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Jeunes, vieux et concurrence à la protection sociale : France Stratégie, le rapport à côté de la plaque (et pourquoi ce type de diagnostics se retourne contre les Français)

L'institution France Stratégie a publié ce mardi 12 janvier une étude sur l'évolution des dépenses de protection sociale chez les jeunes et seniors, plaidant pour un "rééquilibrage" de ces dépenses en faveur des plus jeunes, de plus en plus paupérisés. Mais alors que la redistribution des richesses n'est pas forcément le rôle initial de la Sécurité sociale, l'opposition faite entre jeunes et seniors n'est pas non plus judicieuse.

Sécu F.D.

Publié le - Mis à jour le 15 Janvier 2016
Jeunes, vieux et concurrence à la protection sociale : France Stratégie, le rapport à côté de la plaque (et pourquoi ce type de diagnostics se retourne contre les Français)

Atlantico : Si les dépenses de protection sociale ont explosé entre 1959 et 2013 (passant de 14,5% à 31,9% du PIB), c'est en grande partie dû aux dépenses destinées aux plus âgées, et non aux plus jeunes, ce qui nécessiterait selon l'étude un "rééquilibrage" des transferts sociaux. Mais est-ce vraiment le rôle de la branche maladie de la Sécurité sociale de s'occuper de redistribution des richesses ?

Jacques Bichot : La principale faiblesse de cette étude est de raisonner trop exclusivement en termes de transferts sociaux, de redistribution. La protection sociale comporte une part importante de redistribution, mais elle relève plus encore de l’assurance et du report de revenu d’une période à l’autre de l’existence (ce qui est une fonction financière, en quelque sorte). Cela est typique pour l’assurance maladie : on a trop cessé de la considérer comme une assurance. Certes, il ne s’agit pas d’une assurance classique, mais d’une assurance "sociale", à laquelle chacun cotise en fonction de ses moyens, mais obtient la même couverture, la même prise en charge des soins qui lui sont nécessaires – voire une prise en charge supérieure en cas de pauvreté.

Et la fonction d’assurance va loin : en payant une partie des dépenses de santé des pauvres, la personne qui est riche aujourd’hui est assurée que si demain elle subit un revers de fortune elle continuera à être bien soignée même si elle n’a plus les moyens de payer des primes d’assurance conséquentes.

Quant au report de revenu d’une période à l’autre de l’existence, il n’est pas même évoqué, bien qu’à la dernière ligne de son étude France Stratégie emploie l’expression "investissement dans la petite enfance". Pourtant, cette fonction de report est d’une grande importance. Jadis, chacun élevait ses propres enfants avec ce qu’il produisait lui-même, il les éduquait, leur apprenait son métier, et comptait sur eux pour s’occuper de lui dans sa vieillesse. C’est la raison pour laquelle, en Chine, le Livre de la piété filiale est une pièce centrale de la sagesse confucéenne, et pour laquelle, dans la Bible, le 5e commandement est "Honore ton père et ta mère", ce qui signifie en particulier prendre soin d’eux quand ils seront âgés. Cet échange entre générations successives était organisé dans le cadre de la famille ; maintenant il l’est au niveau de chaque pays, du moins dans les pays développés. Ignorer cela en considérant que tout est distribution, c’est occulter une fonction très importante des institutions sociales et de formation : organiser les échanges entre générations successives.

Philippe Crevel : Les dépenses de protection sociale se sont fortement accrues depuis 1959 avec le développement de l’Etat-providence et depuis trente ans avec le vieillissement de la population. Il faut bien prendre conscience qu’en 1981, la France avait 5 millions de retraités contre 15 millions aujourd’hui. Par ailleurs, du fait de carrières professionnelles complètes avec des salaires plus élevés, le montant des pensions a fortement augmenté depuis le milieu des années 70. Les dépenses sociales par tête rapportées au PIB ont progressé de 10 points pour les plus de 60 ans quand elles n’ont augmenté que de 5 points pour les moins de 25 ans. Il faut néanmoins souligner que le ratio entre les dépenses individuelles de ces classes d’âge est resté assez stable. Par définition, le système de protection sociale repose sur le principe de la solidarité intergénérationnelle ainsi que sur celui d’un financement essentiellement assuré par les actifs. Ce sont ces derniers qui financent les dépenses de retraites et d’assurance-maladie. Les actifs financent également les allocations familiales qui pourraient l’être par les impôts comme le demande depuis des années le patronat. L’introduction de la CSG en 1991 a eu pour conséquence de faire financer une partie non négligeable de la protection sociale et en premier lieu les dépenses d’assurance-maladie par l’ensemble des Français en touchant tous les types de revenus. Il en résulte que les retraités ont été mis à contribution plus fortement que dans le passé. Ils participent également avec la contribution additionnelle de solidarité pour l’autonomie au financement de la dépendance. 

