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Jour de mobilisation : pourquoi la confrontation Macron-Mélenchon est un piège redoutable pour la France

A l'appel de plusieurs syndicats, près de 200 manifestations sont prévues mardi 12 septembre en France contre le projet de loi Travail. Un premier test avant la grande mobilisation du 23 septembre pour Jean-Luc Mélenchon.

Dominants VS dominés

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Jour de mobilisation : pourquoi la confrontation Macron-Mélenchon est un piège redoutable pour la France

Grèves et mouvements sociaux sont au programme de ce 12 septembre avec en toile de fond, une opposition politique qui se cristallise peu à peu entre Emmanuel Macron et Jean Luc Mélenchon. Après les déclarations du président relatives à l'incapacité française à se réformer, les références aux "fainéants", "extrêmes", et "cyniques", et la très vive opposition de la France Insoumise, un schéma d'opposition entre dominants et dominés, semble naître de cette opposition, sans, évidemment, que la représentation des "dominants" ne soit revendiquée par le gouvernement.

Dans quelle mesure ce discours binaire, entre dominants et dominés, ne correspond pas à la réalité économique "du terrain" ? Entre les effets de la mondialisation, et la réalité d'une France "sur-administrée" et "sur-régulée, comment peut on illustrer la complexité d'une situation qui ne peut se satisfaire d'une opposition qui semble réhabiliter une lutte des classes anachronique ?

Eric Verhaeghe : ​Je commencerais volontiers par souligner que la complexité de la situation serait plus simple à détailler si le gouvernement ne mettait pas autant d'engouement à jouer le rôle du dominant sans nuance. Les déclarations qui se succèdent, entre celles d'Emmanuel Macron et celles de Benjamin Griveaux laissent quand même pantois. Entre les fainéants et les névrosés, les Français commencent à se demander légitimement si le pouvoir n'est pas pris d'une fièvre paranoïaque, tant son isolement par rapport aux "dominés" paraît flagrant. Or il y a urgence à sortir de cette logique binaire puisque la réalité française ne l'est pas. Notre sujet de fond est bien aujourd'hui de nous préparer à la civilisation de demain, qui arrive à grands pas. Pour y parvenir, on ne pourra pas éternellement jeter l'opprobre sur les risks takers que sont les entrepreneurs, ni faire éternellement l'éloge d'un ordre social plombé par les lourdeurs. 

Il serait donc grand temps de poser le débat autrement qu'il n'est posé. Prenons l'exemple des "protections" dont bénéficient les salariés. Dans la dialectique du maître et de l'esclave qu'on cherche à nous imposer, on dirait que les salariés français vivent une extrême précarité qui ne peut être corrigée par une protection en expansion constante, alors que les employeurs déborderaient de sécurité et de privilèges. La réalité est inverse: on est allé très loin dans la protection des salariés, à tel point que la main d'oeuvre est trop peu fluide, et les entrepreneurs sont soumis pour leur part à une extrême précarité doublée par une fiscalité très lourde. On ne retrouvera du dynamisme économique que si et seulement si on change les termes du raisonnement. 

Grèves et mouvements sociaux sont au programme de ce 12 septembre avec en toile de fond, une opposition politique qui se cristallise peu à peu entre Emmanuel Macron et Jean Luc Mélenchon. Après les déclarations du président relatives à l'incapacité française à se réformer, les références aux "fainéants", "extrêmes", et "cyniques", et la très vive opposition de la France Insoumise, un schéma d'opposition entre dominants et dominés, semble naître de cette opposition, sans, évidemment, que la représentation des "dominants" ne soit revendiquée par le gouvernement. Dans quelle mesure ce discours binaire, entre dominants et dominés, ne correspond pas à la réalité économique "du terrain" ? Entre les effets de la mondialisation, et la réalité d'une France "sur-administrée" et "sur-régulée, comment peut on illustrer la complexité d'une situation qui ne peut se satisfaire d'une opposition qui semble réhabiliter une lutte des classes anachronique ?
 

