Portrait
Julian Assange,
Robin des bois du web
Cette semaine, Wikileaks a mis aux enchères sur Ebay un déjeuner avec son fondateur Julian Assange. Mais qui est donc ce personnage mystérieux, symbole de notre époque ? Portrait.
Julian Assange, c’est un peu Robin des bois. Dissident d’un régime qui va contre l’ordre du roi Richard, Robin se cache dans la forêt et sort de temps en temps pour quelques coups d’éclats. Hors la loi, il l’est pour le Prince Jean, mais face à l’ordre des rois, il est un défenseur de l’ordre divin. De la même façon, Julian Assange n’est pas un criminel. Il est plutôt le défenseur de cet ordre démocratique, de ce modèle politique en crise dans nos sociétés.
Robin des bois et Julian Assange : deux parcours similaires
Les coïncidences entre ces deux personnages sont nombreuses. L’un dénonce le despotisme du Prince Jean, tandis que l’autre met en lumière les errances diplomatiques et financières de nos dirigeants. On offre pour l’un une récompense pour sa capture, on sort un fait divers douteux pour décrédibiliser l’autre. Le Roi Richard sauve l’un, tandis qu’un député norvégien propose l’autre pour un prix Nobel de la Paix. Bref, l’un et l’autre s’opposent à un pouvoir vieillissant, puis se trouvent réhabilités par les représentants d’un « ordre supérieur ».
C’est dans ce double jeu que les commentateurs se perdent. Par ces temps de révolutions, il est tentant de faire d’Internet un espace politique de contre pouvoir. Mais de la même façon que la forêt a été corrompue par Robin des Bois qui la civilisa avec son groupe de forestiers, Julian Assange et ses commentateurs injectent artificiellement du politique dans un espace qui en est dénué (tout au moins sous la forme classique que nous connaissons).
Internet : révolution ou symptôme de l’ère du temps ?
Entendons nous bien, il ne s’agit pas de dire qu’Internet n’est pas un espace d’expression de nouvelles formes du politique, mais bien de dire que les formes traditionnelles du politique ne sont pas adaptées à l’espace sans norme que proposent les mondes virtuels ou les réseaux sociaux.
Nos sociétés modernes se sont construites autour d’un individu rationnel guidé par les Lumières de l’esprit – d’où le fantasme de la transparence. La vérité, en son sens moderne, se déploie en faisant disparaître l’ombre et les mystères qui nous entourent (Max Weber parlait ainsi de « désenchantement du monde »). Or Internet n’est pas le renouveau de cette conception vieille de deux siècles. Il est la cristallisation de nouvelles formes du lien social : les identités multiples qui prennent la forme d’avatars, ou les mythes anciens qui réapparaissent dans les jeux vidéos, sont autant de signes d’un “ réenchantement ” à l’œuvre dans nos sociétés (cf. Maffesoli). Si les différentes tentatives de législation sur Internet ont échoué c’est bien parce que la figure moderne du contrat ne fonctionne plus. C’est plutôt la figure médiévale du pacte qui s’exprime dans les mondes virtuels, avec le retour de l’affectif, de l’émotionnel, du secret et de la proximité.
Assange : symbole d’une époque déjà révolue ?
Internet n’est donc pas une révolution mais un symptôme de l’ère du temps, tout comme Julian Assange n’est pas un révolutionnaire mais le chant du cygne d’une forme de politique en crise, où le secret régit une partie de la société.
En vérité, les révélations de Wikileaks sur la diplomatie américaine ne nous ont rien appris de véritablement nouveau. Le site navigue sur la possibilité du secret, tandis qu’Internet en général et les réseaux sociaux en particulier réinventent cette notion. Wikileaks et Julian Assange pourraient donc appartenir finalement à une époque déjà révolue.
Aurélien Fouillet
Aurélien Fouillet est chercheur au Centre d’Etudes sur l’Actuel et le Quotidien (Université Paris V René Descartes).
Il est par ailleurs membre de la rédaction des Cahiers Européens de l’Imaginaire et l’un des trois fondateurs de La Tête qui manque.


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Bonsoir, qui êtes pour affirmer que Julien Assange c'est une époque révolue? Il à balancé juste 2% de ses informations dérangeantes... Retournez un peu à l'école du journalisme le vrai cette fois!