 
Commentaires

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  • Par GP13 - 13/01/2016 - 10:32 - Signaler un abus Les comités Theodule sont toujours là.......

    Très bonne analyse. France-Stratégie ne serait donc qu'un de ces fameux comités Théodule chers au général de Gaulle. N'avons nous pas un Parlement ? Et n'est ce pas la seule instance légitime pour mener un tel débat ?

  • Par Yves Montenay - 13/01/2016 - 10:41 - Signaler un abus Continuez !

    on entend trop de bêtises dans ces domaines ! Jacques Bichot et Alfred Sauvy ont 1000 fois raison sur la nature des retraites, et Philippe Crevel sur le fait qu'une bonne politique économique importe davantage que l'examen des ratios ! Je ferais toutefois une réserve : politique économique ne peux pas grand-chose pour augmenter la croissance, elle peut surtout la paralyser ; si déjà elle s'en abstenait ce serait un progrès : http://bit.ly/1JyTUk1

  • Par Aldebaran45 - 13/01/2016 - 11:20 - Signaler un abus Équité

    Et l'immigration dans tout ça ? La proportion des français de souche est plus importante chez les seniors que chez les jeunes, on a "vendu" l'immigration comme un moyen d'équilibrer les comptes sociaux, si on revient sur ce "pacte" n'est ce pas là aussi un grand foutage de gueule? Moi j'aimerais bien voir un article sur les bénéfices et les coûts de l'immigration. Le FN a son calcul, tout le monde dit qu'il est faux mais je n'ai jamais vu de calcul alternatif...

  • Par Mike Desmots - 13/01/2016 - 11:49 - Signaler un abus L'on comprend que le marxo/socialisme a besoin d'argent...

    > pour se financer ...! vu que ,sa seule existence est payée par l'argent des autres...! alors , les marxo/socialistes et leurs réseaux ....commencent des campagnes d'enfumage économico/politico/intello ...pour familiariser les cocus de base ...à la productivité de gauche.....

  • Par Djib - 13/01/2016 - 12:22 - Signaler un abus la modulation des allocations familiales en fonction des revenus

    était donc bien une mesure imbécile, puisque s'il s'agit d'encourager les naissances il faut le faire à tous les niveaux des classes sociales (principe de la solidarité horizontale dans lequel on rétablit l'équilibre entre le riche célibataire et le couple aisé avec enfants) en plus d'être inique car celui qui a cotisé (en fait lui et celui qui l'emploie)ne reçoit pas le produit de ses cotisations au motif qu'il est un salaud de riche.

  • Par zouk - 13/01/2016 - 14:21 - Signaler un abus Protection sociale

    Je crains que Djib n'ait raison. Il est plus facile de faire pleurer sur les "vieux" que sur les "jeunes qui ont l'avenir devant eux", démagogie une fois de plus, se traduisant par des impôts, cotisations.... etc toujours plus élevés pour ceux qui produisent du revenu, jeunes ou pas, pour eux mêmes et leurs familles. Nous avons besoin de laisser plus de moyens aux producteurs de richesses , cela amènera inéluctablement un surcroît de naissances

  • Par pierre de robion - 13/01/2016 - 17:16 - Signaler un abus l'hérésie du Babyboom (mais les mythes ont la vie dure)

    "Faire des gamins pour assurer l'avenir" quand la technologie va détruire 40% des emplois, surtout les moyennement qualifiés? Cherchez l'erreur! Et si j'ajoute que l'on fait tout pour que ces naissances soient le fait des couches les plus pauvres de la population (à vous de voir de qui il s'agit) ce qui apriori ne prédispose pas à une formation de haut niveau, l'erreur devient une faute!

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Jacques Bichot

Jacques Bichot est Professeur émérite d’économie de l’Université Jean Moulin (Lyon 3), et membre honoraire du Conseil économique et social.

Ses derniers ouvrages parus sont : Le Labyrinthe aux éditions des Belles Lettres en 2015, Retraites : le dictionnaire de la réforme. L’Harmattan, 2010, Les enjeux 2012 de A à Z. L’Harmattan, 2012, et La mort de l'État providence ; vive les assurances sociales, coécrit avec Arnaud Robinet (Les Belles-Lettres, 2013.)

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Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann est responsable du pôle Economie pour Atlantico.

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