Edouard Husson : A première vue, il y a beaucoup de raisons de laisser le nouveau président et son gouvernement en paix pour mettre en oeuvre sa réforme du code du travail. L'idée de donner la priorité à la négociation au sein de l'entreprise est une très bonne idée en soi. Les Français, quand ils parlent du "modèle allemand", se trompent souvent sur l'essentiel: la force des entreprises allemandes tient en particulier la souplesse des relations entre les partenaires sociaux. Cela fait longtemps que nous aurions pu nous inspirer de ce modèle au lieu d'adopter l'ordre monétaire allemand qui n'est fait ni pour nous ni pour l'ensemble de l'Europe. Précisément, il faut mettre en face des réformes de bon sens et bien tardives - la simplification du code du travail est éminemment nécessaire - le cadre dans lequel elles vont se dérouler. La France n'est pas libre de piloter son économie comme elle l'entend, pour le bien des citoyens. Nos enfants dénonceront l'euro comme un carcan, un facteur d'asphyxie pour l'économie européenne; ils se demanderont comment les générations qui les ont précédés ont pu ajouter aux tensions causées par la mondialisation la contrainte d'une politique monétaire menée dans une zone suboptimale. La mondialisation à l'américaine a été génératrice de profondes inégalités du fait d'un mécanisme très simple, jamais mis en évidence: la concentration des fortunes est la réaction naturelle à la dévaluation permanente du dollar émis en quantités toujours plus abondantes; le seul moyen d'éviter l'hyperinflation a été d'imposer la rareté monétaire à la grande majorité au profit d'une minorité toujours plus étroite. Les Européens ont encouragé la dynamique de ce modèle avec le monétarisme de la BCE. Regardez comment le quantitative easing de Mario Monti va aux banques et non aux entrepreneurs ou aux consommateurs. Si tout un chacun avait accès à ces liquidités monétaires plus rien ne serait maîtrisable. C'est bien dans ce contexte qu'il faut situer l'action d'Emmanuel Macron: peut-on exiger encore plus de sacrifices et de flexibilité de la majorité de nos concitoyens qui vivent, depuis des années dans un curieux régime de précarité organisée, compensée par un gonglement exagéré de la fonction publique, mais rendu nécessaire pour protéger une société qui ne dispose ni du levier de la flexibilité monétaire ni de celui de la protection commerciale. 

A LIRE AUSSI - Le capitalisme financier a vécu l'équivalent de sa chute du mur de Berlin avec la crise de 2008 et personne ne s'en est encore vraiment rendu compte
 

 
Commentaires

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  • Par cloette - 12/09/2017 - 14:43 - Signaler un abus le slogan du jour

    "Macron t'es foutu, les fainéants sont dans la rue "....Sur BFMTV on ne voit que Macron à la Guadeloupe, , le Figaro seul donne des images ,il semble avoir du monde !

  • Par moneo - 12/09/2017 - 15:04 - Signaler un abus HUM

    l'Euro notre problème ...cause de nos soucis économiques ou conséquence de notre construction de la société française égalitariste..?. Réunir Wauquiez et Pecresse ? dans quel but ? avoir des strapontins ? ou enfin faire face aux problèmes du pays et d'abord de leurs définitions immigration :avantage ou problème ? Islam compatible ou pas avec les notions Républicaines? Peut on poser seulement le sujet? ( je rappelle que selon un sondage que 67% des musulmans en France ont pour conviction que l'a Loi de leur Dieu est supérieure à celle de l'Etat ) faut il accepter avoir des emplois sous payés qui sont disponibles économiquement ou indemniser les chômeurs de la meilleure façon du monde avec pour conséquence ,le refus des emplois sous payés et l'accroissement de charges des entreprises par rapport à la concurrence intra européenne peut on faire croire aux français que la dévaluation permettrait de régler nos problèmes ? Faut il aligner la fiscalité entrepreneuriale et les salaires sur l'Irlande ? Doit on avec Pécresse reprenant le flambeau NKM s'agenouiller devant la religion verte,en engageant des politiques lourdes et coûteuses sur des dogmes? .

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Edouard Husson

Edouard Husson est historien. Ancien vice-chancelier des universités de Paris, ancien directeur général d'Escp Europe, il a fait ses études à l'Ecole normale supérieure et à Paris Sorbonne, dont il est docteur en Histoire. Edouard Husson a été chercheur à l'Institut für Zeitgeschichte de Munich (1999-2001) et chercheur invité au Center For Advanced Holocaust Studies de Washington (en 2005 et 2006). Il a également été fait docteur honoris causa de l'Académie de Philosophie du Brésil (Rio de Janeiro) pour l'ensemble de ses travaux sur l'histoire de la Shoah.

Il est aussi vice-président de l'université Paris Sciences et Lettres (www.univ-psl.fr)

 

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