui préjugent en fonction de leurs idées politiques

    Le mur des cons l'a bien prouvé, meme des parents d'enfant victimes etait sur ce mur. Aucune sanction, comment faire confiance à de tels juges ? Je suis pour l'élection des juges, beaucoup auraient dû soucis à se faire,

  • Par Alain Proviste - 20/01/2016 - 13:12 - Signaler un abus LE CONTRAIRE SERAIT ETONNANT

    Les gauchistes-trostystes ont noyauté les médias et la justice pour "changer le peuple" et même "changer de peuple". Ça finit quand même par se voir.

  • Par Borgowrio - 20/01/2016 - 19:37 - Signaler un abus La justice ? un bien grand mot

    En fait , la peine de mort n'a pas été remplacée , comme promis . Un monstre qui sodomise une petite fille et la mutile et la tue , fait au grand maximum 15 ans voire moins . Donc il récidive . La peine de mort dans ce cas est pour la victime qui tombe dans ses pattes . Je me met à la place des familles dont leur enfant innocente a été condamnée à mort par la "justice" . Un record du monde appartient à la France , un assassin d'enfant a été condamné trois fois à perpétuité .... Cerise sur le gâteau , un rapport non publié par Sarkosy faisait état d'un absentéisme des juges de 33 % .1 sur 3 n'est pas à son travail

  • Par VV1792 - 20/01/2016 - 21:20 - Signaler un abus Lorsque la Nation est en

    Lorsque la Nation est en peril, on prend des mesures qui imposent de la preserver, car si elle disparait dans l' anarchie, l' existence ou non de la democratie n' est deja plus la question...

  • Par vangog - 20/01/2016 - 22:43 - Signaler un abus Je suis favorable à l'élection des juges, moi aussi...

    La seule façon d'extirper le gauchisme de cette institution, est de la rendre totalement démocratique et, surtout, sans la très bête parité sexuelle gauchiste.

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Régis de Castelnau

Avocat depuis 1972, Régis de Castelnau a fondé son cabinet, en se spécialisant en droit social et économie sociale.

Membre fondateur du Syndicat des Avocats de France, il a développé une importante activité au plan international. Président de l’ONG « France Amérique latine », Il a également occupé le poste de Secrétaire Général Adjoint de l’Association Internationale des Juristes Démocrates, organisation ayant statut consultatif auprès de l’ONU.

Régis de Castelnau est président de l’Institut Droit et Gestion Locale organisme de réflexion, de recherche et de formation dédié aux rapports entre l’Action Publique et le Droit.

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Alexandre Giuglaris

Alexandre Giuglaris est délégué-général de l’Institut pour la Justice.

 

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