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Un jeune sur deux en souffrance psychique : la vie d'aujourd'hui est-elle devenue plus violente ou sommes-nous devenus plus "chochottes" ?

Plus de la moitié des 15-25 ans disent avoir été gênés par des symptômes de troubles mentaux (anxiété, phobie, dépression, paranoïa, etc.), selon un sondage Ipsos. Des chiffres alarmants à prendre au sérieux qu'il est tout de même possible de relativiser.

Calimero

Publié le - Mis à jour le 21 Mars 2016
Un jeune sur deux en souffrance psychique : la vie  d'aujourd'hui est-elle devenue plus violente ou sommes-nous devenus plus "chochottes" ?

Atlantico : Un sondage Ipsos révèle que "37 % des 15-25 ans se déclarent très souvent stressés ". Rencontrez-vous cette situation au sein de vos consultations et si oui, comment les expliquez-vous ?

Laure Parcelier : Je rencontre de plus en plus d’adolescents au sein de mon cabinet. Le stress peut être souvent l’objet de la consultation. Les adolescents le ressentent dans diverses sphères de vie (scolaires, relationnelles, familiales, etc.).

Je pense que le stress que les adolescents ressentent est exacerbé par l’environnement sociétal. En effet, les jeunes ont facilement accès aux informations en tout genre au sujet de l’adolescence et de ses changements.

On parle de "crise" et ils s’inquiètent réellement de ce passage.

Quand je suis en consultation avec eux, je m’efforce de dédramatiser leur statut en reprenant ce qu’est l’adolescence au sens psychologique du terme. Je leur explique qu’elle n’est qu’un passage, un processus d’individualisation et de séparation que tout un chacun a vécu un jour. Qu’effectivement, ce passage est fait de bouleversements et de changements plus ou moins contraignants.

Le problème de nos sociétés modernes, c’est que l’on explique peut-être trop, on "victimise" tout, on crée du stress et l’adolescent, dans cette période plus ou moins fragile, en éponge émotionnelle qu’il est, s’accapare les mots des articles, des discussions qu’il peut avoir et cela peut générer des situations d’anxiété élevée.

La perception du stress des adolescents est "décelée par 18% des parents seulement". Confirmez-vous que les parents ne comprennent pas forcément le ressenti de leurs adolescents ? Si oui, comment expliquer ce décalage ?

Laure Parcelier : Quand je rencontre les parents des adolescents que je reçois, je me rends compte que le plus souvent, ils ont oublié qu’ils sont passés par cette période. Quand ils s’en souviennent, ils sont rapidement dans l’idée que rien n’était comme aujourdhui ! Mais après quelques approfondissements, ils se rendent compte très vite qu’ils ont pu passer par ces périodes de stress et d’anxiété.

Le problème des parents, quand je leur dis de se mettre à la place de leurs enfants, c’est qu’ils ont immédiatement à l’idée qu’ils perdront leur autorité face à leur adolescent s’ils rentrent dans ce genre d’échanges, ce qui est totalement faux. Montrer à leur adolescent qu’ils sont passés par ces étapes, qu’ils ont envie de les accompagner, permettrait d’apaiser l’adolescent et de le rassurer quant au fait qu’il n’est pas malade.

Les parents comparent aussi les problèmes de leurs enfants à leurs problèmes d’adultes, et ils sont dans l’erreur ! Ce n’est pas parce que ce ne sont pas des problèmes d’argent, de comptabilité, etc. que les soucis des adolescents n’ont pas d’impact sur eux. Il est important de ne pas prendre à la légère ce qu’ils ressentent et ce qu’ils vivent. Pour les adolescents, une dispute avec un(e) ami(e), une rupture, une interrogation etc. sont autant de facteurs qui aggravent leurs sentiments négatifs et qui augmentent les risques de souffrir de stress, voire d’anxiété.

Claude Martin : L’idée que les parents ne sont pas nécessairement conscients de l’importance des difficultés ressenties par leurs jeunes va dans le sens des résultats d’enquêtes internationales répétées (comme l’enquête HBSC pour Health Behaviour of School-aged Children de l’OMS). Ces enquêtes montrent en effet que les jeunes français (échantillons de jeunes filles et garçons de 11, 13 et 15 ans) sont ceux qui estiment le moins souvent pouvoir facilement parler avec leurs mères/pères voire camarades de classe de ce qui les préoccupe.

En étant 28ème dans le classement de 28 pays sur ce point en 2005, la France serait donc particulièrement mal positionnée en termes de communication intrafamiliale. Les données 2009-2010 de cette même enquête HBSC sur 39 pays confirment cette même tendance. enquête HBSC (Health Behaviour of School-aged Children).

