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Jour de grogne pour les fonctionnaires : mais qu’est-ce qui serait vraiment juste en matière de pouvoir d’achat relativement aux autres Français ?

5.4 millions de personnes ont été appelées à manifester ce mardi, par les différents syndicats, contre la hausse de la CSG annoncée. Contrairement aux salariés du privé, de nombreux fonctionnaires s'estiment lésés, faute de compensation. Mais cette compensation serait-elle forcément synonyme d'équité vis-à-vis des employés du privé ?

Mouvement de grève

Publié le

On parle de personnes qui bénéficient de la sécurité de l'emploi. Qui ont des systèmes de retraite en dehors du régime commun et beaucoup plus favorables (le calcul se fait sur la fin de carrière et non sur les 25 années). M. Macron avait promis d'unifier le régime, mais pour le moment les actions n'en prennent pas la route. D'autant que la productivité des fonctionnaires est, comme le démontre la Cour des comptes, négative. En parti parce qu'ils sont trop nombreux.

Éric Verhaeghe : Il est dommage que le débat ne s'ouvre pas clairement sur la protection sociale des fonctionnaires, qui est pourtant au coeur du sujet de la CSG. La portée et le coût de celle-ci sont systématiquement escamotés ou mal expliqués aux Français, pour des raisons qu'on peut comprendre. Il est difficile de faire enfin comprendre aux Français qu'ils sont les dindons d'une farce qui se joue tous les jours sur leurs dos. Peu de Français savent par exemple qu'ils cotisent sans le savoir pour la retraite très favorable des fonctionnaires.

Rappelons que, dans la fonction publique, la retraite est calculée sur le salaire des six derniers mois. On ne compte plus les promotions de complaisance accordées quelques mois avant le départ à la retraite pour majorer artificiellement le montant de la rente servie pendant plus de 20 ans en moyenne. Ces petits arrangements se font avec l'argent des contribuables, puisque, bon an mal an, le déficit financier des "pensions civiles" s'approche grandement des 40 milliards, piochés allègrement dans la poche des Français.

Autrement dit, la "solidarité" des salariés du privé est largement sollicitée pour financer la protection sociale des fonctionnaires. Personne n'a dit aux salariés du privé qu'on leur avait demandé d'importants efforts pour financer leur propre retraite et celle des fonctionnaires. La même dissymétrie existe pour la maladie, où l'absence de jour de carence favorise fortement les fonctionnaires. Cette absence explique largement l'absentéisme dans les hôpitaux. Vu ce contexte, le gouvernement donne donc le sentiment d'être prisonnier du lobby des fonctionnaires lorsqu'il annonce des hausses rémunération pour compenser la hausse de la CSG.

Si on raisonne en termes d'égalité et d'équité entre français, qu'est ce qui serait juste pour les fonctionnaires, notamment en terme de pouvoir d'achat?

Éric Verhaeghe : Je crois qu'il faut demander clairement aux fonctionnaires de se positionner. Soit ils souhaitent des revalorisations de salaire, ce qui peut s'entendre. Mais ils doivent accepter d'entrer dans des logiques de productivité et de gain de productivité. Il faut donc qu'on discute temps de travail, flexibilité de l'organisation, amélioration des performances individuelles. Sur tous ces points, la contrepartie des revalorisations de salaire doit être transparente: il faut travailler plus et mieux. Rappelons que le service public ne mesure que rarement le temps de travail de ses agents. Là où la mesure existe, la durée du travail est généralement inférieure à celle du secteur privé. C'est notamment le cas pour l'hôpital public, où l'on parle beaucoup des conditions de travail, mais très peu des congés qui sont pléthoriques.

Si les fonctionnaires demeurent fermés à ses raisonnements, je ne vois pas pourquoi les salariés du privé ou les indépendants accepteraient une nouvelle augmentation des dépenses publiques sous la forme de hausse de salaires pour les fonctionnaires. Celle-ci, accordée sans contrepartie, est toujours cataclysmique. Ce fut le cas lorsque Lionel Jospin était ministre de l'éducation nationale, en 1990, par exemple. Il avait accordé une revalorisation générale de salaires aux instituteurs, sans contrepartie. Dix ans plus tard, les performances de l'école publique dans l'apprentissage de la lecture s'effondraient. C'est la meilleure réponse que l'on puisse apporter aux revendications des fonctionnaires: leur rappeler qu'ils sont au service de la Nation, et non l'inverse.

 
Commentaires

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  • Par lexxis - 10/10/2017 - 08:42 - Signaler un abus TROUS NOIRS...

