Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Vendredi 19 Septembre 2014 | Créer un compte | Connexion
Extra

Jeunes en entreprise : la génération Y a-t-elle un problème particulier avec l'autorité ?

Les jeunes nés dans les années 80 et 90, représentants de la fameuse "génération Y", seraient plus difficiles "à gérer" en entreprise que leurs aînés. Quatrième épisode de notre série consacrée à la jeunesse (4/5).

Le péril jeune

Publié le
Jeunes en entreprise : la génération Y a-t-elle un problème particulier avec l'autorité ?

Le phénomène est d’avantage social que générationnel Crédit Flickr/Victor1558

Atlantico : La génération Y est devenu au fil des ans une appellation incontournable. Comment ce concept a t-il pu émerger ? 

Jean Pralong : On trouve plusieurs raisons capables d’expliquer le phénomène, la première d’entre elles étant historique. Chaque génération a ainsi toujours considéré que celle qui la suivait adoptait des codes différents de ses prédécesseurs. En ce qui concerne cette génération Y, on peut dire que ce phénomène d’incompréhension est surtout lié à son intégration dans le monde de l’entreprise. D’aucuns ont ainsi commencé, au début des années 2000, à théoriser le fait que les jeunes devenaient de plus en plus rétifs au concept d’autorité car les valeurs qu’ils portaient auraient été contradictoires à celles de l’entreprise, qui exige de l’ambition et de la loyauté.

C’est ainsi que, peu à peu, le « phénomène Y » a commencé à émerger dans le vocabulaire des managers et des consultants pour tenter d’expliquer ces difficultés. Il s’agit cependant d’un faux problème à mes yeux puisque cela évoque avant tout les problèmes soulevés par la mutation de la bureaucratie, plus particulièrement par l’évolution des structures hiérarchiques internes à l’entreprise.

Justement ne peut-on pas dire que le « problème Y » renvoie avant tout à un problème de perception de l’autorité ?

Il s’agirait moins d’autorité que de dissolution des règles selon moi. Il est vrai par contre de dire que la problématique est sociale plus que générationnelle dans le sens où les managers, appartenant effectivement à la génération X, se plaignent fréquemment des salariés qu’ils gèrent et qui appartiennent à la période Y.

Cela est dû à une lente évolution sur ces trente dernières années des conceptions managériales. Comme je l’ai abordé un peu plus haut, la bureaucratie fonctionnait autrefois sur un système pyramidal très structuré qui faisait que la masse salariale n’avait aucune possibilité de remettre en cause les directives qui émanaient d’en haut. Cette chaîne de commandement à sens unique facilitait relativement la tâche des managers qui n’avaient pas à se préoccuper des états d’âmes de ceux dont ils étaient responsables. Il y a eu depuis un véritable basculement de ce modèle, jugé trop rigide et peu adapté aux réalités propres à chaque secteur d’une grande boîte, vers un système où les managers sont devenus plus indépendants mais aussi plus responsables. Ils sont aujourd’hui chargés de définir eux-mêmes la répartition des tâches tout en développant une communication interne susceptible de « motiver » le salarié. En parallèle, les instances de décisions, tout en acceptant de lâcher du lest, ont toujours évidemment besoin de contrôler ce qui se passe à la base, créant ainsi un paradoxe difficile à résoudre au quotidien pour les managers et autres RH. Ce n’est ainsi pas tellement la génération Y en soi qui pose problème, mais bien l’adaptation de l’entreprise à de nouvelles règles de commandement qui ne sont pas encore parfaites.

N’y-a-t-il pas aussi à l’origine de ces difficultés une certaine incompréhension du phénomène ? Peut-on dire que les Y appartiennent en fin de compte à un corps homogène ?

Il y a effectivement un certain consensus dans la communauté des chercheurs pour affirmer que la génération Y ne partage pas réellement de codes sociaux, culturels ou politiques particulièrement fédérateurs. Pourtant, les discours sur le sujet sont pléthores et plus personne n’est aujourd’hui étonné lorsqu’on lui affirme qu’en effet les jeunes ne ressemblent en rien à leurs parents. Il s’agit là d’un marronnier particulièrement implanté dans l’opinion, mais qui résiste difficilement à l’analyse dès qu’on se penche dessus.