Peut-être faut-il rapprocher ce déficit de communication du sentiment de pression dont les parents se feraient les relais sur leurs enfants pour qu’ils réussissent en particulier au plan scolaire…

Plus inquiétant, "55 % des jeunes ont déjà ressenti des symptômes comme une souffrance psychologique, de l'anxiété, une phobie, des obsessions, une impression d'étrangeté dans les 30 derniers jours", au point d'être très gênés pour 22 % ou un peu gênés pour 33 % dans leur vie quotidienne. Rencontrez-vous cette situation au sein de vos consultations et si oui, comment les expliquez-vous ?

Laure Parcelier :  Je ne sais pas si cela est inquiétant, je pense que les jeunes s’autorisent davantage à parler de leur mal-être. Le versant psychologique est davantage mis en lien dans nos sociétés modernes. Les adolescents sont plus au courant de tout cela et aiment se renseigner sur ce qu’ils peuvent vivre et ressentir. Le fait de développer le dialogue a sans doute permis aux adolescents de pouvoir mettre des mots sur leurs maux. Le soucis c’est qu’ils peuvent également dramatiser la situation. En se renseignant seuls sur Internet, ou auprès de "copains", ils peuvent mettre les mauvais mots sur leur mal-être, c’est pour cela qu’il est important qu’ils puissent communiquer avec leurs parents et rencontrer des professionnels si le besoin s’en fait sentir.

Claude Martin : La montée de ces symptômes ou signes de souffrance psychique est visible dans de nombreux pays. Sont agrégés ici des symptômes très diversement qualifiés : phobie scolaire, troubles anxieux, TOC, tendances psychotiques ou profil schizophrénique, NEET (Not in education, employment or training), etc.

Dans certains pays comme le Japon ou même l’Italie ou la France émerge même un comportement préoccupant : le retrait. Le Japon en a fait un problème public très médiatisé, avec les cas de Hikikomori, c’est-à-dire des jeunes qui se replient dans le domicile de leurs parents durant des mois voire des années. Les chiffres avancés sont certes très variables mais aussi très impresionnants : de 200 000 à un million selon les estimations.

Les conditions de vie des jeunes d'aujourd'hui sont-elles vraiment pires que celle des générations précédentes ou sommes-nous devenus "plus chochotte" ?

Claude Martin : Je ne crois pas que l’on puisse parler de comportements de jeunes plus plaintifs qu’hier. Ces formes de souffrance ou d’expériences de souffrance relevant plutôt du registre psychologique convergent d’ailleurs avec ce qui se passe pour les adultes dans le monde du travail et des formes contemporaines de pénibilité.

 
Commentaires

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  • Par pale rider - 18/03/2016 - 08:21 - Signaler un abus et pas un mot sur les familles décomposées

    beau tour de force ! pas un mot sur la violence en milieu scolaire non plus . Mais on a bien eu le mot sur le "stress écologique" ouf , pauvres jeunes , mêmes leurs peurs et leurs souffrances se doivent d'être politiquement correctes .

  • Par zouk - 18/03/2016 - 11:33 - Signaler un abus Stress, troubles psychologiques de la jeunesse

    Evidemment; depuis leur enfance, on leur a enseigné être des victimes de la société, la mode est donc de se déclarer stressé, déprimé ou.....? Qu'ils lisent donc un peu Zola sur les apprentis et fassent un peu de comparaisons!

  • Par zouk - 18/03/2016 - 11:36 - Signaler un abus Souffrances psychologiques

    A quand des cellules de soutien psychologique préventives?

  • Par Septentrionale - 18/03/2016 - 13:48 - Signaler un abus La psychologie, l'élucubration stérile ds tous ses états

    Les psychologues ou les vices d'une réflexion en développement atrophiant. Pensées oiseuses prolixes pour des alternances prédatrices dans de pseudo problèmes, ~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~ et avec ses sociologues, il y a les de gauche, les de droite, c'est tout dire, la société moderne est dégoulinante d'aliénations.

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Laure Parcelier

Laure Parcelier est psychologue, spécialisée dans l'accompagnement des adolescents en difficulté.

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Claude Martin

Claude Martin est sociologue de la jeunesse, et directeur de recherche CNRS. Son dernier ouvrage : "Être un bon parent : une injonction contemporaine", publié aux Presses de l’EHESP en 2015.

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Michel Fize

Michel Fize est sociologue au CNRS, membre de l'Exécutif national du Mouvement des Progressistes, initié par Robert Hue en 2009, et conseiller régional Ile-de-France. Il est l'auteur d'une trentaine d'ouvrages, dont  Le Peuple adolescent (2ème éd. Mots composés, 2011),  Le Cabinet (Arléa, 2001), Le Livre noir de la jeunesse (Presses de la Renaissance, 2007), L'Individualisme démocratique (L'Oeuvre, 2010), Le Bac inutile (L'Oeuvre, 2012, L'adolescence pour les nuls (First, 2010), Antimanuel d'adolescence (Marabout, 2014), et de Jeunesse à l'abandon (Mimésis, 2016) son dernier ouvrage. 

 

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