    Le coût de la fonction publique qui ne cesse d'augmenter d'année en année est est trou noir de la dépense publique. La dépense publique qui, elle aussi, ne cesse d'augmenter est est le trou noir de la France. Mais on peut parfaitement continuer à augmenter sur le dos du contribuable privé le nombre, la rémunération et les congés des fonctionnaires, jusqu'au moment où le pays ne produira plus suffisamment pour supporter des prélèvements sans cesse plus lourds et devenus parfaitement déraisonnables. Par ailleurs, on met toujours en avant la blanchisseuse de l'Assistance publique qui gagne péniblement 1 600 euros nets par mois après 16 ans d'ancienneté , mais on se garde bien de parler de certaines primes qui peuvent dépasser chaque année une fois et demi le salaire indiciaire de base. Comme de juste, on se garde bien aussi de rappeler les rémunérations astronomiques des contrôleurs aériens et l'étroitesse de leur temps de travail régulièrement pointée du doigt par la Cour des comptes. L'absentéisme supérieur au privé, accentué encore par des congés nettement plus généreux, vient compléter le tableau d'une fonction publique aussi coûteuse que mal gérée.

  • Par adroitetoutemaintenant - 10/10/2017 - 12:46 - Signaler un abus C'est la tête qu'il faut couper !

    Comparons avec l’Allemagne. Nous avons 4 fois plus de ministres que l’Allemagne et chaque ministre est paye 5 fois plus qu’un ministre allemand ! En résumé on paye 5 fois plus un connard qui travaille 4 fois moins : c’est toute la fonction publique !!!

  • Par gerard JOURDAIN - 10/10/2017 - 14:02 - Signaler un abus deux problème insolubles....

    fabriquer des services trop centralisés est impossible. structure d'état non adapté actuellement. embaucher pour compenser le chômage, fait partager les missions...et génère trop de personnels mal payés. restructurons et redéployons les services et tout ira bien... simple; mettez des patrons du privé qui ont restructuré des services ou industries.

  • Par jurgio - 10/10/2017 - 14:42 - Signaler un abus La baisse du pouvoir d'achat, c'est pour les autres

    France, cette montgolfière où tous s'agrippent à la nacelle et qui malgré tous les coups de gaz, ne parvient pas à décoller. M. Éric Verhaeghe serait bien inspiré de considérer les retraités de la Fonction publique comme la véritable cible que l'autre jour il était satisfait de voir dépouillés. Ceux qui squattent les jeux télévisés et les charters exotiques, etc. avec des allures de travailleurs dans la force de l'âge..

  • Par g16 - 10/10/2017 - 17:46 - Signaler un abus Aucune manif dans la rue

    Mais les portes sont fermée pour cause de grève et les fainéants sont chez eux en famille pour profiter d'un repos syndical autorisé. En temps que contribuable, je me pose la question de savoir si leur journée ne sera pas payée ?

  • Par Liberte5 - 10/10/2017 - 19:59 - Signaler un abus Avons nous atteint le point de rupture?

    Le poids de la Fonction publique en France est devenu tel qu'il asphyxie lentement mais sûrement La France. Soit l'étau est desserré, soit la France finira de sombrer assez rapidement maintenant. Les solutions sont connues pour sortir de ce piège. Les politiques n'ont jusqu'à présent pas montré qu'ils avaient assez de courage pour expliquer et affronter les Français sur ce sujet brûlant. Plusieurs pays ont su réformer en ne gardant dans le giron de l’État que les fonctions régaliennes et celles ci avec une grande gestion des ressources humaines. Les autres missions ont été confiées à des agences dont le personnel a un statut de droit privé. Il n'y a pas d'autres alternatives pour éviter la faillite générale. Pour le moment E. Macron ne règle rien et il laissera, j'en ai bien peur, dans 5 ans une situation catastrophique.

  • Par vangog - 10/10/2017 - 21:04 - Signaler un abus Eh oui! Nous cotisons pour que Hidalgomygode...

    puisse jouir d'une retraite très prématurée, après avoir très très peu travaillé, voire quasiment pas... Il y a de telles niches d'indécence dans la fonction publique, que les Français en ont marre de se serrer la ceinture pour certains privilégiés...hé ho, les retraités tondus! Réclamez une "compensation", vous aussi! Car vous avez payé toute votre vie pour que des gens comme Hidalgomygode se la coulent douce au frais de la princesse France, et Macron-Rothschild vous doit bien une "compensation"...

  • Par ajm - 10/10/2017 - 22:10 - Signaler un abus Reduire le champ de la fonction publique.

    Le statut de la fonction publique devrait être réservé aux grandes fonctions régaliennes, armée, police, justice, perception des taxes er impôts, diplomatie , services du Premier Ministre et Présidence de la République, Assemblées Parlementaires. Tout le reste devrait relever de contrats de droits privés avec des conventions collectives.

  • Par Super Bobo - 10/10/2017 - 22:11 - Signaler un abus Allez !

    "Jour de grogne". Tout est dit. Mort aux fonctionnaires ! Mort au fainéants ! Qu'on le tonde ! La "grogne" c'est vraiment le plus petit dénominateur commun de la doxa libérale. Et oui, on peut être fonctionnaire et lire Atlantico. Bonne nuit.

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Jacques Garello

Jacques Garello est professeur émérite à l’Université Aix-Marseille, président d’honneur de l’ALEPS, et auteur de l’ouvrage Le vote libéral (coll.Libréchange). 

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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