On dit ainsi par exemple que les « Y » seraient plus individualistes, incapables de comprendre la notion de loyauté et d’attachement à l’entreprise. Ce constat, séducteur en apparence, est difficilement imaginable lorsque l’on observe le taux de chômage des jeunes dans les pays européens (22% en moyenne NDLR). Aujourd’hui, un jeune de 23 où 24 ans s’estime extrêmement satisfait s’il possède une place en entreprise, et il est par conséquent difficile pour lui d’imposer ses conditions ou de quitter son travail sur un caprice. Cela aurait pu fonctionner dans les années 60 et 70, c’est inimaginable aujourd’hui.

Finalement ne pourrait-on pas dire que les particularités de cette génération ne correspondent pas à l'évolution globale des sociétés occidentales ?

Effectivement, le phénomène est d’avantage social que générationnel selon moi. Les quadragénaires sont par exemple tout aussi « connectés » que les jeunes de vingt ans ou presque : ils surfent sur les réseaux sociaux, utilisent des smartphones et font leurs courses en ligne. Leur supposé « individualisme » correspond du reste à un certain mouvement qui tend en effet vers une certaine remise en question des structures de solidarité, bien qu’il ne faille pas tomber dans l’analyse facile en évoquant cette évolution globale des rapports sociaux.

La meilleure grille de lecture pour comprendre les phénomènes de génération et de civilisation reste celles des classes sociales, puisqu’elle permet de comprendre dans le détail les particularismes de chacun sans se jeter dans des grandes lignes généralistes qui finissent presque toujours par s’avérer biaisées. C’est bien pour cette raison que les tentatives d’enfermer une classe d’âge dans un ensemble homogène ne déboucheront jamais réellement sur des résultats tangibles.

 Propos recueillis par Théophile Sourdille

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par ISABLEUE - 29/11/2012 - 10:53 - Signaler un abus Vous avez oublié de dire

    que ces nouvelles générations n'ont aucune mais aucune culture générale. Donc ils vous regardent avec des yeux de veaux quand vous dites une anecdote, une locution française, une expression...... Je ne vous parle même pas de l'histoire... Des veaux avec un casque sur la tête....

  • Par Lolo2941 - 29/11/2012 - 11:11 - Signaler un abus Génération Y en BD

    une planche de BD sur un blog sur un prof baby boomer exaspéré par un étudiant génération y qui m'a bien fait marrer! http://bureau14.illustrateur.org/2012/03/14/13-henri-sarman-et-la-generation-y/

  • Par Mani - 29/11/2012 - 11:42 - Signaler un abus "Aujourd’hui, un jeune de 23

    "Aujourd’hui, un jeune de 23 où 24 ans s’estime extrêmement satisfait s’il possède une place en entreprise, et il est par conséquent difficile pour lui d’imposer ses conditions ou de quitter son travail sur un caprice. Cela aurait pu fonctionner dans les années 60 et 70, c’est inimaginable aujourd’hui." . Ah vraiment ? Vous deviez dormir en 2006, quand des dizaines de milliers d'étudiants et lycéens sont descendus massivement dans la rue pour affirmer avec force qu'ils préféraient rester au chômage plutôt que d'accepter un emploi où il existait un risque de se faire virer pendant les deux premières années ! Bien sûr que les jeunes peuvent quitter leur travail sur un caprice, et ils ne se privent pas nécessairement de le faire. Après tout, il y a le chômage derrière. . Dans le raisonnement que vous tenez, vous estimez que les jeunes en question raisonnent logiquement, sans doute par charité ou volonté de ne pas les enfoncer. Le problème, c'est que la réalité dit autre chose. Les jeunes d'aujourd'hui sont nombreux à refuser le monde tel qu'il est, à vouloir l'emploi immuable à vie payé une fortune...

  • Par ciceron - 29/11/2012 - 12:10 - Signaler un abus Il en va des jeunes comme des vieux

    Il y a des bons et des mauvais. Il est juste extrêmement dur de bien séparer le bon grain de l'ivraie. L'avantage avec le "jeune à casque" (merci @ Isableue, j'aime cette expression) est qu'il est facilement repérable et donc facilement non embauchable. A l'inverse du "vieux sans casque" qui peut devenir une vraie calamité si'il a décidé qu'on était toujours en mai 68 (eh oui il en existe encore...) ou à l'aube du grand soir... J'ai des jeunes et des "vieux" dans mes équipes et franchement c'est pas un problème de génération Y ou XY ou XX. Les gens veulent travailler ou pas, c'est tout.

  • Par LouisArmandCremet - 29/11/2012 - 14:00 - Signaler un abus A discuter...

    Il y a de nombreux point à discuter dans cet article. Par exemple : "On dit ainsi par exemple que les « Y » seraient plus individualistes, incapables de comprendre la notion de loyauté et d’attachement à l’entreprise" Franchement, ce n'est qu'un juste retour des choses dans les entreprises n'offrant aucune reconnaissance (si ce n'est en parole qui ne coûte pas cher) à ces personnes. Chacun sait que le seul moyen d'avoir une augmentation qui n'est pas une aumone, est de menacer de démissionner voir de changer de boîte. Quant à la remise en cause de l'autorité, je pense que le problème est plus sur la construction du management : en France il se fait à l'encienneté, ce qui fait qu'on donne un poste de manager à quelqu'un de plus âgé même si il n'a pas les compétence, en privilégiant l'expérience, sans se préoccuper de savoir si la personne en question a tiré les leçons de son expérience. Un système qui verrouille les responsabilités au profit des plus âgés et qui arrivent à des descisions absurdes, suscite forcément des remises en cause par les jeunes. Ceci arrivent d'autant plus souvent que les managers de bas niveau font de la rétention d'infos pour se donner de l'importance...

  • Par garogary - 29/11/2012 - 14:13 - Signaler un abus @ISABLEUE

    Vous avez tort quand vous affirmez que ces nouvelles générations n'ont aucune culture générale. La culture générale dépend d'une époque, elle est donc générationnelle. Vous parents pensaient sans doute la même chose que vous de votre génération...En effet à chaque génération, il y a toujours des personnes pour penser que la génération suivante est moins bien lotie en termes de culture générale. Facebook fera parti de la culture générale dans 10 ans (à mon grand regret), internet, les smartphones également...La culture générale ce n'est pas uniquement connaitre toutes les réponses aux questions de Julien Lepers, que vous devez sans doute suivre quotidiennement, génération oblige.

  • Par De France et de plus loin - 29/11/2012 - 15:48 - Signaler un abus Aujourd'hui malheureusement,

    Aujourd'hui malheureusement, un jeune qui s'engage à fond dans son entreprise et se soumet à l'autorité des manageurs sans broncher est considéré comme un pigeon. Les entreprises, elles, ne se posent pas la question de l'engagement vis à vis des salariés qui sont une variable d'ajustement comme une autre. Je ne parle même pas du cas des femmes encore sous payées et maintenues trop souvent à des postes subalternes. Je conseille aux jeunes d'être sans pitié vis à vis des entreprises, ils éviteront des désillusions.

  • Par N_kTa - 29/11/2012 - 16:51 - Signaler un abus les cases

    cette salle habitude de mettre les gens dans les cases... et les commentaires éclairés de certains qui ne doivent voir "les jeunes" que de loin pour ne pas être contaminés... la rengaine des jeunes feignants, incultes et léthargiques est une pauvre constante, peu importe les générations qui se succèdent, et n'a aucune valeur de vérité... mais ça soulage tellement de montrer encore et toujours du doigt. De l'extérieur (hors de France), c'est un peu comme si tout le monde aimait à détester tout le monde en France... sans que ça ne soit jamais la faute de personne, sinon l'Autre, bien sûr. au sujet des "jeunes" de l'éducation, du futur etc...le changement de paradigme, c'est pour quand ? http://www.youtube.com/watch?v=q0uj-7Boc4Y

  • Par Mani - 30/11/2012 - 09:00 - Signaler un abus @garogary

    "Facebook fera partie de la culture générale dans 10 ans (à mon grand regret), internet, les smartphones également"... et ça veut dire quoi exactement ? C'est à peu près comme dire "les livres font partie de la culture générale"...

  • Par Mani - 30/11/2012 - 09:18 - Signaler un abus @N_kTa

    C'est bien, vous illustrez immédiatement votre propos en mettant "certains qui ne doivent voir "les jeunes" que de loin pour ne pas être contaminés" dans une jolie case bien à vous. . Mais si on va un peu plus loin dans le raisonnement que dire "euh c'est toujours comme ça, eh tiens voilà un lien Internet qui le prouve", on peut aboutir à une autre idée. Par exemple, le fait qu'une génération donnée (si tant est que ce terme ait un sens) est responsable de l'image qu'elle donne d'elle-même. En France, ne vous déplaise, cette "génération Y" s'est laissé représenter par ceux qui ont manifesté contre le CPE avec des slogans d'habitude réservés au FN ("les vieux prennent la place des jeunes", etc - remplacez "vieux" par "étranger" et "jeunes" par "Français", juste pour voir). . Il ne fait aucun doute qu'il y a des jeunes, sans doute nombreux, qui ne sont pas dans ce moule-là. Le problème, c'est qu'ils ne se désolidarisent pas. . Pour vous donner un autre exemple, on a beau ne pas être gréviste multirécidiviste, on est quand même mis dans le même sac que notre minorité syndicaliste qui noyaute une partie du service public quand la France est considérée, à l'étranger,

  • Par Mani - 30/11/2012 - 09:26 - Signaler un abus @N_kTa (suite)

    comme un pays où on fait tout le temps la grève. Ça a beau me faire chier, je suis obligé d'assumer. . Depuis une quinzaine d'années, les concours de la fonction publique remportent un succès phénoménal. Est-ce là aussi un problème de poutre dans l’œil de celui qui regarde ? Le fait est là : dans un pays qui, comme la France, abhorre le risque sous toutes ses formes, cette génération est encore plus française que les précédentes. . Pour être tout à fait honnête, il faut reconnaître qu'une partie de cette génération cherche à se désolidariser de la partie dominante. Elle ne le fait pas par le discours mais par les actes, en s'exportant plus qu'avant (vers Londres par exemple, massivement). . Après, je serai tout à fait d'accord avec vous si vous attribuez l'origine de ces caractéristiques à l'éducation qui a été donnée à cette génération. La responsabilité en incombe aux générations précédentes, c'est évident. Mais le constat sur cette génération n'en reste pas moins le même.

  • Par Mani - 30/11/2012 - 09:33 - Signaler un abus @N_kTa (fin)

    Pour finir, vous parlez d'une vue "de l'extérieur, hors de France"... comme si la France était le seul pays où on a un œil critique sur cette génération (où on a TOUJOURS un œil critique sur la génération précédente, certes, mais peu importe). L'expression "génération Y", qui n'a aucun sens en français, vient des États-Unis et repose sur un jeu de mots entre la prononciation de la lettre Y et le mot "why" ("pourquoi"). Amusez-vous à faire une petite recherche, vous trouverez de nombreuses occurrences évoquant cette génération comme "the most stupid generation so far" - et ces occurrences ne sont pas toutes issues des rangs républicains, loin de là. La même chose en Australie (http://www.news.com.au/top-stories/why-bosses-hate-gen-y/story-e6frfkp9-1111114179056), et en cherchant quelques secondes, on en trouve des références ailleurs. Tout ça pour dire que ce n'est pas un problème franco-français. . Enfin, je tiens à préciser que je fais chronologiquement partie du tout début de cette "génération Y" (1977) et que je travaille en indépendant. L'inspiration ne m'est pas venue de l'exemple donné par ma génération, qui cherche massivement la sécurité de l'emploi avant toute autre chose.

  • Par Hugo from Caracas - 30/11/2012 - 15:27 - Signaler un abus Isableue où l'hopital qui se fout de la charité....

    car question culture, vous êtes une référence ??? mais mdr...Vu que vous avez pas l'air toute jeune vous avez du parler de Mireille Mathieu ou de Sardou à un jeune qui connaissait pas.... Sinon allez voir ce que disait Socrates sur les jeunes quelques centaines d'années avant JC....vous aurez au moins appris quelque chose... Bon je retourne jouer à FIFA 13 sur ma PS3 sur mon écran LED avec mon casque sur la tête payés grâce à votre travail :D

  • Par N_kTa - 30/11/2012 - 16:01 - Signaler un abus @Mani

    tout ça ! ce sont les "veaux avec les casques sur la tête" qui m'ont amenée à penser que certains devaient vouloir éviter la contamination... et donc vouloir rester dans la case qu'ils se construisent. Je sais d'où vient l'appellation Y et ne parlais pas spécifiquement du conflit, réel ou non, de générations en France, mais du climat, du refus de vivre ensemble, toujours le conflit avant le dialogue ou le compromis... une société bien loin d'être apaisée et qui ne tend pas à le devenir. Je ne suis pas idéaliste hein, mais je pense qu'il y a une marge de manoeuvre raisonnablement envisageable.

  • Par N_kTa - 30/11/2012 - 16:08 - Signaler un abus @Mani fin...

    ... et de 1977, vous êtes un "vieux" Y (là, les gens de ma génération de veaux à casques mettent un "lol") Je suis une jeune Y et travaille aussi en indépendante (mais pas en France, bah non)...

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Jean Pralong

Jean Pralong est professeur, titulaire de la chaire "nouvelles carrières" à la Rouen Business School et membre de l'institut Boostzone

Il a mené plusieurs recherches sur la génération Y et a notamment démontré qu'elle n'était tenu par aucun lien fédérateur

Voir la bio en entier

En savoir plus
Je m'abonne
à partir de 4,90€